jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2212499 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SAMBA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 12 septembre 2022, le président de la 5ème chambre du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de Mme D A, enregistrée le 2 juin 2022.
Par cette requête, et par un mémoire enregistré le 24 mai 2023, Mme A, représentée par Me Samba, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 avril 2022 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à sa fille mineure C E A ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à sa fille sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'aucun élément ne permet d'établir que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de permettre la délivrance de titre français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la Convention de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par une ordonnance du 25 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixé au 25 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n°55-1397 du 22 octobre 1955 ;
- le décret n°93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n°2005-1726 du 30 décembre 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. Simon Bourragué, rapporteur,
-et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante camerounaise née le 19 juillet 1991 et entrée en France le 12 août 2018, a déposé une demande de passeport et de carte nationale d'identité française pour le compte de sa fille, née le 19 août 2021 à Pontoise. Par une décision du 7 avril 2022, le préfet a refusé de faire droit à cette demande. Mme A demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. / Elle est délivrée ou renouvelée par le préfet ou le sous-préfet. / () ". Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". Aux termes de l'article 30 du même code : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants ".
3. D'une part, pour l'application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de passeport ou d'une carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de carte d'identité ou de passeport.
4. D'autre part, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude. Il lui incombe donc de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte nationale d'identité ou du passeport sollicités par ou pour la personne se présentant comme de nationalité française.
5. Il ressort des pièces du dossier que le père de l'enfant C E A l'a reconnue de manière anticipée et qu'il verse ponctuellement des sommes à Mme A notamment, pour ce qui concerne la période antérieure à la décision attaquée, le 7 avril 2022. La requérante produit également plusieurs photographies de M. B avec leur enfant, ainsi que des factures établies au nom de M. B pour des produits de puériculture, antérieures à la décision attaquée. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier que le signalement adressé par le préfet des Yvelines au procureur de la République territorialement compétent aurait été donné lieu à des suites judiciaires. Dans ces conditions, alors même que le préfet des Yvelines a relevé que les parents n'avaient jamais entretenu de communauté de vie, que la mère était dépourvue de droit au séjour, que l'enfant avait été reconnue par son père peu de temps avant sa naissance et que la première demande de titre d'identité avait été déposée moins de deux mois après sa venue au monde, ces circonstances ne suffisent pas à faire naître un doute suffisant au sens des principes rappelés ci-dessus. Dans ces conditions, le préfet des Yvelines, qui n'établit pas que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans un but frauduleux, ne pouvait, sans erreur d'appréciation, refuser à Mme A la délivrance d'un titre d'identité pour sa fille, en l'absence de doutes suffisamment sérieux sur la filiation et donc la nationalité française de cette enfant. Pour ce seul motif, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés par la requérante, la décision du 7 avril 2022 doit être annulée.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du préfet des Yvelines du 7 avril 2022 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet délivre à Mme A une carte nationale d'identité et un passeport pour sa fille. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de trois mois, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des frais engagés par Mme A et non compris dans les dépens.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La décision du préfet des Yvelines du 7 avril 2022 est annulée.
Article 2 :Il est enjoint au préfet des Yvelines de délivrer à Mme A au bénéfice de sa fille C E A une carte nationale d'identité et un passeport dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Article 3 : L'État versera à Mme A la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 29 avril 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
La rapporteure,
signé
S. Bourragué
La présidente,
signé
C. Bories
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026