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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2213327

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2213327

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2213327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABRAL DE BRITO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 septembre 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 28 février 2023, Mme C A B, représentée par Me Cabral de Brito, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 1er février 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa situation, dans le même délai et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par ordonnance du 17 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 mars 2023.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, conseillère,

- et les observations de Me Cabral De Brito, représentant Mme A B, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante congolaise (République Démocratique du Congo) indique être entrée sur le territoire français le 19 janvier 2014. Le 22 septembre 2020, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, elle demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 1er février 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du

Val-d'Oise n'aurait pas, avant de l'édicter, procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation de Mme A B.

4. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement des dispositions précitées par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Les dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile laissent enfin à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir.

6. Il ressort des pièces du dossier que, si Mme A B soutient qu'elle réside en France depuis 2014, elle établit avoir exercé une activité professionnelle seulement entre les mois d'octobre et décembre 2017 et entre les mois de février et novembre 2018, périodes lors desquelles elle exerçait en qualité d'agent de maintenance pour la société NOEMELEC en contrat à durée déterminée. En dépit de la promesse d'embauche qu'elle produit en date du 3 janvier 2020, la durée de son expérience professionnelle antérieurement à la décision attaquée est insuffisante pour démontrer la stabilité et la pérennité de son insertion professionnelle. La requérante se prévaut en outre avoir travaillé en qualité d'employée polyvalente au sein de la société les 5 Continents sous contrat à durée déterminée du 1er avril au 30 septembre 2022, pour une durée de travail mensuelle de 104 heures, lequel a été prolongé à temps plein jusqu'au 31 mars 2023. Toutefois, cette activité est postérieure à l'arrêté attaqué. L'intéressée était en outre célibataire à la date de celui-ci, n'allègue pas qu'elle serait dépourvue de tout lien dans son pays d'origine et ne fait pas état de circonstances particulières de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées, et ce alors même que sa présence depuis 2014 en France n'est pas contestée dans l'arrêté attaqué par le préfet. Dans ces conditions, Mme A B n'est pas fondée à soutenir que son admission au séjour en France répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels et qu'elle pouvait ainsi bénéficier d'une mesure de régularisation à titre exceptionnel. Pour les mêmes motifs, le préfet du Val-d'Oise n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, entaché son appréciation des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle et professionnelle de l'intéressée d'une erreur manifeste.

7. En trosième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B, qui réside en France depuis 2014, attend un enfant dont elle soutient que le père réside sur le territoire français. Toutefois, elle n'établit ni même n'allègue que l'intéressé, dont elle ne précise pas la nationalité dans ses écritures ni si elle envisage avec lui un projet de vie commune, réside régulièrement en France. Elle n'allègue pas davantage que la future cellule familiale ne pourrait se constituer en République Démocratique du Congo le cas échéant. Il ressort également de la décision attaquée et n'est pas contesté par l'intéressée qu'elle a déjà un enfant mineur résidant dans son pays d'origine, où elle n'allègue pas être dépourvue de tout lien puisque ses parents et sa fratrie y résident. Ainsi, Mme A B n'établit pas qu'elle a constitué en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, ni qu'elle y a des relations personnelles intenses et durables, en dépit de sa présence depuis 2014 non contestée par le préfet. Par suite, Mme A B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et a ainsi méconnu les stipulations précitées.

9. L'illégalité de la décision portant refus de son titre de séjour n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme A B doivent être rejetées, comme par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1 : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 :

Le présent jugement sera notifié à Mme C A B et au préfet du

Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère,

Et Mme Moinecourt, conseillère,

Assistées de Mme Charleston, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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