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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2214930

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214930

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2214930
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMBOMBO MULUMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 novembre 2022, Mme A N'Diaye doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé son transfert aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile.

Elle soutient que :

- elle a quitté le Sénégal afin de fuir un mariage forcé avec un cousin qui réside en Espagne et en Italie ;

- elle n'a pas d'attaches en Espagne où elle sera en danger.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier de la requérante;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Mbombo Mulumba, avocat commis d'office représentant Mme N'Diaye, qui fait valoir que l'arrêté méconnait les dispositions des articles 4 et 17 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- les observations de Mme N'Diaye, assistée de M. B interprète en langue wolof, qui fait valoir que son fiancé est parfois présent en France et qu'elle a des craintes concernant un retour en Espagne car le cousin avec qui sa famille souhaiterait la marier de force réside fréquemment dans ce pays.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante sénégalaise née le 26 avril 1989, Mme A N'Diaye déclare être entrée sur le territoire français sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles valable jusqu'au 30 août 2022. Le 27 septembre 2022, l'intéressée a sollicité l'asile. Ses empreintes ayant déjà fait l'objet d'un enregistrement par les autorités espagnoles préalablement à son entrée sur le territoire français, une demande de prise en charge a été adressée à ces autorités qui l'ont acceptée le 11 octobre 2022. Par un arrêté du 28 octobre 2022, dont Mme N'Daye demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités espagnoles.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits (). 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

3. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme N'Diaye s'est vue délivrer, le 27 septembre 2022, deux brochures d'informations, en langue française, dont l'une dite " A " intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' ", l'autre dite " B " intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Il ressort des pièces du dossier que Mme N'Diaye a déclaré comprendre le français, langue dans laquelle s'est déroulée son entretien individuel ayant eu lieu le même jour. Par ailleurs, lors de cet entretien elle a déclaré être célibataire et avoir un enfant à charge et a également précisé que ses parents et sa fratrie résidaient dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors qu'aucun élément ne permet de supposer que l'intéressée aurait été destinataire des informations requises dans une langue qu'elle ne comprend pas, Mme N'Diaye n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté ordonnant son transfert aux autorités espagnoles méconnait les dispositions de l'article 4 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013.

5. En second lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Il résulte de ces dispositions que si le préfet peut refuser l'admission au séjour d'un demandeur d'asile au motif que la responsabilité de l'examen de cette demande relève de la compétence d'un autre Etat membre, il n'est pas tenu de le faire et peut autoriser une telle admission au séjour en vue de permettre l'examen d'une demande d'asile présentée en France.

6. Mme N'Diaye fait valoir son souhait que sa demande d'asile soit examinée en France, dès lors, d'une part, que son fiancé y est parfois présent et, d'autre part, qu'elle fuit un mariage forcé avec son cousin qui réside notamment en Espagne. Toutefois, si le règlement du 26 juin 2013 a pour objet de garantir aux ressortissants étrangers un examen circonstancié de leur demande d'asile, il ne leur permet pas de choisir, parmi les États membres, celui qui sera responsable de cet examen. En outre, la requérante ne justifie ni la présence d'un fiancé en France, ni les risques que représenteraient son cousin, dont la réalité des séjours en Espagne n'est pas démontrée. Sur ce point, elle ne démontre, ni n'allègue, que les autorités espagnoles seraient dans l'impossibilité de la protéger si nécessaire. Enfin, elle ne fait valoir aucune autre circonstance particulière susceptible de caractériser une erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commis le préfet en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Ce moyen ne peut ainsi qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par Mme N'Diaye doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A N'Diaye est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme N'Diaye et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

D. C Le greffier,

Signé

S.Hervé-Agbodjan La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22149302

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