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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2214554

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214554

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2214554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMBOMBO MULUMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2022, M. C D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

- L'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il réside en France depuis 2009, qu'il est gérant associé d'une épicerie située dans le Val d'Oise et souhaite déposer une demande de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Mbombo Mulumba, avocat commis d'office, représentant M. D, qui fait valoir que l'ensemble des décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et demande d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

- les observations de M. D, assisté de M. B interprète en langue tamoule, qui fait valoir qu'il vit en France depuis longtemps, qu'il n'a pas commis de délits et qu'il paie son loyer et ses impôts.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant sri-lankais né le 15 juin 1986, M. C D déclare être entré sur le territoire français durant l'année 2009. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 17 octobre 2011 notifiée le 19 octobre 2011, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 16 mars 2012 notifiée le 22 mars 2012. Le requérant a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet du Val-d'Oise le 21 avril 2015, puis d'une deuxième le 14 juin 2019. Interpellé en situation de travail illégal le 24 octobre 2022, l'intéressé a fait l'objet, le jour même, d'un arrêté par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. M. D soutient qu'il réside en France depuis 2009, qu'il est gérant associé d'une épicerie située dans le Val d'Oise et souhaite déposer une demande de titre de séjour. Toutefois, il ne démontre ni sa date d'entrée en France, ni la réalité d'un séjour habituel et continu sur le territoire français depuis 2009. En outre, si le motif de son interpellation démontre qu'il exerce illégalement une activité professionnelle en France, le requérant n'apporte pas de précisions sur l'ancienneté et les conditions d'exercice de cette activité. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille et ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans au moins. Ainsi, compte tenu des conditions de son séjour en France, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

3. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 6122 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ()".

4. Pour refuser à M. D un délai de départ volontaire, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, dans la mesure où, notamment, il s'est soustrait à l'exécution d'une première obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet du Val-d'Oise le 21 avril 2015, puis d'une deuxième prononcée le 14 juin 2019. Compte tenu de ces éléments, non contredits par le requérant, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Val-d'Oise a pu refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

Sur la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit :

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 17 octobre 2011 confirmée par une décision de la CNDA du 16 mars 2012, notifiée le 22 mars 2012. En outre, le requérant ne fait état d'aucun élément précis et ne produit pas la moindre pièce justifiant de la réalité de risques personnels et actuels qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Au demeurant, il lui est loisible, s'il s'y croit fondé, de présenter une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

7. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire. Si, après prise en compte de ce critère, l'autorité administrative ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui ne justifie pas de la réalité d'un séjour habituel et continu sur le territoire français depuis 2009, a été interpellé en situation de travail illégal le 24 octobre 2022 et s'est soustrait à l'exécution de deux précédentes obligations de quitter le territoire français. Par ailleurs, il est célibataire, sans charge de famille et a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans au moins dans son pays d'origine où il ne démontre pas être dépourvu d'attaches. Ainsi, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de M. D, et alors même qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en interdisant à l'intéressé de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 24 octobre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C D est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet du Val-d'Oise

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

D. A Le greffier,

Signé

S.Hervé-Agbodjan La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2214554

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