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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2213422

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2213422

mardi 15 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2213422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSTECK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un arrêt n° 21VE02492 du 22 septembre 2022, la cour administrative d'appel de Versailles a annulé l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n° 2109383 du 22 juillet 2021 et renvoyé l'affaire à ce tribunal pour qu'il soit statué sur la requête de M. A.

Par cette requête, enregistrée le 21 juillet 2021, M. D A, représenté par Me Steck, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a abrogé son arrêté du 3 juin 2021, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 15 juin 2021 a été pris en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable et du droit à être entendu ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation des faits et de qualification juridique des faits, en ce qui concerne la menace à l'ordre public qu'il représente;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation des faits en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi et la décision portant interdiction de retour sur le territoire sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, au rejet des conclusions. Il soutient que la requête est tardive et que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 3 juin 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a fait obligation à M. D A, ressortissant chinois né le 3 juin 1989, de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 15 juin 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a abrogé l'arrêté du 3 juin 2021, a fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 juin 2021 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

3. M. A soutient que l'arrêté contesté porte atteinte à son droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations préalables. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le préfet a informé M. A, par courrier du 18 mai 2021, notifié le 27 mai suivant, de ce qu'il envisageait de prendre une obligation de quitter le territoire ainsi qu'une interdiction de retour à son encontre et l'a invité à formuler ses observations dans un délai de sept jours. Le requérant fait valoir en outre que le délai de sept jours n'est pas suffisant pour que les droits de la défense puissent effectivement s'exercer. Il soutient notamment qu'il a seulement pu cocher les cases du formulaire et n'a pas eu le temps de fournir les observations sur la dernière question relative à l'exécution d'une éventuelle obligation de quitter le territoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a renseigné la notice individuelle d'informations le 30 mai 2021, réceptionnée par le préfet le 2 juin 2021. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le délai de sept jours serait insuffisant. Par ailleurs, il n'est pas établi ni même allégué que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations ou de communiquer des informations utiles tenant notamment à sa situation personnelle avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles de faire obstacle à cette décision. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

5. M. A soutient que ses attaches privées et familiales se situent désormais en France. Il fait valoir qu'il est marié depuis le 24 août 2019 à une ressortissante chinoise titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, qu'il réside en France depuis 2012, qu'il a fondé une société d'import-export de produits alimentaires chinois. Si le requérant justifie être marié à une compatriote en situation régulière depuis le 24 août 2019, compte tenu du caractère récent de ce mariage à la date de la décision attaquée et de l'absence de preuve de vie commune avant celui-ci, le requérant ne justifie pas de l'intensité et de la pérennité de sa vie familiale en France. Enfin, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales en Chine. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne peut pas davantage soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. Les moyens doivent ainsi être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; (). ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné le 31 août 2017 par le tribunal correctionnel de Paris à trois ans d'emprisonnement délictuel, dont deux assortis d'un sursis simple, pour des faits " d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France ou un état partie à la convention de Schengen en bande organisée ", et que sa peine a été aménagée en une détention à domicile sous surveillance électronique à compter du 22 avril 2021. Au vu des faits pour lesquels le requérant a été condamné, le préfet a pu estimer sans erreur d'appréciation que son comportement constituait une menace pour l'ordre public, alors même qu'il aurait indiqué à tort dans l'arrêté attaqué qu'il était incarcéré pour ces faits depuis le 22 avril 2021. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

9. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

10. Il ressort des termes de l'arrêté que pour prendre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur les circonstances que M. A ne justifie pas de circonstances humanitaires particulières et qu'il représente une menace à l'ordre public dès lors qu'il a été condamné le 31 août 2017 par le tribunal correctionnel de Paris à trois ans d'emprisonnement, dont deux avec sursis, pour des faits " d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France ou un état partie à la convention de Schengen en bande organisée ". Par ailleurs, il résulte des pièces du dossier que le requérant a bénéficié à compter du 22 avril 2021 d'une détention à domicile sous surveillance électronique. Les circonstances dont le requérant fait état, rappelées au point 6, ne présentent aucun caractère humanitaire et ne font ainsi pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Eu égard à ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte à sa situation personnelle une atteinte excessive. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions susvisées et de l'erreur manifeste d'appréciation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 15 juin 2021 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 juin 2021 :

12. Par l'arrêté du 15 juin 2021, pris antérieurement à l'introduction de la requête de M. A, le préfet des Hauts-de-Seine a abrogé l'arrêté attaqué du 3 juin 2021 dans toutes ses dispositions. Ainsi, les conclusions aux fins d'annulation de M. A dirigées contre cet arrêté, qui avait disparu de l'ordonnancement juridique à la date d'enregistrement de sa requête, sont irrecevables et doivent être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 202La magistrate désignée,

signé

C. B La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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