jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2213553 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TERRIAT |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 22 septembre 2022, le président de la deuxième chambre du tribunal administratif de Strasbourg a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. A.
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 16 septembre et le 2 novembre 2022, M. D A, représenté par Me Terriat, avocate désignée d'office, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'annuler le signalement dont il a fait l'objet aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;
4°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou de procéder à un réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
- la date de naissance indiquée sur l'arrêté n'est pas la sienne, il y a un risque de méprise sur son identité ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a méconnu le principe du respect des droits de la défense ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation relative aux conséquence de cette décision sur sa situation personnelle ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
- elle sont illégales dès lors qu'elles sont fondées sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience, tenue en présence de Mme Dieng, greffière d'audience :
- le rapport de M. Dupin, magistrat désigné ;
- les observations de Me Terriat, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fin et par les mêmes moyens et fait valoir que le procès-verbal d'audition
- et les observations de M. A, assisté de M. C, interprète en langue turque.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Par une note en délibérée enregistrée le 4 novembre 2022, Me. Terriat produit dans l'intérêt de M. A des pièces complémentaires.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant turc né le 17 octobre 1983, est entré sur le territoire français en 2018. La demande de M. A tendant à se voir reconnaître la qualité de réfugié a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 22 mars 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 26 août 2019. Sa demande de réexamen a été rejetée le 25 août 2020. Par un arrêté du 15 septembre 2022, dont M. A demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour lui refuser un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. La seule circonstance que la date de naissance indiquée sur l'arrêté en litige est erronée est insuffisante à établir que sa situation personnelle n'a pas été réellement examinée ou que les décisions en litige seraient insuffisamment motivées en raison de cette erreur de plume. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation ne peuvent qu'être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
5. Il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier et n'est pas même soutenu que M. A aurait été empêché de faire valoir ses observations dans le cadre de la procédure ayant abouti aux décisions contestés, ni qu'il ait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux. Dès lors, le requérant ne pouvait sérieusement ignorer que l'irrégularité de sa situation l'exposait à une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort nullement des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans enfant à charge, par ailleurs entré en 2018 sur le territoire français à seule fin d'instruire sa demande d'asile, ait tissé des liens substantiels et intenses sur le territoire français. La seule circonstance qu'il ait été hébergé par des cousins, tandis qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où réside l'ensemble de sa famille et où il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans, est insuffisante en l'espèce pour démontrer que la préfète du Bas-Rhin a commis, en édictant l'arrêté contesté, a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garantit par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation en la matière ne peut donc qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. Si M. A soutient qu'il craint d'être exposé en cas de retour dans son pays d'origine à des persécutions policières, notamment en raison d'un jugement en date du 30 janvier 2020 de la cour d'assise d'Erzurum le condamnant à trois ans et demi de prison pour des faits de complicité " avec les membres de l'organisation terroriste illégale dite PKK ", confirmé par l'attestation en date du 3 février 2020 de son avocat, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile ont, par les décisions ci-dessus mentionnées, postérieures aux documents précités, refusé de lui reconnaître la qualité de réfugié. Par suite, les menaces personnelles alléguées de peines ou traitements inhumains ou dégradants ne sauraient être regardées comme établies. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées, qui n'est du reste opérant qu'à l'égard de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
9. En dernier lieu, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français sans délai n'étant pas, pour les motifs précédents, illégale, l'exception d'illégalité soulevée contre les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ne peut qu'être écartée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2022, par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Les conclusions à fin d'annulation, ainsi que celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige ne peuvent par suite qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Terriat et à la préfète du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition par le greffe le 10 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
F. B La greffière,
signé
K. Dieng
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026