jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2212572 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BIBARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 septembre 2022 et le 17 octobre 2022, M. B, représenté par Me Bibard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai pour rejoindre le pays dont il possède la nationalité et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, un titre de séjour portant la mention " salarié ", ou de l'autoriser à déposer une demande en ce sens, dans un délai de 15 jours courant à compter de la notification de la décision à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à exercer une activité professionnelle, et ce sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ayant pour conséquence une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle procède d'un examen insuffisant de sa situation personnelle ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est entachée des mêmes illégalités que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le Président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme G pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux I bis et III de l'article L. 512-1, à l'article L. 556-1 et à l'article L.742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme G a été entendu au cours de l'audience publique du 18 octobre 2022, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 22 décembre 1979, est entré sur le territoire français en 2019, selon ses déclarations. M. B a été interpelé par les services de gendarmerie du Val-d'Oise, le 12 septembre 2022. Par un arrêté du même jour, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Chloé F, cheffe du bureau du contentieux des étrangers, qui disposait d'une délégation de signature afin de signer notamment " toute décision d'obligation de quitter le territoire avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire ", consentie par arrêté n°22-128 du préfet du Val-d'Oise en date du 27 juillet 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, M. B fait valoir que la décision en litige est entachée d'erreurs de fait, ayant suscité une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors qu'elle mentionne, en premier lieu, qu'il serait entré irrégulièrement sur le territoire français, en deuxième lieu, qu'il ne présenterait pas de garanties de représentation suffisante faute de disposer d'une résidence effective, en troisième lieu, qu'il entendrait se soustraire à la mesure administrative d'éloignement et, en dernier lieu, que son projet de mariage ne serait pas démontré, son niveau d'intégration en France n'ayant pas été pris en compte. Toutefois, s'il est vrai que la décision indique erronément que le requérant est entré sur le territoire sans être en possession des documents et visas exigés à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige qui se fonde sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif au maintien irrégulier sur le territoire après l'expiration de la durée de validité du visa. Par ailleurs, pour estimer que le requérant ne disposait pas de garantie de représentation suffisante, le préfet du Val-d'Oise a également pris en compte l'intention déclarée par l'intéressé de ne pas se conformer à une décision d'éloignement, circonstances qui est établie par les pièces du dossier. Enfin, si l'arrêté mentionne que le projet de mariage de l'intéressé n'est pas démontré, cette assertion était exacte à la date de la décision en litige, et l'absence de prise en compte de l'intégration de M. B dans la société française, est sans incidence dès lors que le préfet du Val-d'Oise a essentiellement relevé au titre de la vie privée et familiale, la déclaration par le requérant de sa situation de concubinage et son projet de mariage non démontré. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise ne s'est pas fondé, pour prendre la décision en litige, sur des faits matériellement inexacts et n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation. Il suit de là que ces moyens ne peuvent qu'être écartés.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment de la motivation énoncée au point précédent, laquelle comporte seulement des inexactitudes sans incidence sur la légalité de la décision, que le préfet du Val-d'Oise aurait insuffisamment examiné la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré d'un tel défaut d'examen ne peut qu'être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. M. B soutient résider en France de manière ininterrompue depuis le 12 octobre 2019, vivre maritalement depuis novembre 2019 avec Mme C E, de nationalité française, ainsi qu'avec ses enfants dont il participe à l'entretien et l'éducation, et avec laquelle il projette de se marier. Il fait valoir également son intégration dans la société française pour exercer une activité professionnelle, pour être attaché à la France et à sa culture et pour assister ponctuellement une personne handicapée de son entourage. Toutefois, d'une part, la durée alléguée de la relation de M. B avec Mme E, depuis 2019, n'est pas établie dès lors que l'intéressé déclarait en novembre 2020 être célibataire et sans domicile fixe et, d'autre part, il reconnait disposer d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où réside sa mère et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 40 ans. Au demeurant, la communauté de vie paraît très récente au regard de la seule attestation d'un fournisseur d'énergie produite qui indique que Mme E et M. B sont titulaires d'un contrat d'abonnement depuis le 1er juillet 2022. Par ailleurs, si M. B établit avoir exercé continument une activité professionnelle, aucune demande d'autorisation de travail n'a été adressée aux services compétents par aucun de ses employeurs. Par suite, le moyen tiré par M. B de ce que le préfet du Val-d'Oise aurait porté au droit dont il dispose au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision a été prise et, ainsi, méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
7. En premier lieu, Mme A F, cheffe du bureau du contentieux des étrangers, signataire de la décision en litige, disposait d'une délégation de signature afin de signer notamment " toute interdiction de retour sur le territoire français ", consentie par l'arrêté du préfet du Val-d'Oise précité au point 2 du présent jugement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
9. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
10. En l'espèce, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet a pris la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans en considération, d'une part, de l'absence de circonstances humanitaires, d'autre part, du maintien irrégulier du requérant sur le territoire depuis son entrée en France, de la circonstance qu'il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français, par arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 25 août 2020, qu'il est sans enfant et que la réalité de la vie maritale qu'il allègue n'est pas démontrée. Toutefois, dans la présente instance, M. B établit par les témoignages de sa compagne, de nationalité française, et de proches l'existence d'une vie maritale, même récente, ainsi que la réalité du projet de mariage, formalisé par des contacts pris avec le service d'état-civil de la mairie d'Amiens depuis le 16 juin 2022. Il justifie également de l'exercice continu d'activités professionnelles. Eu égard à ces circonstances, qui ressortent des pièces du dossier, le requérant justifie de circonstances humanitaires particulières par les éléments de fait tenant à sa situation personnelle et familiale dont il se prévaut. Par suite, le préfet du Val-d'Oise a, en édictant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que seule la décision faisant à M. B interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français à M. B, implique nécessairement l'effacement du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui en résultait. Toutefois, il ne ressort d'aucune mention de la décision en litige que le préfet du Val-d'Oise aurait procédé à un tel signalement. Par ailleurs, l'annulation de cette décision n'implique pas la délivrance à M. B, comme il le demande, d'un titre de séjour. Il suit de là que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à M. B.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a fait interdiction à M. B de revenir sur le territoire français avant l'expiration de deux années suivant l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre, est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 octobre 2022.
La Magistrate désignée,
signé
C. G Le greffier,
signé
M. H
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026