jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2214262 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ESSONO NGUEMA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2022, M. F D demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen personnel ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle viole son droit à être informé, son droit à présenter des observations et le principe du contradictoire ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle viole l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement.
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 octobre 2022 :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Essono Nguema, avocat commis d'office représentant M. D, qui maintient les conclusions et moyens de la requête et fait valoir en outre, d'une part, que la décision refusant de lui octroyer un délai de départ est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, d'autre part, que la décision portant assignation à résidence est disproportionnée,
- le préfet du val d'Oise n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Vu la note en délibéré enregistrée le 1er novembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. F D, ressortissant marocain, né le 10 décembre 1991, entré sur le territoire français en 2018, selon ses déclarations, a été interpelé, le 15 octobre 2022 par les services de police en situation irrégulière au regard de son droit au séjour. M. D s'est vu notifier, d'une part, un arrêté, en date du 18 octobre 2022, du préfet du Val-d'Oise lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, d'autre part, un arrêté, en date du 18 octobre 2022, par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours. Par sa requête, M. D demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, les deux arrêtés attaqués ont été signés par M. E A, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté n° 22-145 du préfet du Val-d'Oise du 19 septembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les arrêtés contestés comportent l'énoncé suffisamment précis des circonstances de fait et de droit qui les fondent, par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des termes même de cet arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen de la situation particulière de M. D. Il suit de là que le moyen tiré d'un tel défaut d'examen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Ces stipulations s'adressent non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Toutefois, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne qu'une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et en particulier du procès-verbal d'audition établi par les services de police le 18 octobre 2022, que M. D a été interrogé sur son entrée et son séjour sur le territoire français. Il a, en outre, été informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et invité à présenter des observations sur son éventuel retour vers son pays d'origine. Ainsi, il ne ressort nullement des pièces du dossier que l'intéressé aurait été empêché de porter à la connaissance du préfet toute information qu'il aurait estimé utile et susceptible d'avoir une incidence sur l'édiction de la mesure d'éloignement en litige et de celle lui interdisant le retour sur le territoire français. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu le principe du contradictoire ainsi que son droit d'être entendu avant l'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Contrairement à ce qu'il soutient, M. D n'établit ni son entrée régulière en France, ni l'ancienneté de sa résidence sur le territoire national depuis 2018. En outre, si l'intéressé, justifie de son mariage avec une compatriote le 9 novembre 2019 à Sarcelles relation dont est issu un enfant né en France en 2019, il ne démontre pas que son épouse réside régulièrement sur le territoire national. Ainsi la cellule familiale a vocation, au regard notamment du jeune âge de son enfant, à se reconstituer dans son pays d'origine. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet a porté atteinte à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, soulevé par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant d'accorder à M. D un délai de départ volontaire, doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".
9. Il ressort des termes du procès-verbal de l'audition de l'intéressé, en date du 18 octobre 2022, menée par les services de police de Sarcelles, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que dans l'éventualité où serait prononcée à son encontre une mesure d'éloignement, le requérant s'y soustrairait. Dans ces circonstances, le préfet n'a pas violé les dispositions précitées ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en jugeant qu'un risque existait à voir M. D se soustraire à l'obligation de quitter le territoire français qu'il a édicté, et en refusant en conséquence de lui accorder un délai de départ volontaire. Le moyen qui en est tiré doit donc être écarté.
10. En troisième lieu, s'il se prévaut de la présence en France de son épouse, le requérant ne démontre pas que celle-ci réside régulièrement sur le territoire national. En outre, la circonstance que son enfant, âgé de trois ans, à la date de la décision attaquée soit né en France, ne lui ouvre aucun droit au séjour particulier. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, soulevé par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays d'éloignement doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, soulevé par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
14. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
15. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français précise que l'intéressé est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y maintient depuis lors, qu'il a fait l'objet le 6 mai 2021 d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait, que son épouse, ressortissante marocaine, réside irrégulièrement en France, que la famille peut se reconstituer sans dommage à l'étranger et qu'en outre, M. D ne justifie d'aucune circonstance particulière. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en interdisant à M. D de revenir en France pour une durée d'un an, ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
16. Pour contester l'édiction par le préfet du Val-d'Oise d'un arrêté portant assignation à résidence, M. D se prévaut de la présence de son épouse et de son enfant, d'une adresse ainsi que de son intégration professionnelle. Toutefois, eu égard à sa situation personnelle et familiale rappelées au point 6 et à sa volonté de se soustraire à une mesure d'éloignement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché la décision portant assignation à résidence d'une disproportion. Dès lors, le moyen doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 novembre 202Le président du tribunal,
signé
J-P. B La greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026