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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2212923

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212923

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2212923
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET DAMY RAYNAL HERVE-LANCIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2022, M. A E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article

L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 septembre 2022 :

- le rapport de M. Robert, magistrat désigné ;

- les observations de Me Damy, avocate désignée d'office représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens et qui soutient, en outre, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est insuffisamment motivée ;

- les observations de M. E, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui indique regretter les infractions qu'il a commises ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant algérien né le 30 septembre 1999, est entré irrégulièrement en France. Par un arrêté du 21 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. E demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. En l'espèce, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration. Il vise également les circonstances de faits propres à la situation personnelle et familiale de M. A, notamment qu'il est également connu sous d'autres identités, qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français à une date indéterminée, qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour, qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an prise par le Préfet des Hauts-de-Seine le 17 septembre 2021 et notifiée le jour même, qu'il est incarcéré depuis le 08 juin 2022 en application du jugement du 27 janvier 2022 du tribunal judiciaire de Paris le condamnant à une peine de 6 mois d'emprisonnement pour des faits de " vol aggravé par deux circonstances ", qu'il déclare être célibataire et sans enfants à charge, qu'il ne peut justifier être dépourvu de toutes attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, que les liens personnels et familiaux de l'intéressé en France ne peuvent donc pas être regardés comme suffisamment anciens, intenses et stables. Dès lors, l'arrêté querellé comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise, notamment, que l'intéressé, qui est entré irrégulièrement sur le territoire français à une date indéterminée, ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qui a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an prise par le Préfet des Hauts-de-Seine le 17 septembre 2021, notifiée le jour même, ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, et qu'il constitue une menace à l'ordre public, le requérant ayant été condamné par le tribunal judiciaire de Paris le 27 janvier 2022 à une peine de 6 mois d'emprisonnement pour des faits de " vol aggravé par deux circonstances ". Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

D. B La greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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