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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2213687

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2213687

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2213687
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDE CAUMONT ERIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 octobre 2022 et le 23 juin 2023, M. A B, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 31 août 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points du capital affecté à son permis de conduire à la suite des infractions au code de la route constatées les 1er février 2017, 4 novembre 2017, 27 mars 2018, 3 février 2020 à 21 heures 30 et à 21 heures 35 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points sur son permis de conduire dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de rejeter la demande de l'Etat présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il n'a pas reçu l'information relative aux retraits de points du permis de conduire au moment de la constatation des infractions en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision " 48SI " a été retirée ; les conclusions dirigées contre cette décision sont donc devenues sans objet ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. "

2. Par décision " 48 SI " du 31 août 2022, dont M. B demande l'annulation, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté que le nombre de points du permis de conduire de l'intéressé était nul et a, par suite, prononcé l'invalidation de ce permis. M. B demande également l'annulation des différents retraits de points prononcés.

Sur l'étendue du litige :

3. Il ressort du relevé d'information intégral de M. B daté du 22 juin 2023, produit en défense par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, qu'à la suite d'un stage de sensibilisation aux causes et accidents de la route, effectué par le requérant, les mentions relatives à la décision " 48 SI " litigieuse ont été supprimées de son dossier et qu'un solde positif a été affecté à son permis de conduire. Par suite, le ministre doit être regardé comme ayant retiré cette décision " 48 SI ". Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son annulation, ni sur les conclusions à fin d'injonction correspondantes, en application du 3° de l'article R. 222-1 précité du code de justice administrative.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

5. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivants, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public.

S'agissant des infractions commises le 1er février 2017 (3 points), 27 mars 2018 (3 points) et le 3 février 2020 à 21 heures 30 (3 points) :

6. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

7. Le ministre de l'intérieur produit les procès-verbaux électroniques établis les 1er février 2017, 27 mars 2018 et 3 février 2020 à 21 heures 30 portant la mention " refus de signer " par le conducteur, qui revêt la même force probante que la signature de ce dernier. Il suit de là que la preuve de la délivrance de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est rapportée par le ministre s'agissant de ces infractions. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information doit être écarté comme manifestement infondé s'agissant de ces infractions.

S'agissant de l'infraction commise le 3 février 2020 à 21 heures 35 (3 points) :

8. Il résulte de l'instruction que cette infraction a été relevée, sans interception du véhicule, par un procès-verbal électronique et a donné lieu, en l'absence de paiement de l'amende forfaitaire, à un avis d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur n'établit pas, ni même n'allègue, que M. B aurait reçu l'avis de contravention ou l'avis d'amende forfaitaire majorée, réputés comporter les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressée n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il résulte de l'instruction que M. B a été dûment informé, à l'occasion de l'infraction commise le 3 février 2020, soit le même jour, à 21 heures 30, de l'existence d'un traitement automatisé et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, le requérant n'a pas été privé de la garantie qui s'attache à la délivrance de l'information préalable à l'occasion de l'infraction commise le 3 février 2020 à 21 heures 35. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté s'agissant de cette infraction comme manifestement infondé.

S'agissant de l'infraction commise le 4 novembre 2017 (6 points) :

9. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B, daté du 22 juin 2022, que l'infraction constatée le 4 novembre 2017 a fait l'objet d'une condamnation pénale prononcée par le tribunal de grande instance de Paris, devenue définitive le 18 décembre 2021. Dès lors que le requérant a eu la possibilité de contester la réalité de l'infraction en cause devant le juge pénal, il n'est pas fondé à soutenir que le défaut de délivrance de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à le supposer établi, est de nature à entacher d'irrégularité le retrait de points dont s'agit. Le moyen doit donc être écarté comme manifestement infondé.

10. La requête de M. B ne comporte que des moyens manifestement infondés et n'étant assortis que de faits insusceptibles de venir à leur soutien. Dès lors, à défaut de moyen utile soulevé dans le délai de recours contentieux, il y a lieu de rejeter le surplus des conclusions à fin d'annulation du requérant, sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. L'Etat n'étant pas la partie perdante à l'instance, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " du 31 août 2022.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Fait à Cergy, le 29 octobre 2024

La présidente de la 7ème chambre

signé

E. Drevon-Coblence

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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