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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2214740

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214740

mardi 25 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2214740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantMAILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 31 octobre 2022, 12 janvier 2023 et 22 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Maillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 27 septembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, à titre subsidiaire, d'annuler l'obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de le munir d'une autorisation de travail durant la période de fabrication de son titre de séjour ; à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation selon les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision du refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et complet de sa situation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'il justifie d'une ancienneté dans l'emploi de près de trois ans, qu'il dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein et perçoit une rémunération brute mensuelle de 2 210 euros depuis le 1er janvier 2022 ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du même code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'illégalité par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612- 1 du code précité.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code précité ;

- elle méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 février 2023 en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Griel, vice-présidente ;

- et les observations de Me Maillard pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A ressortissant tunisien, né le 9 octobre 1976, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 11 décembre 2008 selon ses déclarations. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de son activité salariée. Par l'arrêté du 27 septembre 2022 attaqué, pris après saisine de la commission du titre de séjour, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retour en France d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En l'espèce, pour prendre l'arrêté contesté, le préfet des Hauts-de-Seine a estimé que l'intéressé ne démontrait pas de manière formelle son entrée sur le territoire français le 11 décembre 2008 et qu'il ne faisait état que d'une très faible activité salariée depuis son entrée en France à savoir qu'il a exercé le métier de chauffeur livreur à temps partiel, 35 heures par mois, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée conclu avec la société SKC transport d'octobre 2021 à avril 2022. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces produites au dossier que M. A justifie de sa présence continue en France depuis plus de dix ans, ainsi d'ailleurs que l'a relevé le tribunal par jugement du 23 octobre 2020 rendu sous le n° 2002010 annulant l'arrêté du 23 janvier 2020 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français pris à son encontre au motif que le préfet n'avait pas préalablement saisi la commission du titre de séjour. D'autre part, l'intéressé produit à l'appui de sa demande de nombreux bulletins de salaires justifiant de son activité professionnelle. Ainsi, il justifie avoir exercé de juin 2018 à juillet 2019 les fonctions de " Road " machiniste de spectacle au sein de la SARL RAMDAM pour la quasi intégralité de son recrutement sur un temps plein. Puis il a exercé à compter de novembre 2019 l'emploi de chauffeur, chauffeur livreur et en dernier lieu chauffeur livreur monteur de meuble, de novembre 2019 à décembre 2021 à temps partiel dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée conclu avec la société SKC Transport, puis à temps complet à compter du 1er janvier 2022 jusqu'en avril 2022. Puis il a occupé ce poste à temps plein auprès de la société M. 18 Livraison. Dans ces conditions, le requérant qui justifie ainsi par les pièces produites au dossier exercer une activité salariée depuis juin 2018, et ce nonobstant quelques interruptions de courte durée, et alors qu'il n'est pas contesté que l'ensemble de ces éléments ont été portés à la connaissance de l'autorité préfectorale, est fondé à soutenir que la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

3. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 27 septembre 2022 portant refus de titre de séjour, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués à l'encontre de cette décision. L'intéressé est également fondé, par voie de conséquence, à solliciter l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

4. D'une part, eu égard au motif d'annulation ci-dessus retenu, l'exécution du présent jugement implique d'une part, seulement que la demande de M. A soit réexaminée, et d'autre part, nécessairement qu'il soit mis fin au signalement de l'intéressé dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour sur le territoire français ci-dessus annulée. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation personnelle du requérant, et dans cette attente de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et de prendre toutes mesures propres à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser au requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 27 septembre 2022 est annulé en toutes ses dispositions.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la situation de M. A, et dans cette attente de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et de prendre toutes mesures mettant fin à son signalement dans le système d'information Schengen.

Article 3 : L'état versera la somme de 1 000 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

Mme Colin, première conseillère,

Mme Debourg, conseillère,

assistées de Mme Bonfanti, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2023,

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. COLIN La vice-présidente rapporteure,

Signé

H. LE GRIEL

La greffière,

Signé

D. BONFANTI

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2214740

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