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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2213087

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2213087

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2213087
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantSASITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement les 23 septembre et 3 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2022, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- il méconnait les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'un défaut de base légale, dès lors que d'une part, il vise le décret n°96-1088 du 9 décembre 1996 et non la convention franco-malienne sur la circulation et le séjour des personnes signée le 26 septembre 1994, et que d'autre part, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de fait résultant de sa situation professionnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole les dispositions du 4° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un courrier du 13 avril 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que Mme E D, cheffe de la section contentieux/refus du bureau du contentieux des étrangers de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, n'était pas compétente pour signer l'arrêté du 19 août 2022, les décisions qu'il contient n'entrant pas dans le champ de la délégation de signature accordée à l'intéressée par l'arrêté n°22-128 du préfet du Val d'Oise du 27 juillet 2022.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que l'arrêté en litige a été abrogé et qu'un nouvel arrêté, portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi, a été édicté le 28 avril 2023.

Par un mémoire complémentaire enregistré le 22 mai 2023, M. B, représenté par Me Traore, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que l'arrêté en litige est entaché d'un détournement de pouvoir et d'un détournement de procédure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes, signée à Bamako le 26 septembre 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. d'Argenson, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 26 décembre 1976, est entré en France le 14 juin 2001, sous couvert d'un visa Schengen selon ses déclarations. Il a sollicité le 25 novembre 2020 un titre de séjour sur le fondement de l'article 5 de la convention franco-malienne. Il demande, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur l'étendue du litige :

2. Le préfet du Val-d'Oise a abrogé l'arrêté initialement attaqué du 19 août 2022 et a pris un nouvel arrêté le 28 avril 2023 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, lequel s'est substitué à l'arrêté attaqué du 19 août 2022. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 19 août 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

3. L'arrêté contesté comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait détenu des informations relatives à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance du préfet du Val-d'Oise avant que ne soit pris l'arrêté contesté, ni qu'il aurait sollicité, sans réponse, un entretien avec les services préfectoraux. Il n'est pas davantage démontré que, si de telles informations avaient pu être communiquées à temps, elles auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cet arrêté. En outre, le requérant a pu exposer les motifs de sa demande et sa situation personnelle auprès des services préfectoraux, lors du dépôt de sa demande de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

6. M. B soutient que l'arrêté est entaché d'un défaut de base légale en ce qu'il vise le décret n°96-1088 du 9 décembre 1996, portant publication de la convention franco-malienne du 26 septembre 1994, et non la convention elle-même. Toutefois, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté du 28 avril 2023. En outre si, le requérant fait valoir qu'il a sollicité en réalité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Val-d'Oise a également apprécié la situation administrative de M. B sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de l'arrêté en litige doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (). ".

8. D'une part, si M. B fait valoir qu'il est entré régulièrement sur le territoire français en 2001, il n'établit ni la réalité de cette allégation, ni résider sur le territoire français depuis plus de dix ans, les pièces produites pour justifier de sa présence en France entre 2013 et 2015, composées de quelques relevés bancaires, n'étant pas suffisamment probantes. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise était tenu, avant d'édicter l'arrêté en litige, de saisir la commission du titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie doit être écarté.

9. D'autre part, le simple fait de se prévaloir d'une ancienneté de résidence en France depuis 2001 ne constitue pas un motif exceptionnel ou une considération humanitaire, au sens des dispositions précitées. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit au point 8, le requérant n'établit pas résider sur le territoire français depuis cette date, en particulier pour les années 2013 à 2015. L'intéressé a fait l'objet, par ailleurs, d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 1er décembre 2016, qu'il n'a pas exécutée, sa présence en France depuis cette date n'étant donc due qu'à son maintien en situation irrégulière. En ce qui concerne son insertion professionnelle, il ne justifie d'aucune activité professionnelle à la date de l'arrêté attaqué. Si M. B se prévaut d'une expérience professionnelle dans le secteur du bâtiment, il ressort des bulletins de paie versées à l'instance, que l'activité exercée par l'intéressé est discontinue et sporadique. La plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère a émis le 15 juin 2022 un avis défavorable sur la demande d'autorisation de travail présentée le 7 juin 2022 par la société " DG construction ", dès lors que cette dernière n'a pas répondu favorablement aux demandes de pièces complémentaires adressées par l'administration les 31 mai et 7 juin 2022. Enfin, l'intéressé ne peut utilement invoquer les termes de la circulaire du 28 novembre 2012 qui ne comporte aucune ligne directrice opposable au préfet. Par suite, il n'apporte pas la preuve de la réalité et de la pérennité de son emploi. Dans ces conditions, M. B, qui est célibataire, sans charge de famille et non dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside sa mère et où il a vécu de nombreuses années, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, en refusant son admission exceptionnelle au séjour. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait commis une erreur de fait, moyen qui, au demeurant, n'est pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. M. B soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'un détournement de procédure et d'un détournement de pouvoir, dès lors que le préfet du Val-d'Oise a abrogé son arrêté illégal du 19 août 2022 pour édicter un nouvel arrêté alors que le requérant n'a pas sollicité une nouvelle demande de titre de séjour et que l'administration n'a pas procédé à un nouvel examen de sa situation. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant d'édicter son arrêté du 28 avril 2023, examiné de nouveau la situation de M. B. Par suite, les moyens tirés d'un détournement de procédure et d'un détournement de pouvoir doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. La décision portant refus de séjour n'étant illégale, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, l'arrêté attaqué n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; () ".

15. Ainsi qu'il a été dit au point 8, M. B ne justifie pas de sa présence habituelle et continue depuis 2001. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par suite, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'injonction de même que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté susvisé du 19 août 2022.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

signé

P.-H. d'ArgensonL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

D. RobertLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2213087

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