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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2213262

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2213262

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2213262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation10ème Chambre
Avocat requérantTAMEGNON HAZOUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2022, M. D E, représenté par Me Tamegnon-Hazoume, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois courant à compter de la décision à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de séjour :

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il a fait preuve de sérieux dans la poursuite de ses études.

Sur la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La clôture de l'instruction a été fixée au 13 décembre 2022.

Le préfet du Val-d'Oise a produit un mémoire en défense, le 6 avril 2023, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Des pièces ont été produites le 12 avril 2023, après l'audience, pour M. E, et n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E, ressortissant béninois né le 28 avril 2001 à Porto Novo (Bénin), entré régulièrement en France le 14 octobre 2018 muni d'un visa D " étudiant ", a été muni de titres de séjour dont le dernier expirait le 31 octobre 2021. Il a sollicité, le 15 octobre 2021, le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Sa demande a été rejetée par arrêté du préfet du Val-d'Oise du 1er juillet 2022, lui faisant également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi. M. E demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Au cas particulier, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet du Val-d'Oise a fait application et mentionne également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles il s'est fondé. Si la décision ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation personnelle, familiale et administrative de M. E, elle lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Lorsqu'il est saisi d'une demande de renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", il appartient au préfet de s'assurer de la réalité et du sérieux des études poursuivies.

6. Pour refuser de renouveler le titre de séjour du requérant, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé a terminé sa formation en apprentissage en décembre 2021 et qu'il ne justifiait pas d'une nouvelle inscription scolaire. Il ressort des pièces du dossier que M. E était inscrit dans un cycle préparatoire intégré auprès de l'établissement CESI Ecole d'ingénieurs au cours des années 2019/2020 et 2020/2021, qu'il a été admis à passer dans l'année supérieure en octobre 2021, et qu'il a conclu une convention d'apprentissage sans employeur avec cet établissement, pour une durée maximale de trois mois, le 6 octobre 2021. Le requérant ne produit toutefois aucun élément susceptible de démontrer qu'il a poursuivi un cursus de formation à l'issue de sa période d'apprentissage, dont il ne précise au demeurant pas la nature et la durée. S'il se prévaut de son inscription, le 19 septembre 2022, dans la formation Ingénieur diplômé du CESI pour l'année universitaire 2022/2023, cette circonstance postérieure à la décision attaquée est insuffisante pour démontrer qu'à la date de cette décision, les études qu'il poursuivait sur le territoire français étaient réelles et sérieuses. Dans ces conditions le préfet, en refusant de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". L'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". En application des dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français, qui vise ces dispositions, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision portant refus d'un titre de séjour, dès lors que cette dernière est régulièrement motivée. En l'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, ainsi qu'il a été dit au point 4, la décision portant refus d'un titre de séjour est régulièrement motivée. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. E avant de l'obliger à quitter le territoire.

9. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1-Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

11. Pour justifier avoir établi en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux, M. E fait valoir qu'il réside en France depuis 2018, qu'il y poursuit ses études, et que son père réside en France. Toutefois, le requérant, qui ne verse aux débats aucune pièce susceptible de démontrer que son père résiderait en France en situation régulière, ne conteste pas qu'il est célibataire et sans charge de famille, et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où vit sa mère. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté au droit dont il dispose au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination ;

12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

13. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. E doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Me Tamegnon-Hazoume et au préfet du Val-d'Oise.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. B et Mme A, premiers conseillers,

Assistés de Mme Lefebvre, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

La présidente-rapporteur,

signé

C. C

L'assesseur le plus ancien,

signé

M. BLa greffière,

signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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