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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2214458

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214458

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2214458
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP TIRARD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 14 et 25 octobre 2022 et 9 novembre 2022, Mme A et M. A, représentés par Me Cyrille Tchatat, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Herblay-sur-Seine a délivré à D 1 rue Emile Boulommier " un permis de construire un immeuble d'habitat collectif rue Emile Boulommier, ensemble le rejet de leur recours gracieux sollicitant le retrait de cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté est signé d'une autorité incompétente ;

- le projet autorisé par le permis méconnaît les articles L. 421-6, L. 421-3 et L. 451-1 du code de l'urbanisme ;

- Le projet n'est pas conforme à l'article 3.2 du règlement du PLU de la commune d'Herblay-sur-Seine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, la commune d'Herblay-sur-Seine représentée par la SELAS Seban et Associés, agissant par Me Céline Lherminier, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable et à titre subsidiaire que les moyens ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 janvier, 2 février et 14 mars 2023 D 1 Rue Emile Boulommier, représentée par la SCP Tirard et associés, agissant par Me Annie Tirard-Rouxel, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la somme de 2 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable et à titre subsidiaire que les moyens ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat le 25 avril 2023 par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baude, rapporteur ;

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public ;

- et les observations de Me Tchatat, représentant Mme A et M. A , de Me Herpin, représentant la commune d'Herblay-sur-Seine et de Me Chanoine, D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et Mme A demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Herblay-sur-Seine a délivré à D 1 Rue Emile Boulommier un permis de construire un immeuble d'habitat collectif rue Emile Boulommier, ensemble le rejet de leur recours gracieux sollicitant le retrait de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine a délégué par arrêté du 21 décembre 2020 ses fonctions en matière d'autorisations d'urbanisme. Dès lors le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté de permis de construire doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire prescrivait au pétitionnaire de prendre " toutes mesures propres à assurer une protection efficace contre les nuisances afin de permettre une utilisation satisfaisante des locaux, conformément à l'arrêté préfectoral du 27 septembre 2001 relatif à l'isolement acoustique contre les bruits de l'espace extérieur ". Cet arrêté du préfet du val d'Oise classe le boulevard Oscar Thévenin, situé à moins de trente mètres du projet, parmi les infrastructures routières soumises à des normes d'isolement acoustiques minimales contre les bruits extérieurs et fixe ces normes pour les bâtiments d'habitation à construire en renvoyant pour leur détermination aux deux décrets et a l'arrêté ministériel mentionnés à l'article 3 de l'arrêté. Le permis de construire était ainsi assorti d'une prescription précise et contraignante obligeant le pétitionnaire à se conformer, à l'occasion des travaux, aux dispositions légales en matière d'isolement acoustique des bâtiments d'habitation exposés aux bruits émanant de certaines infrastructures routières. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-6 précité doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'urbanisme : " Les démolitions de constructions existantes doivent être précédées de la délivrance d'un permis de démolir lorsque la construction relève d'une protection particulière définie par décret en Conseil d'État ou est située dans une commune ou partie de commune où le conseil municipal a décidé d'instaurer le permis de démolir ".

6. L'article L 451-1 du même code dispose que : " Lorsque la démolition est nécessaire à une opération de construction ou d'aménagement, la demande de permis de construire ou d'aménager peut porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. Dans ce cas, le permis de construire ou le permis d'aménager autorise la démolition ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le formulaire CERFA de la demande de permis de construire mentionnait à trois reprises, dans des rubriques différentes, les constructions à démolir, que la notice architecturale indiquait " pour la réalisation du programme, la démolition des bâtiments existants, de la clôture et des aménagements paysagers actuels est envisagée ", qu'était joint à la demande de permis un plan masse des démolitions, et que l'arrêté attaqué précisait la surface de plancher supprimée. Il en résulte que le pétitionnaire doit être regardé comme ayant demandé au maire d'être autorisé à démolir les constructions existantes et que le maire a instruit puis délivré le permis de construire en ayant nécessairement connaissance que celui-ci portait à la fois sur la démolition de ces constructions et la construction, à leur place sur les mêmes emprises, de bâtiments neufs. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

8. En dernier lieu, les termes de l'article 3-2 du règlement du PLU de la commune d'Herblay-sur-Seine disposent pour la zone UCVr que : " Déchets ménagers et déchets assimilés. Pour les opérations de logements comprenant au moins cinq logements ou les activités économiques, la solution de collecte devra être réalisée et validée avec le gestionnaire de la collecte : • Les occupations et utilisation du sol doivent prévoir les aménagements indispensables à la mise en œuvre de la collecte sélective en conteneurs normalisés dans les meilleures conditions possibles techniques et d'hygiène en vigueur. Les aménagements doivent être réalisés sur le domaine privé (locaux à l'intérieur des immeubles ou aires et abris de stockage). Les zones de présentation des conteneurs doivent recevoir un aménagement paysager et être localisées sur le domaine privé accessible depuis le domaine public. Ou • Les occupations et utilisations du sol doivent apporter une solution pérenne de collecte des déchets sur le domaine privé, collectables depuis le domaine public (borne d'apport volontaire réalisée sur le domaine privé accessible depuis le domaine public, par exemple). Encombrants : Pour les opérations d'au moins cinq logements, les occupations et utilisations du sol doivent prévoir un local de stockage des encombrants réalisé à l'intérieur des bâtiments. Une plate-forme de présentation devra être réalisé sur le domaine privé accessible depuis le domaine public. "

9. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué comportait, à son article 8, la prescription suivante : " le demandeur devra respecter les prescriptions du syndicat de collecte et de traitement des déchets TRI-ACTION dans leur avis-ci joint ". Cet avis, émis le 29 novembre 2021, recommandait, s'agissant de la collecte des déchets, " la suppression des portes d'accès aux aires de présentation " des conteneurs et des encombrants afin qu'ils soient, conformément aux dispositions précitées, directement accessibles depuis le domaine public. L'auteur de l'avis formulait enfin un avis favorable sur le projet " sous réserve du respect des préconisations ci-dessus ", celles-ci renvoyant toutes à des observations présentées comme des recommandations. Il résulte de cette formulation, comme des termes de l'arrêté, que le maire a entendu rendre opposables et contraignantes à l'égard du pétitionnaire l'ensemble des recommandations formulées par le syndicat, et que la conformité du projet au regard de l'article 3-2 du règlement doit s'apprécier en tenant compte de ces prescriptions. De telles prescriptions obligeaient le pétitionnaire à libérer l'accès aux aires de présentation des conteneurs. Elles permettaient dès lors d'assurer la conformité du projet par rapport à la nécessité de disposer d'une aire de présentation directement accessible depuis le domaine public.

10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice architecturale et du plan de rez-de-chaussée, que le projet prévoit la création, pour l'immeuble de trente-quatre logements, d'un local de vingt-trois mètres carrés pour les ordures ménagères et d'un local " encombrants " de dix mètres carrés, assorti dans les locaux mêmes d'une aire de dégagement, de treize mètres carrés et, pour l'immeuble de vingt et un logements, d'un local de dix-neuf mètres carrés pour les ordures ménagères et d'un local de neuf mètres carrés pour les encombrants, assortis d'une aire de dégagement dans les locaux mêmes de dix mètres carrés. Ces différents espaces étaient tous situés dans la partie du bâtiment donnant sur la rue Bordenave. Ils offraient ainsi entre eux des possibilités de mutualisation en cas de saturation de l'un d'entre eux, les aires de dégagement et les locaux " encombrants " permettant notamment de stocker provisoirement en tant que de besoin des conteneurs d'ordures ménagères supplémentaires. L'avis précité indiquait par ailleurs que " les locaux pour la gestion des déchets ménagers et assimilés des futurs habitants sont conformes " et recommandait, s'agissant de la gestion des déchets du local d'activités prévu par le projet, l'aménagement, dans ce local, d'un espace d'au moins cinq mètres carrés pour stocker les conteneurs destinés à les recevoir. Un tel espace devait ainsi, pour le syndicat, être aménagé dans les locaux mêmes du local d'activités, sans pouvoir être prélevé dans les locaux déjà affectés au stockage des ordures ménagères et des encombrants des deux immeubles de logements. Une telle recommandation, ainsi qu'il a été dit au point précédent, doit être regardée comme ayant donné lieu à une prescription du maire à l'intention du pétitionnaire, dont la conformité du projet au règlement du PLU doit dès lors s'apprécier au regard de la teneur de cette prescription. Il en résulte que la surface totale destinée au stockage des déchets de ces deux immeubles était, dans le projet, de plus de quatre-vingts mètres carrés pour cinquante-cinq logements, et que cette surface était mutualisable en tant que de besoin. Si les requérants soutiennent que ce volume est insuffisant, ils n'apportent toutefois pas d'éléments concrets, tirés notamment du nombre de passages hebdomadaires des véhicules de collecte des déchets, susceptibles de contredire l'avis du service technique ayant estimé, au vu notamment de la fréquence et des conditions de la collecte, le projet conforme. Dès lors il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 avril 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

12. Les conclusions à fin d'annulation de M. et de Mme A devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également leurs conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants les sommes demandées par D 1 Rue Emile Boulommier et par la commune d'Herblay-sur-Seine sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme et M. A est rejetée.

Article 2 :les conclusions de D 1 Rue Emile Boulommier et de la commune d'Herblay-sur-Seine tendant à l'application de l'article L. 671-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à M. C A, à D 1 Rue Emile Boulommier et à la commune d'Herblay-sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude, premier conseiller.

Mme Zaccaron-Guerin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

F.-E. Baude Le président,

signé

P. Thierry

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22144582

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