jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2212912 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | RIQUIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2022, des pièces et un mémoire complémentaire enregistrés les 28 septembre et 7 octobre 2022, M. B, représenté par Me Verdier, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner, à titre principal, la suspension de l'exécution de la décision du 16 septembre 2022 par laquelle le président de l'université Paris Nanterre a refusé de lui délivrer une attestation de décision d'acceptation de sa demande d'admission en master 1 mention " géographie aménagement, environnement et développement " parcours " territoires, villes et santé " et, à titre subsidiaire, la suspension de l'exécution de la décision du 13 juin 2022 rejetant sa demande d'admission dans ce master 1 ;
2°) d'enjoindre au président de l'université Paris Nanterre de l'inscrire dans le master 1 mention " géographie aménagement, environnement et développement " parcours " territoires, villes et santé ", dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et dans l'attente du jugement au fond, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'université Paris Nanterre la somme de 2 700 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision contestée risque de compromettre son statut d'étudiant boursier et d'entrainer son expulsion de son logement au Crous ; en outre, il est privé de la possibilité de poursuivre ses études en début d'année universitaire alors que la rentrée est imminente, que les procédures de sélection en master s'achèvent et qu'il n'a aucune proposition d'admission bien qu'ayant validé une licence en géographie et aménagement ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des deux décisions dont il demande la suspension :
. la décision du 16 septembre 2022 par laquelle l'inscription dans le master sollicité lui a été définitivement refusée a été prise en méconnaissance de l'article L. 232-3 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il a déposé sa demande d'inscription le 2 juin 2022 et, qu'en absence de notification de la décision du 13 juin 2022, une décision implicite d'acceptation est née le 2 août 2022 ; il est dès lors fondé à demander à être admis dans ce master 1 ;
. la décision du 13 juin 2022 est dépourvue de base légale et méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et D. 612-36-2 du code de l'éducation ; elle méconnaît également les dispositions de l'article L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration en l'absence de publication de la délibération du 24 janvier 2022 relative aux modalités d'examen des candidatures des étudiants et des critères généraux de recrutement pour cet examen ; les dates et la durée de la mise en ligne de cette délibération sur le site internet de l'université ne sont ni connues ni établies ; la décision attaquée méconnaît en outre le 3 bis de l'article L. 123-2 du code de l'éducation qui promeut l'inclusion dès lors que l'annexe à la délibération du 24 janvier 2022 qui présente les attendus locaux, accessible sur le site internet de l'université, est rédigée avec une police 5, illisible pour une personne en situation de handicap ; la délibération du 24 janvier 2022 n'était pas opposable en l'absence de preuve de sa transmission, ainsi que celle de ses annexes, au recteur de l'académie en application de l'article L. 719-7 du code de l'éducation ; elle ne pouvait dès lors servir de base légale à la décision du 13 juin 2022 ;
. cette décision est illégale dès lors que le critère relatif au projet du candidat et à son adéquation avec la formation n'a pas été rendu opposable par l'autorité administrative et ne pouvait servir de fondement au rejet de la demande de poursuite d'études en master 1 ; son projet était en parfaite adéquation avec les objectifs de la formation ;
- les conclusions dirigées contre la décision du 13 juin 2022 ne sont pas tardives dès lors que l'université n'apporte pas la preuve de la notification régulière de cette décision ou de la réception d'un accusé par ses soins ; les copies d'écran produites en défense ne sont pas suffisantes pour établir une notification régulière de la décision ; les voies et délais de recours n'ont pas pu courir ; le document dont se prévaut l'université " conditions générales d'utilisation du télé service ecandidat.parisnanterre.fr " n'a pas pu trouver à s'appliquer dès lors qu'il a un caractère réglementaire et qu'il n'est pas établi qu'il a été édicté dans le respect des dispositions des articles L. 712-3 et L. 719-7 du code de l'éducation et de celles de l'article L. 222-1 du code des relations entre le public et l'administration ; en l'absence de décision de refus régulièrement notifiée au requérant, le principe du silence valant acceptation trouve à s'appliquer ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 7 octobre 2022 à 10 heures 12, le président de l'université Paris Nanterre, représentée par Me Riquier, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- aucune décision implicite d'acceptation n'est née le 2 août 2022, une décision de refus explicite ayant été notifiée au requérant le 13 juin 2022 ; les modalités de notification de la décision étaient stipulées par les conditions générales d'utilisation de la plateforme ecandidat, en leur article 2 qui dispose en effet que " les informations échangées entre le candidat et l'administration sont dématérialisées. Le candidat dépose les pièces constitutives de son dossier sur l'application puis transmet son dossier à l'administration via l'application. Réciproquement, l'administration envoie la lettre de décision par courriel ou bien la rend disponible en téléchargement sur l'espace personnel du candidat " ; M. B a attesté sur l'honneur accepter les termes des conditions générales d'utilisation de cette plateforme ;
- les conclusions dirigées contre la décision du 16 septembre 2022 par laquelle le président de l'université Paris Nanterre a refusé de lui délivrer une attestation de décision d'acceptation de sa demande d'admission en master 1 sont irrecevables dès lors que la décision de refus d'admission en master 1 du 13 juin 2022, qui a bien été notifiée au requérant et mise à sa disposition sur son espace ecandidat à cette date, et qu'il n'a pas contestée, est devenue définitive avant l'introduction de son recours contentieux et qu'elle ne peut être contestée, par la voie de l'exception d'illégalité, que dans le délai de recours qui a été indiqué au requérant lors de sa notification ; les conclusions dirigées, à titre subsidiaire, contre la décision du 13 juin 2022 sont irrecevables car tardives, pour le même motif ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée du 16 septembre 2022 ni de celle du 13 juin 2022 ;
- la demande d'injonction ne pourra qu'être rejetée dès lors qu'il appartient au juge des référés de n'édicter que des mesures provisoires.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2213371, enregistrée le 23 septembre 2022, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Drevon-Coblence, vice-présidente, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 7 octobre 2022 à 10 heures.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Drevon-Coblence, juge des référés ;
- les observations orales de Me Verdier, représentant M. B, qui reprend pour l'essentiel ses écritures et fait notamment valoir que la règle " silence vaut acceptation " trouve à s'appliquer s'agissant des demandes d'inscription dans l'enseignement supérieur ; que le délai de deux mois sous lequel l'université devait statuer a commencé à courir à réception du message indiquant à M. B que son dossier était complet ; que le recours exclusif par l'université à une procédure obligatoire totalement dématérialisée via la plateforme ecandidat est illégal ; que la décision du 13 juin 2022 ne saurait valablement remplacer la décision née de l'application de la règle " silence vaut acceptation " ; que la délibération du conseil d'administration fixant les modalités d'admission en master n'a pas pu entrer en vigueur, faute d'une publicité régulière, adéquate et suffisante, ainsi que d'un contrôle de légalité du recteur ; qu'à cet égard, il n'est pas établi que les attendus et critères approuvés par le conseil d'administration du 13 décembre 2021 et les capacités d'accueil en masters adoptées par le conseil d'administration du 24 janvier 2022 ont été transmis au recteur ; que les critères n'ont pas été suffisamment expliqués, s'agissant notamment du motif de défaut d'adéquation du projet avec la formation demandée qui a été opposé à M. B;
- et les observations orales de Me Riquier, représentant l'université Paris Nanterre, qui persiste dans ses conclusions et fait valoir en outre que la demande d'admission de M. B a été explicitement rejetée le 13 juin 2022 par un courrier qui lui a été notifié selon les règles définies par les conditions générales auxquelles M. B a parfaitement consenti ; qu'il ne pouvait ignorer qu'une décision de rejet de sa demande avait été prise, dès lors que celle-ci lui avait été notifiée selon les modalités définies par ces conditions ; que la règle du silence valant acceptation ne s'applique pas en l'espèce ; que les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 13 juin 2022 sont irrecevables en raison de la tardiveté de la contestation de cette décision ; qu'à supposer que le tribunal examine ces conclusions au fond, elles ne peuvent qu'être rejetées ; que les annexes étaient en effet jointes lorsque la délibération du 24 janvier 2022 de l'université Paris Nanterre a été transmise au recteur ; qu'il a été accusé réception de cette transmission ; que les obligations de publication sur divers supports, notamment le site internet de l'université, ont été remplies ; que les informations sont accessibles à deux emplacements différents de ce site et peuvent être ouvertes pour chaque master, dont celui auquel M. B a candidaté ; qu'il n'est pas établi que l'information, même présentée sur un support avec une police de petite taille, ne pouvait être lisible, au besoin en la grossissant sur écran ; que la circonstance que M. B présente des troubles de la vue ne suffit pas à établir qu'il ne pouvait prendre connaissance des critères d'admission applicables pour son master 1 ; que ceux-ci sont claires et disponibles ; que le principe d'inclusion ne concerne pas les candidats qui ne sont que des tiers à l'université tant qu'ils ne sont pas admis.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Les pièces communiquées par l'intermédiaire de l'application télérecours le 7 octobre 2022 à 10 heures 12 ont également été remises à l'audience par le conseil de l'université Paris Nanterre.
La clôture de l'instruction a été reportée au 12 octobre 2022 à 18 heures.
Par une note en délibéré, enregistrée le 11 octobre 2022, le président de l'université Paris Nanterre a conclu aux mêmes fins que par ses précédentes écritures, par les mêmes moyens.
Il fait valoir en outre que les articles L. 112-9, L. 112-15 et R. 112-20 du code des relations entre le public et l'administration définissent précisément les modalités de mise en œuvre de la notification des décisions comme celle du 13 juin 2022 ; qu'en l'espèce, eu égard aux conditions d'utilisation du téléservice ecandidat, qui ont été adoptées en application de l'article L. 112-9 du code des relations entre le public et l'administration et n'ont aucun caractère réglementaire, le requérant est réputé avoir reçu la décision dès sa première consultation ou dans le délai de 15 suivant sa mise à disposition, en application de l'article R. 112-20 du code des relations entre le public et l'administration ; que la décision du 13 juin 2022 n'est pas dépourvue de base légale ; que l'ensemble des informations requises pour l'information sur les modalités de sélection des candidats a été publié, rendu disponible et transmis dans les conditions prévues par le code de l'éducation ; que, s'agissant des mérites de la candidature de M. B, l'université dispose d'une marge d'appréciation importante.
Par une note en délibéré, enregistrée le 12 octobre 2022 à 16 heures 23, M. B a conclu aux mêmes fins que par ses précédentes écritures, par les mêmes moyens.
Il soutient en outre qu'il ne peut pas être regardé comme ayant reçu notification de la décision du 13 juin 2022 qui a seulement été mise à sa disposition, ainsi que les conditions générales d'utilisation ecandidat le prévoient d'ailleurs ; ces conditions ne sont en tout état de cause pas opposables ; la transmission au recteur le 11 mai 2022 de la seule délibération générale du conseil d'administration du 24 janvier 2022 est postérieure à l'ouverture du processus de sélection des candidatures dans le master 1 auquel le requérant candidatait ; que seule la transmission de cette délibération est établie ; qu'aucune preuve n'est apportée en défense, même par note en délibéré, sur la transmission des attendus locaux et des critères généraux de recrutement approuvés par le conseil d'administration du 13 décembre 2021 ni de celle des capacités d'accueil approuvées par ce même conseil le 24 janvier 2022.
Une note en délibéré présentée par le président de l'université Paris Nanterre a été enregistrée le 12 octobre 2022 à 18 heures 15, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Une note en délibéré présentée par M. B a été enregistrée le 17 octobre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, qui a obtenu un diplôme de premier cycle de licence de Sciences humaines et sociales mention " géographie et aménagement " en 2020 à l'université Paris Nanterre, a demandé son admission au master 1 mention " géographie aménagement, environnement et développement " parcours " territoires, villes et santé " pour l'année universitaire 2022-2023 dans cette même université. Par une décision du 16 septembre 2022, le président de l'université Paris Nanterre a délivré à l'intéressé une attestation indiquant avoir rejeté sa candidature par une décision en date du 13 juin 2022. Par la présente requête, M. B demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution, à titre principal, de la décision du 16 septembre 2022 et, à titre subsidiaire, de celle du 13 juin 2022 ainsi que d'enjoindre au président de l'université Paris Nanterre de procéder à son inscription dans le master précité dans un délai de huit jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par le requérant, tels qu'énoncés dans les visas de la présente ordonnance, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 16 septembre 2022 ni de celle du 13 juin 2022, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions à fin de suspension et d'injonction présentées par M. B ne peuvent être accueillies.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'université Paris Nanterre, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme demandée par l'université Paris Nanterre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'université Paris Nanterre présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au président de l'université Paris Nanterre.
Fait à Cergy, le 27 octobre 202La juge des référés
signé
E. Coblence
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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