Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 octobre 2022 et le 26 juin 2023, M. B... C..., représenté par Me Lévi, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 1er septembre 2022 par laquelle le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a mis à sa charge la somme de 18 250 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l’article L. 8253-1 du code du travail ainsi qu’une somme de 2 124 euros au titre la contribution forfaitaire prévue aux articles L. 822-2 à L. 822-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
2°) de mettre à la charge de l’OFII la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’infraction poursuivie a déjà fait l’objet d’une première sanction ;
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 8253-1 du code du travail ;
- la contribution spéciale est disproportionnée au regard de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2023, le directeur général de l’OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 27 avril 2023, la clôture de l’instruction a été fixée au 27 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Bourragué,
- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Lors d’un contrôle d’un chantier effectué le 17 mai 2021, au Plessis Bouchard, dans le Val-d’Oise, les services de police ont constaté la présence en situation de travail d’un ressortissant algérien employé par M. C... et non déclaré, dépourvu de titre l’autorisant à travailler en France. Par un courrier du 8 juin 2022, le directeur général de l’OFII a invité M. C... à présenter ses observations, ce qu’il a fait par un courrier du 6 juillet 2022. Le 1er septembre 2022, le directeur général de l’OFII a mis à la charge de la société la contribution spéciale prévue à l’article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 250 euros et la contribution forfaitaire prévue par l’article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 124 euros. M. C... demande l’annulation de cette décision.
En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D... A..., cheffe du service juridique et contentieux de l’OFII. Par une décision du 19 décembre 2019, publiée sur le site internet de l’OFII, le directeur général de cet établissement a délégué sa signature à Mme A..., à l’effet de signer tous actes, décisions et correspondances et notamment les décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision du 13 octobre 2021 ne peut qu’être écarté.
En deuxième lieu, M. C... soutient que l’infraction en cause a déjà fait l’objet d’une sanction prononcée par l’OFII le 6 octobre 2021 et que l’OFII a annulé les titres de perception correspondants à cette sanction. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la première décision de l’OFII, qui entendait mettre en œuvre les contributions spéciales et forfaitaires, a été annulée en raison d’un vice de procédure que l’administration entendait purger. Dès lors, aucune sanction n’ayant été prise à l’encontre de M. C... à la suite du constat d’infraction dressé le 17 mai 2021, celui-ci n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait contraire au principe non bis in idem. Par suite, le moyen doit être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 8251-1 du code du travail : « Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ». L’article L. 5221-8 du même code dispose que : « L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ». Aux termes de l’article L. 8253-1 de ce code : « Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger sans titre de travail, une contribution spéciale. (...) L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de liquider cette contribution. (…) ». Enfin, l’article L. 822-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose que : « Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger. ».
Pour prononcer une sanction sur le fondement de l’article L. 8253-1 du code du travail, l’administration doit apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l’employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l’affirmative, s’ils justifient l’application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l’intéressé. De la même façon, le juge peut, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s’agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par l’article R. 8253-2 du code du travail, ou en décharger l’employeur.
Si le requérant soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées du code du travail, il n’assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé. Par ailleurs, la circonstance que M. C... ait cru que le ressortissant algérien ait été en règle sur le plan administratif n’est pas de nature à démontrer la méconnaissance par l’OFII des dispositions précitées. Enfin, à supposer que M. C... soutienne que le salarié aurait pu être lui-même auto-entrepreneur, de sorte qu’aucun lien de subordination ne puisse être relevé, il ne l’établit pas. Le moyen doit être écarté.
En dernier lieu, à supposer que le requérant soutienne que la décision attaquée ait été prise sans appréciation réelle des faits, qu’elle soit disproportionnée et qu’elle mette en péril son activité, il ne l’établit pas. Dès lors, les moyens doivent être écartés.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C... tendant à l’annulation de la décision du 1er septembre 2022 ne peuvent qu’être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.
Délibéré après l’audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
Le rapporteur,
signé
S. BourraguéLa présidente,
signé
C. Bories
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.