mercredi 21 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2215121 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ANGLADE & PAFUNDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 novembre 2022, M. C B, représenté par Me Mopo Kabanda, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a informé de son signalement dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission
4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut de base légale et viole les dispositions des articles L. 541-2 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne motive pas son refus de renouveler l'autorisation provisoire de séjour ;
- il viole les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il viole les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a, en édictant une décision l'obligeant à quitter le territoire français sans préciser le pays d'éloignement, violé les dispositions de l'article L. 511-3-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
- l'absence de fixation d'un pays d'éloignement révèle un détournement de pouvoir ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique les pièces utiles en sa possession.
Il fait valoir que la requête n'appelle aucune observation de sa part.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été lu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 décembre 2022 :
- le rapport de M. Robert, magistrat désigné, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a informé de son signalement dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;
- les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant afghan né le 4 mars 1991, M. C B déclare être entré en France le 14 avril 2021 et a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 19 avril 2021. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande par une décision d'irrecevabilité du 4 avril 2022, notifiée le 15 avril 2022. Le 31 mai 2022, M. B a introduit un recours auprès de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 2 novembre 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a procédé à son signalement dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
4. Il résulte de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative informe l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a informé le requérant de son signalement dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission doivent être rejetées comme étant irrecevables.
En ce qui concerne l'arrêté en litige :
5. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme F E, adjointe au chef du bureau de l'asile de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui une délégation du préfet des Hauts-de-Seine à cet effet par l'arrêté PCI n°2022-093 du 13 octobre 2022, régulièrement publié le 17 octobre 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin:1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes: a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32; b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article; c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5; () ". Aux termes de l'article L. 542-3 du même code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé (). ".
7. L'arrêté attaqué vise notamment les articles L. 542-1 à L. 542-3 du code précité et mentionne que la demande d'asile effectuée par M. B a été rejetée par une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA du 4 avril 2022 et que le recours qu'il a introduit auprès de la CNDA le 31 mai 2022 ne revêt pas de caractère suspensif. Dans ces conditions, le requérant n'établissant pas, ni même soutenant, que son recours auprès de la CNDA présenterait un caractère suspensif, l'arrêté en litige n'est pas entaché d'un défaut de base légale et ne méconnait pas les dispositions des articles L. 541-2 et L. 542-1 du code précité. En outre, il est suffisamment motivé sur ce point. Par suite, les moyens invoqués seront écartés.
8. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté litigieux, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant d'édicter l'arrêté en litige. Le moyen doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ".
10. Le requérant n'établit pas, et il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, que le droit tiré de ces stipulations aurait été méconnu, nonobstant la circonstance qu'un recours non-suspensif soit pendant devant la CNDA. Ainsi, le préfet, qui ne s'est pas substitué à l'appréciation du juge de l'asile, a tiré les conséquences de la fin du droit au maintien sur le territoire français pour prendre l'arrêté contesté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait été empêché de produire des éléments justifiant l'existence d'un risque de traitement inhumain et dégradant dans son pays d'origine, ni qu'il a été empêché de solliciter un titre de séjour sur un autre fondement. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet a violé les stipulations de l'article 6 de la convention précitée et le moyen doit être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées n'est opérant qu'à l'égard d'une décision fixant le pays de renvoi. En l'espèce, l'arrêté en litige ne comporte pas une telle décision et le moyen doit donc être écarté comme inopérant. Au demeurant, si M. B soutient qu'il serait exposé à un risque de traitement inhumains et dégradants dans son pays d'origine, il n'apporte pas les moindres précisions et pièces à l'appui de ses allégations, lesquelles n'ont d'ailleurs pas convaincu l'OFPRA qui a rejeté sa demande d'asile par une décision d'irrecevabilité du 4 avril 2022.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est entré en France en avril 2021, est sans enfant et ne justifie ni avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans et où réside son épouse. Dès lors, le moyen tiré d'une violation des stipulations précitées doit être écarté.
15. En septième lieu, dans sa version applicable au litige, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne comporte aucun article numéroté L. 511-3-1. Au demeurant, dans sa version en vigueur jusqu'au 30 avril 2021, le code précité comportait un article ainsi numéroté, mais celui-ci contenait des dispositions applicables aux ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, ou aux membres de leur famille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cette article doit être écarté.
16. En huitième lieu, la décision fixant le pays de renvoi constitue, en vertu des dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile, une décision distincte de l'obligation de quitter le territoire français. Il en résulte que l'absence de décision fixant le pays de renvoi de l'intéressé n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision portant obligation de quitter le territoire prise à son encontre et ne révèle pas un détournement de pouvoir. Ce moyen ne sera pas accueilli.
17. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
18. M. B, entré en France en avril 2021, sans enfant sur le territoire français et dont l'épouse réside dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans, ne justifie pas d'attaches intenses sur le territoire français. Ainsi, eu égard à la faible durée et aux conditions de son séjour en France, et nonobstant le fait qu'il n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché d'une erreur d'appréciation la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'une année
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 2 novembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au titre de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
D. A La greffière,
signé
M. D
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2215121
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026