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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2213647

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2213647

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2213647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre
Avocat requérantBULAJIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 7 octobre 2022, le 2 décembre 2022, le 19 juin 2023 et le 1er septembre 2023, M. A D représenté par Me Bulajic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé un titre de séjour, a édicté à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trente jours, et sous une astreinte de 50 euros par jour de retard, à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé et atteste d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce que, en l'absence de communication de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il est impossible de s'assurer de sa régularité ;

- il méconnaît les articles L. 425-9, R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et fait valoir que ses moyens sont infondés.

Par une ordonnance en date du 31 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 août 2023 à midi.

Par une décision du 2 mai 2022, le président du bureau de l'aide juridictionnelle auprès du tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. D le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dupin, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant pakistanais né le 29 mai 1981, est entré sur le territoire français le 9 novembre 2014, selon ses déclarations, démuni de tout visa. Par une demande en date du 6 octobre 2020, il a sollicité auprès du préfet du Val-d'Oise un titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur. Par un arrêté du 27 janvier 2021, le préfet du Val-d'Oise a refusé la délivrance de ce titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. D. demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 211-5 de ce même code dispose que : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté attaqué, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle du requérant, vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et fait mention des articles L. 313-11 et L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur. Il fait état de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration relatif à sa demande de titre de séjour et décrit la situation de M. D, en particulier, son entrée sur le territoire français, sa demande de titre de séjour ainsi que sa situation personnelle, médicale et familiale, mentionnant que son épouse et ses deux enfants mineurs résident dans son pays d'origine. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et révèle que le préfet du Val-d'Oise a examiné la situation du requérant de manière approfondie. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 313-11, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit () 11° À l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ". En outre, aux termes de l'article R. 313-22, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 313-23, alors en vigueur, du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 313-22 () Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

5. D'une part, il ressort du bordereau de transmission de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 31 décembre 2020, versé au dossier par le préfet du Val-d'Oise, que celui-ci indique le nom du médecin rapporteur, le docteur E, lequel n'a pas siégé au sein du collège, ainsi que les noms et les prénoms de chacun des trois médecins qui composaient le collège. En outre, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes et mentions de l'avis médical en date du 31 décembre 2020 délivré par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que celui-ci n'aurait pas été émis dans le respect des conditions de collégialité dont dispose les articles précités. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

6. D'autre part, il résulte des dispositions précitées du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions précitées, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins mentionné à l'article L. 313-11, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que si le demandeur peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. D, le préfet du Val-d'Oise, suivant en cela l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII le 31 décembre 2020, dont il s'est approprié la teneur, a estimé que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel il pouvait voyager sans risque. S'il est constant que M. D est suivi depuis 2020 pour une pathologie cardiaque sévère, comme en attestent les nombreux certificats médicaux produits, et suit un traitement médicamenteux adapté, aucune pièce produite par l'intéressé n'est de nature à remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII quant à la disponibilité d'un traitement dans son pays d'origine, le certificat signé par le docteur C B, chirurgien à domicile rattaché à la clinique Shakaib, au Pakistan, se bornant à souligner que l'intéressé ne saurait recevoir un " traitement couteux au Pakistan ". Par suite, la disponibilité du traitement nécessaire à l'intéressé n'apparaît pas utilement contestée sans que ce dernier démontre par ailleurs son impossibilité d'y accéder, soit par l'aide de proches résidant dans son pays d'origine, soit par le bénéfice de la couverture médicale instituée dans la province du Penjab dont il est originaire. Dès lors, rien dans les pièces versées au dossier ne permet de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII sur lequel le préfet du Val-d'Oise s'est fondé pour prendre les décisions contestées. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées et le moyen qui en est tiré ne peut donc qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 27 janvier 2021 de la présente requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant de M. D à fin d'octroi d'une somme au titre des frais liés à l'instance et non compris dans les dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Bulajic et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

M. Goupillier, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

F. Dupin

Le président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2213647

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