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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2214687

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214687

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2214687
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantHERVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2022, Mme B C, épouse D, représentée par Me Hervet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou un certificat de résidence, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnait l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnait le b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnait l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Garona, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, épouse D, ressortissante algérienne, née le 7 février 1958, est entrée en France le 31 janvier 2022, sous couvert d'un visa portant la mention " ascendant non à charge ", valable du 1er décembre 2021 au 30 novembre 2022 et s'y est maintenue au-delà de cette date. Le 14 septembre 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 et du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté attaqué du 27 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles 6-5 et 7 bis b) de l'accord franco-algérien. Elle mentionne d'une part, que la requérante est mariée depuis 1985 avec M. D, ressortissant algérien en situation irrégulière, qu'elle a toujours vécu dans son pays d'origine, séparée de ses deux enfants majeurs, installés en France et qu'elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 64 ans, d'autre part, qu'en situation irrégulière sur le territoire français, elle ne justifie pas de la régularité de son séjour au moment de la demande. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de la requérante n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. Si Mme C, épouse D, se prévaut de la présence sur le territoire français de ses deux enfants majeurs, et notamment de sa fille qui la prend en charge, et de ses deux petits-enfants, nés en 2019 et 2021 ainsi que de sa contribution à l'éducation de ceux-ci, il ressort des pièces du dossier que, dans les circonstances de l'espèce, et notamment compte-tenu du caractère très récent de son entrée en France ainsi que de celle de son époux, lui aussi dépourvu de titre de séjour, et de ce qu'elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, l'Algérie, ni qu'elle ne peut y retourner pour entreprendre les démarches nécessaires à l'obtention d'autres visas de court séjour pour rendre visite aux membres de sa famille présents en France, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Dans ces conditions, la décision attaquée ne méconnait ni les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien :

" Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / () / b) () aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge ; / () ".

7. Si Mme C, épouse D, soutient que le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les stipulations précitées dès lors qu'elle bénéficiait d'un visa de court séjour dont la validité expirait le 30 novembre 2022 et qu'ainsi elle ne se trouvait pas en situation irrégulière au moment de sa demande, il ressort des pièces du dossier que la requérante disposait d'un simple visa d'entrée sur le territoire français d'une durée limitée, portant d'ailleurs la mention " ascendant non à charge ", lequel n'avait, en tout état de cause, pas pour objet ni pour effet de la faire regarder comme se trouvant en situation de séjour régulier au sens des stipulations précitées du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.

8. En dernier lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Au surplus, et en tout état de cause, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le préfet des Hauts-de-Seine n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Le moyen doit, par suite, être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

10. En deuxième lieu, si Mme C, épouse D soutient que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, ces stipulations n'ont vocation à régir que le droit au séjour des ressortissants algériens qui en remplissent les conditions. Dès lors, ce moyen invoqué contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle n'a ni pour objet ni pour effet de refuser à l'intéressée la délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté comme inopérant.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, la décision vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne qu'elle ne contrevient pas à ces stipulations. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée.

13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de la requérante n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux.

15. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, la décision vise l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que Mme C, épouse D, est présente en France depuis huit mois, qu'elle est mariée, que son époux se trouve en situation irrégulière sur le territoire français et que ses attaches ne sont pas intenses. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée.

17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

18. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de la requérante n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux.

19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2022 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C, épouse D, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, épouse D, et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président,

M. Probert, premier conseiller,

Mme Garona, première conseillère,

Assistés par Mme Galan, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

E. Garona

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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