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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2214130

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214130

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2214130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTERRIAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 18 octobre et le 3 novembre 2022, Mme D, représentée par Me Terriat, avocate désignée d'office, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités belges ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé de demande d'asile en procédure normale, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre combiné des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est malade et elle ne souhaite pas être séparée de sa fille qui s'occupe d'elle et est scolarisée en France ;

- la décision attaquée méconnait l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la décision attaquée méconnait l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête, soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés et communique les pièces constitutives du dossier de la requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Dieng, greffière d'audience :

- le rapport de M. Dupin, magistrat désigné ;

- les observations de Me Terriat, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens ;

- et les observations de Mme. D, assistée de Mme. Kansa, interprète en langue Lingala.

En application des articles R. 777-3-6 et R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, enregistrée le 4 novembre 2022, a été produite par Me. Terriat dans l'intérêt de Mme. D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante congolais née le 5 décembre 1955, a introduit une demande d'asile en France le 19 août 2022. La consultation du fichier Visabio a révélé qu'elle était en possession d'un visa de cours de validité délivré par les autorités belges. Une demande de reprise en charge a été adressée aux autorités belges le 22 août 2022, acceptée le 31 août 2022. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de l'arrêté en date du 12 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a ordonné son transfert aux autorités belges.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 : " 1. Lorsque, du fait d'une grossesse, d'un enfant nouveau-né, d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l'assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légalement dans un des États membres, ou lorsque son enfant, son frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement dans un État membre est dépendant de l'assistance du demandeur, les États membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d'origine, que l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne à charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit.(). ".

4. Il ressort des pièces du dossier, comme des débats tenus à l'audience, que Mme. Mposo Pia présente de graves difficultés pour se mouvoir, corroborées par un certificat médical faisant état d'une probable gonarthrose, en lien avec une obésité morbide. Par ailleurs, âgée de 67 ans, l'intéressée ne peut subvenir d'elle-même à ses besoins et nécessite l'assistance de sa fille, B C, dont le lien de filiation est attesté par un acte de naissance congolais, elle-même demandeuse d'asile en France depuis le 22 août 2022. Dès lors, et conformément aux dispositions précitées, le rapprochement de l'intéressée de sa fille doit être regardé comme nécessaire, en sorte qu'en méconnaissant ces dispositions, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen qui en est tiré doit donc être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé de son transfert aux autorités belges.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé. ".

7. En application des dispositions précitées, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise de statuer à nouveau sur le cas de Mme D. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me. Terriat, conseil de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me. Terriat de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Mme. Marie-Thérèse D est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Article 2 : L'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé du transfert de Mme D aux autorités belges est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de statuer à nouveau sur le cas de Mme D dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me. Terriat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Mme. Terriat, conseil de Mme D, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, à Me. Terriat et au préfet du Val d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

F. A

La greffière,

signé

K. Dieng

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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