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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2214700

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214700

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2214700
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantKOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 28 octobre 2022, 9 janvier, 15, 16 et 29 mars 2023, M. B A, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son autorisation provisoire de séjour demandée au titre de la protection temporaire, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d'autorisation provisoire de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît son droit à être entendu ;

- elle méconnait les articles L. 581-3 et L. 581-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît son droit à être entendu ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît son droit à être entendu ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- cette décision méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 ;

- la décision n° (UE) 2022/382 du Conseil 4 mars 2022 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fléjou,

- les observations de Me Simon, substituant Me Berdugo, représentant M. A.

Une note en délibéré, enregistrée le 30 mai 2023, a été présentée pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ukrainien né le 10 mars 1993, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son autorisation provisoire de séjour demandée au titre de la protection temporaire, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d'autorisation provisoire de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté en litige, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle de M. A, comporte l'énoncé des considérations de fait, relatives notamment à ses antécédents judiciaires, et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant refus de renouvellement manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces versées au dossier que le préfet aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de refuser de lui renouveler l'autorisation provisoire de séjour. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la même charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ". Si l'article 41 de la charte s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense. Aux termes de l'article 13 du pacte international relatifs aux droits civils et politiques : " Un étranger qui se trouve légalement sur le territoire d'un Etat partie au présent Pacte ne peut en être expulsé qu'en exécution d'une décision prise conformément à la loi et, à moins que des raisons impérieuses de sécurité nationale ne s'y opposent, il doit avoir la possibilité de faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion et de faire examiner son cas par l'autorité compétente, ou par une ou plusieurs personnes spécialement désignées par ladite autorité, en se faisant représenter à cette fin ".

6. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, lorsque la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été refusé à l'étranger, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Lorsqu'il sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection internationale, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, l'intéressé ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

7. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été pris sur une demande de renouvellement d'autorisation provisoire de séjour formée par M. A auprès du préfet des Hauts-de-Seine le 18 septembre 2022, et qu'il lui appartenait, à l'occasion de ce dépôt, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait nécessaires, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux, de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour. Le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu en méconnaissance des articles 41 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, tels que reconnus par l'article 6 du Traité sur l'Union européenne et de l'article 13 du Pacte International relatif aux droits civils et politiques, doit dès lors être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article 2 de la décision d'exécution n° (UE) 2022/382 du conseil de l'Union européenne en date du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine, au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE, et ayant pour effet d'introduire une protection temporaire : " Personnes auxquelles s'applique la protection temporaire / 1. La présente décision s'applique aux catégories suivantes de personnes déplacées d'Ukraine le 24 février 2022 ou après cette date, à la suite de l'invasion militaire par les forces armées russes qui a commencé à cette date : a) les ressortissants ukrainiens résidant en Ukraine avant le 24 février 2022 (). ". Aux termes de l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger appartenant à un groupe spécifique de personnes visé par la décision du Conseil mentionnée à l'article L. 581-2 bénéficie de la protection temporaire à compter de la date mentionnée par cette décision. Il est mis en possession d'un document provisoire de séjour assorti, le cas échéant, d'une autorisation provisoire de travail. Ce document provisoire de séjour est renouvelé tant qu'il n'est pas mis fin à la protection temporaire. () ". Aux termes de l'article L. 581-5 du même code : " Un étranger peut être exclu du bénéfice de la protection temporaire dans les cas suivants : / () / 2° Sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'Etat. "

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A est un ressortissant ukrainien entré en France en avril 2022 suite à l'offensive militaire russe en Ukraine et qu'il a bénéficié à ce titre d'une autorisation provisoire de séjour valable du 8 avril au 7 octobre 2022. Il est par ailleurs constant qu'il a été interpellé, entendu et signalisé par les services de police du commissariat du 9ème arrondissement de Paris le 28 juillet 2022 pour des faits de violence sans incapacité commise en raison de la race, l'ethnie, la nation ou la religion. Il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant, qui avait séjourné en France entre 2016 et 2020, était déjà connu défavorablement des services de police pour des faits de vol simple, usage de chèque falsifié et menace de mort réitérée datant de 2020. Ces antécédents judiciaires, qui n'apparaissent pas au bulletin numéro 3 de son casier judiciaire édité en novembre 2022, ne constituent pas une preuve de la culpabilité de ce dernier, en l'absence de condamnations définitives. Néanmoins, alors même qu'ils n'auraient donné lieu à aucune poursuite pénale, ces faits suffisent à caractériser une menace à l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'Etat. Dès lors, en l'absence de tout élément permettant de douter de la vraisemblance des faits que l'intéressé ne nie d'ailleurs pas, et compte tenu de la gravité et du caractère récent de sa dernière interpellation, le préfet a pu, sans remettre en cause la présomption d'innocence ni méconnaître les dispositions des articles L. 581-3 et L. 581-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constater que la présence de l'intéressé en France constituait une menace pour l'ordre public et l'exclure du bénéfice de la protection temporaire accordée aux personnes déplacées d'Ukraine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des article L. 581-3 et L. 581-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

11. M. A soutient avoir le centre de ses intérêts privés et familiaux en France dès lors que ses parents ont obtenu le renouvellement de la protection temporaire jusqu'au 2 mai 2023 et qu'il s'est installé avec sa compagne française rencontrée lors de son premier séjour en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant disposait seulement d'une ancienneté de présence sur le territoire français de six mois à la date de la décision attaquée et qu'il s'est marié postérieurement à cette décision. En outre, l'intéressé n'établit pas qu'il n'a plus d'attache dans son pays d'origine, alors au demeurant que la protection temporaire donc bénéficient actuellement ses parents n'a pas vocation à leur ouvrir un droit à s'établir durablement en France. En outre, si M. A justifie travailler en qualité de chauffeur pour la société " Financière de Munster " depuis le mois d'avril 2022, cette circonstance est insuffisante pour établir qu'il serait particulièrement inséré professionnellement à la société française. Enfin, comme il a été dit au point 9, M. A est défavorablement connu des services de police français, notamment pour des faits graves commis après 2016, lors d'un précédent séjour en France, et, également, commis quelques mois après sa dernière entrée sur le territoire. Par suite, en prenant la décision attaquée, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté au droit au respect de la vie familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision portant refus de renouvellement d'autorisation provisoire de séjour sur la situation personnelle et professionnelle du requérant ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, pour les motifs exposés au point 3 et dès lors que le préfet a visé le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une insuffisance de motivation.

13. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces versées au dossier que le préfet aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prononcer une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

14. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

15. En quatrième lieu, pour les motifs exposés au point 11, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté au droit au respect de la vie familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des motifs de la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sa situation personnelle et professionnelle.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

16. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant de fonder la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle mentionne notamment le fait que M. A représente une menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait.

17. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres éléments du dossier que le préfet aurait procédé à un examen insuffisamment circonstancié de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

18. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.

19. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

20. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Ces dispositions font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un Etat pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

21. M. A, qui n'a pas déposé de demande d'asile, n'établit pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques personnels pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays de nationalité. En outre, la décision en litige précise qu'il sera reconduit à destination du " pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible ", la situation en Ukraine étant seulement de nature à faire obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français à destination de ce pays. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

22. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

23. La décision d'interdiction de retour sur le territoire français énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté, de même que le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

24. En deuxième lieu, M. A ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, qui n'a pas pour objet de désigner son pays de renvoi.

25. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point 11, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sur sa situation personnelle et professionnelle.

26. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

27. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère,

assistées de Mme Charleston, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

V. Fléjou

La présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2214700

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