mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2212611 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | LEKEUFACK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 5 janvier 2024 et non communiqué, M. A D, représenté par Me Lekeufack, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- le préfet s'est cru en compétence liée ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en considérant qu'il constituait une menace actuelle à l'ordre public ;
- l'arrêté contesté méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie du 28 avril 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
- et les observations de Me Lekeufack, représentant M. D.
Une note en délibéré présentée par M. D a été enregistrée le 21 janvier 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant tunisien né le 29 juillet 1979, a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 18 juin 2018 au 17 juin 2019, puis d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 8 octobre 2019 au 7 octobre 2021. Le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour du 25 octobre 2021 par un arrêté du 10 août 2022 dont l'intéressé demande l'annulation.
2. En premier lieu, par un arrêté n°2022-063 du 10 juin 2022 publié au recueil des actes administratifs de l'État dans le département le même jour, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à M. C B, sous-préfet d'Anthony et de Boulogne Billancourt, à l'effet de () / - signer les refus de séjour, les décisions portant retrait de titres, les obligations de quitter le territoire français, les obligations de quitter le territoire français assorties d'une interdiction de retour sur le territoire français, et les décisions fixant le pays de renvoi. () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " doivent être motivées les décisions qui: / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police; " L'article L.211-5 du même code dispose que " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. L'arrêté du 10 août 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler le titre de séjour de M. D mentionne le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel il a été pris et vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise également les circonstances relatives à la situation personnelle et familiale du requérant, et notamment que l'intéressé " est défavorablement connu des services de police pour des faits de violence sur conjoint datant de 2022 en présence d'un mineur, 2021, 2019 en présence d'un mineur et à 4 reprises en 2013 ", qu'il " a fait l'objet d'une condamnation le 15 février 2019 par le tribunal de grande instance de Paris pour usage illicite de stupéfiants et a été interpellé le 25 décembre 2021 pour port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D et usage de stupéfiants ". Il mentionne, en outre, qu'après un examen approfondi de la situation administrative et personnelle de M. D, il apparait qu'il ne peut bénéficier d'un titre de séjour conformément aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, cet arrêté, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ce faisant, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet des Hauts-de-Seine se serait estimé en situation de compétence liée ou aurait omis de procéder à un examen particulier de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé au regard des éléments portés à sa connaissance avant d'édicter à son encontre l'arrêté portant refus de renouvellement d'un titre de séjour.
6. En quatrième lieu, il n'est pas établi que M. D ait sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le préfet des Hauts-de-Seine ne s'est pas fondé, pour rejeter sa demande de titre de séjour, sur ces dispositions. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article ne peut qu'être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle (). ".
8. Lorsque l'administration oppose à un étranger, sur le fondement de l'article L. 412-5, le motif tiré de ce que sa présence constitue une menace pour l'ordre public, pour refuser de faire droit à sa demande, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure de refus de renouvellement du titre de séjour et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace pour l'ordre public.
9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné par le tribunal correctionnel de Nantes, le 23 septembre 2014, à 4 mois d'emprisonnement avec sursis pour, d'une part, violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité pour des faits du 30 juin 2013 et, d'autre part, pour incapacité n'excédant pas 8 jours pour des faits du 20 avril 2013. Il s'est également vu infligé par le tribunal correctionnel de Paris, le 7 mars 2016, 200 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants le 15 avril 2015, et par le président du tribunal de grande instance de Paris, le 15 février 2019, 300 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants le 19 juin 2018. Si ces condamnations sont désormais anciennes, M D est également connu défavorablement des services police, d'une part, pour port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D et pour usage illicite de stupéfiants le 25 décembre 2021, et d'autre part pour violence sans incapacité, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité le 24 janvier 2022, et sans présence d'un mineur le 4 mars 2021. Dès lors, eu égard à la gravité des faits, à leur répétition et leur diversité, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet des Hauts-de-Seine a estimé que M. D représentait une menace à l'ordre public et a, pour ce motif, refusé de lui délivrer un titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 doit par suite être rejeté.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
11. D'une part, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. D de sa famille et notamment de son enfant, le préfet ayant uniquement statué sur son droit au séjour, au regard des dispositions des articles L. 412-5 et L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour et des circonstances de fait en cours à la date de sa décision. D'autre part, les documents produits ne permettent pas d'établir une vie commune ancienne, intense et stable de M. D avec sa compagne, ni sa contribution effective et continue à l'entretien et l'éducation de son enfant. En l'état du dossier, au regard des motifs de fait relatifs à la vie privée et familiale de M. D mentionnés ci-dessus et de la menace à l'ordre public que sa présence en France représente, le préfet a pu refuser le renouvellement du titre de séjour de l'intéressé, sans porter une atteinte disproportionnée au droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
13. Pour les mêmes motifs que ceux énoncé ci-dessus et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prenant la décision attaquée le préfet aurait omis de porter une considération primordiale à l'intérêt supérieur de l'enfant du requérant, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 août 2022 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient
M. Bertoncini, président,
M. Amazouz, premier conseiller,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
La rapporteure,
signé
S. Cuisinier-Heissler
La greffière,
signé
M. KhalfaouiLe président,
signé
T. Bertoncini
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026