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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2212658

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212658

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2212658
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDUMONT SOLEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 16 et le 22 septembre 2022, le préfet du Val-d'Oise demande au juge des référés, statuant A application des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

1°) d'annuler l'ordonnance n°2211780 du 9 septembre 2022 et qu'il soit mis fin à la suspension de l'exécution de la décision du 22 juillet 2022 A laquelle le préfet du Val-d'Oise a accordé le concours de la force publique pour procéder, en exécution d'une décision de justice, à l'expulsion de Mme B du logement appartenant à M. C ;

2°) d'annuler l'ordonnance n°2211780 du 9 septembre 2022 en tant qu'elle met à la charge du préfet du Val-d'Oise une somme de 1000 euros à verser à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, à titre subsidiaire, de statuer à nouveau sur la demande présentée A l'intéressée en fonction du sort réservé à se demande de suspension.

Il soutient qu'existe des éléments nouveaux justifiant qu'il soit mis fin à la suspension de l'exécution du concours de la force publique qu'il a consenti le 22 juillet 2022. Ainsi, d'une part, A une décision du 7 septembre 2022, dont le préfet a eu connaissance le 9 septembre 2022, le juge de l'exécution a rejeté la demande de délais de grâce présentée A Mme B au regard de l'aggravation significative de sa dette locative et du besoin de relogement du propriétaire du logement qu'elle occupe. D'autre part, le bailleur social CDC Habitat a confirmé que l'état des lieux du logement attribué à Mme B est programmé le 30 septembre 2022 pour une entrée dans les lieux dès la signature du bail, alors que A ailleurs le préfet établit disposer d'une solution d'hébergement provisoire dans l'attente du relogement de l'intéressée et de sa famille A le biais du 115.

Vu :

- l'ordonnance n°2211780 rendue le 9 septembre 2022 A le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. G, premier vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 23 septembre 2022 à 11 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Beaufaÿs, juge des référés, qui informe les parties, en application de l'article R.611-7 du code de justice administrative, que l'ordonnance est susceptible de se fonder sur le moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions du préfet du Val-d'Oise tendant à l'annulation de l'ordonnance n° 2211780 du 9 septembre 2022 et à ce que le juge des référés annule le versement de la somme de 1000 euros mise à sa charge A l'ordonnance n°2211780 du 9 septembre 2022 ;

- les observations orales de Mme D, représentant le préfet du Val-d'Oise, qui s'en rapporte à ses écritures et qui précise qu'elle conclut à la modification de l'ordonnance du 9 septembre 2022 et à ce qu'il soit mis fin à la suspension de l'exécution de la décision du préfet du Val-d'Oise accordant le concours de la force publique pour l'expulsion de Mme B ;

-les observations orales de Mme B qui sollicite un renvoi de l'audience à une date ultérieure afin de mieux préparer sa défense et qui fait valoir qu'il n'existe aucune preuve que l'appartement T5 qui lui a été attribué A le bailleur social CDC Habitat aurait fait l'objet de travaux de remise en état de nature à lui permettre d'entrer rapidement dans les lieux, que le montant total des loyers impayés est en litige avec son bailleur.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. A une ordonnance n°2211780 du 9 septembre 2022, le juge des référés du tribunal a, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ordonner la suspension de l'exécution de la décision du préfet du Val-d'Oise accordant le concours de la force publique afin de procéder à l'expulsion de Mme B du logement appartenant à M. C jusqu'à l'intervention du jugement de sa requête au fond et mis à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. A une requête enregistrée le 16 septembre 2022, le préfet du Val-d'Oise demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, d'annuler l'ordonnance n° 2211780 du 9 septembre 2022, de mettre fin à la suspension de l'exécution de la décision du 22 juillet 2022 A laquelle le préfet du Val-d'Oise a accordé le concours de la force publique pour procéder, en exécution d'une décision de justice, à l'expulsion de Mme B du logement appartenant à M. C. Le préfet fait valoir d'une part, qu'il a été informé le 9 septembre 2022 que le juge de l'exécution a rejeté le 7 septembre 2022 une demande de délai supplémentaire avant son expulsion présentée A Mme B en exécution du commandement de quitter les lieux délivrés le 14 avril 2022. Il apporte d'autre part, des informations supplémentaires indiquant que Mme B est convoquée le 30 septembre 2022 A le bailleur sociale CDC Habitat afin de procéder à l'état des lieux contradictoire du logement T5 qui lui a été attribué au 17 boulevard Copeau à Sarcelles.

2. Aux termes de l'article L.521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision. ". Aux termes de l'article L.521-4 du code de justice administrative : " Saisi A toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin. ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il n'appartient pas au juge des référés du tribunal, saisi sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, d'annuler une précédente ordonnance d'un juge des référés. A suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'ordonnance n° 2211780 du 9 septembre 2022 notamment en tant qu'elle met à la charge du préfet de l'Oise une somme de 1000 euros à verser à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, à titre subsidiaire, de statuer à nouveau sur la demande présentée A l'intéressée en application de cet article, en fonction du sort réservé à se demande de suspension, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit mis fin à la suspension :

4. Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés A sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

3. Le juge des référés du tribunal de céans a prononcé la suspension de l'exécution de la décision contestée du 22 juillet 2022 accordant le concours de la force publique au motif que, Mme B, étant mère célibataire, ne disposant pas de possibilité de relogement ou de solution d'hébergement alors que ses quatre enfants, dont elle a la charge, et âgés respectivement de 6 ans, 14 ans, 17 ans et 21 ans, sont scolarisés, le moyen tiré de ce que le préfet a entaché sa décision du 22 juillet 2022 d'une erreur manifeste d'appréciation était propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

4. À l'appui de sa requête le préfet du Val-d'Oise fait valoir, d'une part, qu'il a été informé le 9 septembre 2022 que la demande présentée A Mme B afin d'obtenir un délai de supplémentaire d'occupation avant son expulsion du logement à la suite du commandement de quitter les lieux délivré le 14 avril 2022, a été rejetée A le juge de l'exécution le 7 septembre 2022 en raison de l'aggravation de sa dette locative au détriment de son bailleur, alors que ce dernier est aussi placé sous l'effet d'un congé pour le logement qu'il occupe actuellement et que la reprise de son bien est nécessaire pour loger sa propre famille. D'autre part, le bailleur social CDC Habitat a confirmé que l'état des lieux du logement de type T5 attribué à Mme B est programmé le 30 septembre 2022 pour une entrée dans les lieux dès la signature du bail, alors que A ailleurs le préfet établit disposer d'une solution fiable d'hébergement provisoire dans l'attente du relogement de l'intéressée et de sa famille A le biais du 115. Ainsi, au regard des conséquences actuelles de l'expulsion sur la situation de Mme B et de sa famille, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du préfet retenu A le juge des référés n'est plus susceptible de justifier la suspension de la décision du 22 juillet 2022. Il n'existe A ailleurs aucun autre moyen propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision. A suite, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner à nouveau la condition d'urgence, de mettre fin à la mesure de suspension de l'exécution de la décision du 22 juillet 2022 A laquelle le préfet du Val-d'Oise a accordé le concours de la force publique pour procéder, en exécution d'une décision de justice, à l'expulsion de Mme B du logement appartenant à M. C.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est mis fin à la suspension de la décision du 22 juillet 2022 A laquelle le préfet du Val d'Oise a accordé le concours de la force publique pour procéder, en exécution d'une décision de justice, à l'expulsion de Mme B du logement appartenant à M. C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Madame E B et à M. F C.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 23 septembre 2022.

Le juge des référés,

signé

F. G

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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