mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2213421 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GRANADOS |
Vu la procédure suivante ::
Par une requête enregistrée le 25 septembre 2022, M. et Mme A, représentés par Me Granados, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2022 par laquelle la commission de l'académie de Versailles a refusé de leur délivrer une autorisation d'instruction dans la famille au titre de l'année scolaire 2022-2023 pour leur fille B ;
2°) d'enjoindre sous astreinte au recteur de l'académie de Versailles de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur fille en famille ou à défaut de réexaminer leur demande ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
-cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
-elle porte atteinte aux principes de bonne foi et de loyauté, en méconnaissance des articles R. 131-11-6 et L. 131-5 du code de l'éducation ;
-elle est entachée d'une dénaturation des pièces produites à l'appui de la demande d'instruction dans la famille ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du projet éducatif, le recteur était tenu de leur délivrer l'autorisation d'instruction en famille et il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motif sollicité ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2023, le recteur de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- aucun des moyens soulevés par M. et Mme A n'est fondé ;
- il demande au tribunal de substituer au motif de la décision attaquée celui tiré de ce que la situation de l'enfant n'était pas placée dans une situation propre au sens de l'article R. 131-11-5 du code de l'éducation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. Baude, rapporteur,
-les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,
-et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler la décision du 27 juillet 2022 par laquelle la commission de l'académie de Versailles, saisie d'un recours préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 16 juin 2022 de la directrice des services départementaux de l'éducation nationale dans les Hauts-de-France, a refusé de leur délivrer une autorisation d'instruction dans la famille au titre de l'année scolaire 2022-2023 pour leur fille B, née le 21 avril 2015.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : [] 7° Refusent une autorisation, [] ; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux [] ".
3. La décision attaquée mentionne les textes sur lesquels elle se fonde et indique qu'elle repose sur l'insuffisance du projet éducatif. Dès lors elle comporte la motivation exigée par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 131-2 du code de l'éducation, dans sa version en vigueur à compter du 1er septembre 2022 : " L'instruction obligatoire est donnée dans les établissements ou écoles publics ou privés. Elle peut également, par dérogation, être dispensée dans la famille par les parents, par l'un d'entre eux ou par toute personne de leur choix, sur autorisation délivrée dans les conditions fixées à l'article L. 131-5. ". Aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. Le délai mentionné à l'article L. 114-3 au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée acceptée ne court qu'à compter de la réception des pièces et informations requises. () ". Aux termes de l'article R131-11-6 du code de l'éducation : " Lorsqu'il accuse réception de la demande, le directeur académique des services de l'éducation nationale fixe, le cas échéant, le délai pour la réception des pièces et informations manquantes, qui ne peut être supérieur à quinze jours ". Et aux termes de l'article L. 131-5 du même code : " L'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation peut convoquer l'enfant, ses responsables et, le cas échéant, les personnes chargées d'instruire l'enfant à un entretien afin d'apprécier la situation de l'enfant et de sa famille et de vérifier leur capacité à assurer l'instruction en famille ".
5. Les requérants soutiennent que la décision attaquée méconnaît ces dispositions dès lors que les services du recteur de l'académie de Versailles ne leur ont pas demandé de compléter leur demande et ne les ont pas convoqués à un entretien avant de refuser leur demande. La décision attaquée n'est toutefois pas fondée sur l'incomplétude du dossier de demande d'instruction dans la famille, mais sur le fait que le projet éducatif, quoique effectivement produit dans cette demande, ne répondait pas aux exigences légales. Par ailleurs la possibilité qu'avait la commission de convoquer les requérants avant de statuer ne constitue qu'une simple faculté dont l'omission demeure sans incidence sur la légalité de la décision prise sur une demande d'instruction dans la famille. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, dans sa version issue de l'article 49 de la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille () / La présente obligation s'applique à compter de la rentrée scolaire de l'année civile où l'enfant atteint l'âge de trois ans. / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : / () / 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. ". Aux termes du IV de l'article 49 de la loi : " Le présent article entre en vigueur à la rentrée scolaire 2022. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 131-11-5 du code de l'éducation : " Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, elle comprend : 1° Une présentation écrite du projet éducatif comportant les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de l'enfant, à savoir notamment : a) Une description de la démarche et des méthodes pédagogiques mises en œuvre pour permettre à l'enfant d'acquérir les connaissances et les compétences dans chaque domaine de formation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture ; b) Les ressources et supports éducatifs utilisés ; c) L'organisation du temps de l'enfant (rythme et durée des activités) ; d) Le cas échéant, l'identité de tout organisme d'enseignement à distance participant aux apprentissages de l'enfant et une description de la teneur de sa contribution ; 2° Toutes pièces utiles justifiant de la disponibilité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant ; () ".
7. Les dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation prévoyant la délivrance par l'administration, à titre dérogatoire, d'une autorisation pour dispenser l'instruction dans la famille en raison de " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ", telles qu'elles ont été interprétées par la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, impliquent que l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d'instruction dans la famille et qu'il est justifié, d'une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant, d'autre part, de la capacité des personnes chargées de l'instruction de l'enfant à lui permettre d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire.
8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
9. D'une part, pour refuser la demande d'instruction dans la famille des requérants, la commission s'est fondée sur le motif erroné que la demande ne répondait pas aux conditions légales. Les requérants font valoir qu'aucun autre motif pouvait être substitué dès lors que leur projet d'instruction en famille comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptées aux capacités et au rythme d'apprentissage de leur enfant et que Monsieur. a les capacités à faire acquérir à sa fille le socle commun de connaissances. Toutefois, par ces dispositions, le législateur n'a pas entendu instaurer un régime de compétence liée. Dans ces conditions, la substitution de motif demandée n'étant pas de nature à priver les requérants d'une garantie, il y a lieu d'y procéder.
10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la demande d'instruction dans la famille de la jeune B est motivée, par la volonté de ses parents de l'instruire selon la méthode pédagogique Montessori et par l'impact négatif pour l'enfant d'un changement brutal des méthodes d'apprentissage auxquels elle a été habituée. La préférence des parents pour une méthode d'apprentissage pédagogique particulière, qui procède de convictions et d'expériences qui leur sont propres et personnelles, n'est toutefois pas en tant que telle de nature à caractériser une situation propre à l'enfant lui-même. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la jeune B née en 2015, a déjà été scolarisée dans un établissement scolaire et n'a été instruite selon la méthode pédagogique Montessori qu'à un très jeune âge, en maternelle et en cours préparatoire. Il n'est ainsi pas établi qu'elle rencontrera des difficultés particulières d'adaptation dans un établissement scolaire ne pratiquant pas la méthode Montessori. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le recteur de l'académie de Versailles aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en leur refusant d'instruire leur fille B en famille.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 27 juillet 2022 doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. " Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. " Aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. "
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision du 27 juillet 2022, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. et Mme A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Elle peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
15. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. et Mme A demande au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M et Mme A est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D et C A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
M. Baude, premier conseiller,
Mme Chaufaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
Le rapporteur,
signé
F. -E. Baude
La présidente,
signé
S. Edert La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026