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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2214695

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214695

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2214695
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGOLFIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2022, M. I C, représenté par Me Golfier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de

l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 avril 2023.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Garona, première conseillère,

- et les observations de Me Golfier, pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. I C, ressortissant indien, né le 20 février 1985, déclare être entré irrégulièrement en France le 7 juin 2011. Par un arrêté du 28 juin 2017, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français. Son recours contre cette décision a été rejeté par jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 25 août 2017. N'ayant pas exécuté cette mesure d'éloignement, il a sollicité le 12 janvier 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 27 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté PCI n° 2022-078 du 31 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du 1er septembre 2022, M. H F, attaché d'administration de l'État, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, disposait d'une délégation de signature à cette fin, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme G D, directrice des migrations et de l'intégration et de Mme E A, chef du bureau. En outre, il n'est ni établi ni même allégué que celles-ci n'étaient ni absentes, ni empêchées à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision, qui manque en fait, doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors que pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet s'est fondé sur une promesse d'embauche de trois mois alors qu'il indique travailler sous contrat à durée indéterminée depuis le mois de septembre 2022, en qualité d'électricien. En défense, le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour de janvier 2022, le requérant a seulement fourni cinq fiches de paie. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le contrat à durée indéterminée dont se prévaut le requérant n'a pris effet qu'à compter du 12 septembre 2022 et, d'autre part et en tout état de cause, que le requérant n'établit pas en avoir informé le préfet des Hauts-de-Seine qui fait valoir, sans être contesté, ne pas en avoir eu connaissance. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. D'une part, si M. C se prévaut de ce qu'il est présent en France depuis plus de 11 ans à la date de la décision attaquée, cette circonstance, à la supposer établie, n'est pas à elle seule de nature à lui donner un droit au séjour alors qu'au demeurant, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. En outre, si l'intéressé établit travailler en qualité d'électricien sous contrat à durée indéterminée depuis le mois de septembre 2022, cette activité était toutefois très récente à la date de la décision attaquée, et alors qu'il ne justifie d'aucune autre activité professionnelle significative antérieure au regard de la durée de présence en France qu'il allègue. Enfin, si M. C soutient qu'il suit des cours de langue française et que ses liens avec les membres de sa famille restés en Inde sont distendus, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé, célibataire et sans enfant, serait isolé ou même dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où il a vécu à tout le moins jusqu'à l'âge de 26 ans. Dans ces conditions, M. C ne peut se prévaloir d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel de nature à justifier l'obtention d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni n'est fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. D'autre part, la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière énonce des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation, sans les priver de leur pouvoir d'appréciation. Ces énonciations ne constituent donc pas des lignes directrices dont le requérant peut utilement se prévaloir devant le juge. Par suite, ce moyen ne peut être qu'écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Compte tenu de la situation en France de M. C, telle qu'elle vient d'être rappelée au point 5, en particulier au regard des conditions d'ancienneté, d'intensité et de stabilité de sa vie privée et familiale, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le moyen tiré de l'erreur de fait doit, en tout état de cause, être écarté.

9. En deuxième lieu, si le requérant se prévaut de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort de ces dispositions qu'elles n'ont vocation à régir que le droit au séjour des étrangers qui en remplissent les conditions. Dès lors, ce moyen invoqué contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle n'a ni pour objet ni pour effet de refuser à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté comme inopérant. Il en va de même pour les mêmes motifs des moyens tirés de la méconnaissance de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 et de l'erreur manifeste d'appréciation.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2022 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président,

Mme Garona, première conseillère,

Mme L'Hermine, conseillère,

Assistés par Mme Galan, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

La rapporteure,

signé

E. Garona

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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