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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2212797

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212797

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2212797
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantCABINET MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 16 et 21 septembre, 21 novembre 2022, 30 septembre 2023, 16 février et 4 juin 2024, M. B, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés des 19 août 2022 et 12 septembre 2023 par lesquels le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer, dans un délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir, une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, selon les mêmes conditions de délai, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 19 août 2022 :

-il y a lieu à statuer sur cet arrêté lequel a reçu un début d'exécution ;

-il est entaché d'incompétence de son auteur.

En ce qui concerne l'arrêté du 12 septembre 2023 :

- il lui est inopposable dès lors qu'il ne lui a pas été notifié ;

- il est recevable à contester cet arrêté lequel est identique au premier ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un réexamen par la préfecture.

En ce qui concerne les moyens communs aux arrêtés du 19 août 2022 et 12 septembre 2023 :

S'agissant des décisions de refus de titre de séjour :

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure en raison de l'absence de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit, le préfet s'étant estimé à tort lié par l'avis de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait dès lors qu'il a débuté son emploi le 2 octobre 2017 et est toujours en poste et justifie d'une insertion professionnelle d'octobre 2017 à juillet 2022 soit une omission de 21 mois ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions pour son admission au séjour à titre exceptionnel ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire enregistré le 17 février 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de M. B, l'arrêté litigieux ayant été abrogé.

Une note en délibéré a été enregistrée pour le requérant le 21 juin 2024 et n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes, signée à Bamako le 26 septembre 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Colin, rapporteure ;

- et les observations de Me Cabral De Brito substituant Me Monconduit représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 10 janvier 1981, est entré en France le 5 mars 2012 selon ses déclarations. Le 21 décembre 2020, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 5 de la convention franco-malienne. Par arrêté du 16 février 2023, le préfet a abrogé la décision du 19 août 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par un nouvel arrêté du 12 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 septembre 2023 :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

3. Pour refuser d'admettre M. B au séjour à titre exceptionnel, le préfet du Vald'Oise s'est fondé sur la circonstance que la réalité de son expérience professionnelle n'était pas établie, dès lors que son employeur, sollicité par la plateforme de la main-d'œuvre étrangère pour des compléments de pièces, n'avait pas apporté de réponse et que les documents n'étaient pas de nature à prouver son expérience professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et particulièrement des 58 bulletins de salaire, et des relevés bancaires produits par le requérant, que celui-ci exerce une activité salariée, sous contrat à durée déterminée puis sous contrat à durée indéterminée, en qualité de carottier à temps complet pour le compte de la société Duschêne depuis le 2 octobre 2017 sans discontinuité, soit depuis près de six années, à la date de l'arrêté attaqué. De plus, M. B établit disposer d'attaches familiales sur le territoire français où résident régulièrement sa sœur qui dispose d'une carte de résident et de son frère qui dispose d'une carte de séjour pluriannuelle et sa compagne de nationalité française. Ainsi, compte tenu de l'ancienneté de son séjour en France, de la stabilité de son expérience professionnelle, M. B est fondé à soutenir qu'en estimant qu'il ne faisait pas état de motifs justifiant une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 12 septembre 2023 en toutes ses dispositions

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. "

6. Compte tenu des motifs d'annulation de l'arrêté en litige et sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait de la situation du requérant, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", et, dans cette attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 août 2022 :

7. Par un arrêté du 16 février 2023, intervenu postérieurement à l'introduction de la requête, et devenu définitif, le préfet du Val-d'Oise a abrogé l'arrêté du 19 août 2022 par lequel il a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B et l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de son renvoi. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 12 septembre 2023, qui a la même portée que celui du 19 août 2022 qu'il remplace, est annulé. Dans ces conditions, et alors même que le refus de titre de séjour du 19 août 2022 a reçu un commencement d'exécution, les conclusions dirigées contre l'arrêté initial doivent être regardées comme ayant perdu leur objet en cours d'instance. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le préfet en défense à l'encontre des conclusions à fin d'annulation de cet arrêté doit être accueillie.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Elle peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 août 2022.

Article 2 : L'arrêté du 12 septembre 2023 du préfet du Val-d'Oise est annulé en toutes ses dispositions.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait de sa situation, une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", et, dans cette attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : L'État versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Beaufaÿs, vice-président ;

Mme Colin, première conseillère ;

M. Jacquelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. Colin

Le président,

signé

F. Beaufaÿs

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2212797

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