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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2214646

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214646

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2214646
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMBOMBO MULUMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2022, M. B D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions des articles L. 423-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Mbombo Mulumba, avocat commis d'office représentant M. D, qui fait valoir que les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et demande d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa situation ;

- les observations de M. D, assisté de M. C, interprète en langue tamoule, qui fait valoir qu'il n'est pas en sécurité au Sri Lanka, qu'il aura des difficultés pour y exercer une activité professionnelle car cela requiert une autorisation spécifique difficile à obtenir.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant sri-lankais né le 25 mars 1985, M. B D déclare être entré sur le territoire français le 17 juin 2017. Sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 24 mai 2018, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 3 avril 2019 notifiée le 19 avril 2019. Par suite, le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet de la Seine-Saint-Denis le 21 mai 2019, notifiée le 24 mai 2019. Sa première demande de réexamen a été jugée irrecevable par l'OFPRA le 28 février 2020 et ce rejet a été confirmé par la CNDA le 12 novembre 2020. Sa deuxième demande de réexamen a été jugée irrecevable par l'OFPRA le 18 janvier 2021 et ce rejet a été confirmé par la CNDA le 12 mai 2021. Le 19 octobre 2022, le requérant a été interpellé pour conduite sans permis de conduire. Par un arrêté du 21 octobre 2022, dont M. D demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies :1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. "

3. Si M. D soutient que l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 423-1 précité, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait marié avec une ressortissante française. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées est infondé.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Ainsi, M. D ne peut utilement se prévaloir de la circonstance qu'il pourrait prétendre à un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

7. Si M. D fait état de risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son engagement dans la cause tamoule, il ne fait état d'aucun élément précis et ne produit pas la moindre pièce à l'appui de ses allégations. En outre, il ressort des pièces du dossier que sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 24 mai 2018 confirmée par une décision de la CNDA du 3 avril 2019. Sa première demande de réexamen a été jugée irrecevable par l'OFPRA le 28 février 2020 et ce rejet a été confirmé par la CNDA le 12 novembre 2020. Sa deuxième demande de réexamen a été jugée irrecevable par l'OFPRA le 18 janvier 2021 et ce rejet a été confirmé par la CNDA le 12 mai 2021. Dans ces conditions, le requérant ne saurait être regardé comme justifiant de la réalité des risques personnels et actuels qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées, qui n'est opérant qu'à l'égard de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. D fait valoir qu'il réside en France depuis 2018 en compagnie de son épouse et de leur enfant âgé de 6 ans. Toutefois, il ne justifie pas de la réalité d'un séjour habituel et continu sur le territoire français depuis 2018. En outre, il ne démontre, ni même n'allègue, que sa compagne, qui est également de nationalité sri-lankaise, serait en situation régulière sur le territoire français. Enfin, il ne justifie ni d'une intégration particulière au sein de la société française, ni d'être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a résidé jusqu'à ses 32 ans au moins. Dans ces conditions, M. D, qui n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France et dont la cellule familiale peut se reconstituer à l'étranger, n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 6122 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ()".

11. Pour refuser à M. D un délai de départ volontaire, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, dans la mesure où, notamment, il s'est déjà soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet de la Seine-Saint-Denis le 21 mai 2019. Compte tenu de cet élément, non contredit par le requérant, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet des Hauts-de-Seine a pu refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

13. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire. Si, après prise en compte de ce critère, l'autorité administrative ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

14. Il ressort des pièces du dossier que M. D s'est soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, il ne justifie ni de la réalité d'un séjour habituel et continu sur le territoire français depuis 2018, ni de l'existence d'obstacle à la reconstitution de la cellule familiale sans son pays d'origine où il ne justifie pas être dépourvu d'attaches. En outre, sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 24 mai 2018, confirmée par une décision de la CNDA du 3 avril 2019 et ses deux demandes de réexamen ont également été rejetées. Ainsi, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de M. D, et alors même qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en interdisant à l'intéressé de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B D est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 202Le magistrat désigné,

Signé

D. A Le greffier,

Signé

S.Hervé-Agbodjan La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22146462

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