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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2213915

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2213915

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2213915
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantROSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 octobre 2022 et le 24 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Rosin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, et dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Rosin, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et interdiction de retour sur le territoire français :

- elle sont insuffisamment motivées.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors que fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article L. 511-4, désormais L. 611-3, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement en sa qualité de mère d'enfant français.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur de fait.

- elle est entachée d'une erreur de droit ou à tout le moins d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 26 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 janvier 2023.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Moinecourt, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ghanéenne née le 9 mai 1970, indique être entrée sur le territoire français le 1er septembre 2011. Le 30 avril 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour de parent d'enfant français sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, elle demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 23 septembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Mme A a été titulaire de titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valables du 4 août 2015 au 3 août 2016 puis du 3 mars 2020 au 2 mars 2021, et sous récépissés entre ces deux périodes de validité, du 4 août 2016 au 2 mars 2020. Elle établit sa présence continue sur le territoire français pendant cette période par la production, notamment, de ses déclarations de revenus, d'un contrat à durée indéterminée conclu avec la société Aspirotechnique établie à Puteaux (Hauts-de-Seine) le 1er juillet 2017 et d'un relevé de carrière produit par l'assurance retraite faisant état d'une activité professionnelle en France depuis le 27 juin 2014. Pour justifier de son activité en qualité d'agent de service pour le groupe Arcade, détenant la société Aspirotechnique depuis novembre 2019, Mme A fournit ses bulletins de paie de janvier 2020 à septembre 2021, date de la décision attaquée, et le relevé de carrière susmentionné montrant qu'elle en a été salariée depuis 2015. Mme A était en outre mère d'un enfant mineur à la date de la décision attaquée, David Maliki, né le 11 octobre 2013, de nationalité française, qui est atteint d'un trouble du spectre autistique et handicapé de ce fait à un taux compris entre 50 et 80 %, ainsi qu'elle en justifie par la production d'une attestation de la maison départementale des personnes handicapées des Hauts-de-Seine en date du 24 avril 2020 orientant son enfant vers un centre médico-éducatif jusqu'en 2025. Mme A est également mère d'une enfant née à Colombes (Hauts-de-Seine) en 2016, âgée de cinq ans à la date de la décision attaquée. Compte tenu de sa durée de présence de plus de six ans à la date de la décision attaquée, de sa situation professionnelle et de sa vie privée et familiale ancrée en France, Mme A, quand bien même elle ne serait pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 23 septembre 2021 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Il en va de même, par voie de conséquence, des décisions du même jour par lesquelles il l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de Mme A, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet compétent au regard de son lieu de résidence actuel, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Rosin, conseil de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à Me Rosin, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1 : Les décisions du 23 septembre 2021 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de Mme A, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Rosin, conseil de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier lui versera la somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à son conseil Me Rosin, et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mme D et M. Sitbon, conseillers,

Assistés de Mme Vivet, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

La rapporteure,

Signé

L. D

La présidente,

Signé

C. OriolLa greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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