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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2215220

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2215220

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2215220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBAHIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 10 novembre 2022 et 23 mars 2023, M. A, représenté par Me Bahic, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son certificat de résident, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résident portant la mention " commerçant " sur le fondement des stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ou, à défaut, portant le mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa situation administrative en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'État au bénéfice de son conseil la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique ou, à défaut, sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

s'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté est entaché d'un vice de compétence ;

s'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors que le préfet n'a pas examiné sa demande de changement de statut vers un titre de séjour portant la mention " commerçant " et non plus seulement " étudiant " ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle procède à une inexacte application des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, puisqu'il remplit les conditions requises pour le renouvellement de son certificat de résidence portant la mention " étudiant " ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dès lors qu'il remplit les conditions pour une admission au séjour sur ce fondement en qualité de " commerçant " ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

s'agissant de la décision d'éloignement :

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

s'agissant de la décision d'interdiction de retour :

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa codification applicable depuis le 1er juin 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par un courrier du 7 avril 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions d'obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et d'interdiction de retour sur le territoire français, qui ont perdu leur objet en cours d'instance, dès lors qu'en délivrant à M. A une autorisation provisoire de séjour le 27 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement, mais nécessairement abrogé ces décisions.

Vu :

- la demande de M. A visant à obtenir l'aide juridictionnelle déposée le 1er septembre 2022 au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leur famille du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, rapporteure,

- et les observations de Me Bahic, représentant M. A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A ressortissant algérien, né le 24 octobre 1998, déclare être entré en France, le 30 décembre 2015. Par un arrêté du 15 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français en fixant le pays de destination et lui a interdit d'y retourner pendant une année. M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dès lors qu'il n'a pas encore été statué sur la demande d'aide juridictionnelle formée par M. A de l'admettre d'office au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

4. Il ressort des pièces du dossier que, le 27 décembre 2022, M. A s'est vu délivrer un récépissé de carte de séjour valable jusqu'au 26 juin 2023. Cette décision a implicitement mais nécessairement abrogé la décision du 15 septembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination et celle portant interdiction de retour sur le territoire français datées du même jour. Par suite, les conclusions du requérant tendant à l'annulation de ces décisions sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

En ce qui concerne la légalité du refus de séjour :

5. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Pascal Gauci, secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine. Il bénéficiait d'une délégation de signature du préfet, consentie par un arrêté n° 2022-041 du 2 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet, qui a opposé à M. A un motif tiré de ce que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public n'a pas examiné les fondements de droits au séjour présentés par M. A, qui souhaitait être admis au séjour en qualité d'étudiant ou de commerçant. Par suite, et dès lors que le préfet pouvait opposer ce motif à toute demande de titre de séjour sans avoir à examiner si le demandeur remplissait les conditions d'octroi de ces titres, M. A ne peut utilement soutenir que le préfet n'a pas examiné sa demande d'admission au séjour en qualité de commerçant. Le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

7. En troisième lieu et dès lors que, comme il a été dit, le préfet n'a pas fondé son refus d'admettre au séjour M. A sur un motif tiré de ce qu'il ne remplissait pas les conditions fixées par stipulations du titre III du protocole annexé au premier avenant de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 5 de ce même accord pour être admis au séjour en qualité d'étudiant ou de commerçant, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de ces stipulations. Les moyens ne peuvent qu'être écartés.

8. En quatrième lieu et d'une part, l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que ce code s'applique " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 précité régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ces ressortissants peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Toutefois, les stipulations de l'accord franco-algérien ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

9. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

10. Il résulte de ces dispositions et stipulations que l'administration ne peut opposer un refus à une demande de titre de séjour que pour un motif d'ordre public suffisamment grave pour que ce refus ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du demandeur.

11. Pour établir que M. A représente une menace à l'ordre public justifiant un refus de séjour, le préfet s'est fondé sur la circonstance que ce dernier a été condamné le 25 novembre 2021 par le tribunal correctionnel de Nanterre à une peine d'emprisonnement de dix-huit mois assortie d'un sursis probatoire de deux années pour des faits d'escroquerie et de blanchiment, le requérant ayant frauduleusement obtenu la somme de 126 304 euros entre 2018 et 2020 en mettant au point une escroquerie à la facturation auprès d'un opérateur téléphonique en vue d'obtenir des remboursements indus. M. A, qui ne conteste aucunement l'existence de cette condamnation récente et n'apporte aucun élément permettant de circonstancier les conditions dans lesquelles elle est intervenue, se prévaut seulement de ce que ce refus porterait atteinte à sa vie personnelle et familiale, indiquant qu'il réside en France depuis l'âge de dix-sept ans, qu'il y a entrepris des études supérieures et qu'il vit actuellement avec sa mère et ses frères et sœurs en situation régulière. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la mère de M. A n'est titulaire que d'un titre de séjour " visiteur " d'une année. En outre, il ressort de ces mêmes pièces que M. A a été scolarisé dans un établissement algérien à Paris, où il a passé un baccalauréat algérien, puis qu'il n'a pas mené à bien les études supérieures qu'il avait initialement entreprises en 2017, ces dernières n'ayant débouché ni sur un diplôme, ni sur une insertion professionnelle. Dans ces conditions, le requérant n'est fondé à soutenir ni que le motif d'ordre public qui lui a été opposé n'est pas suffisamment grave pour justifier un refus, ni que ce refus porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

12. En dernier lieu, si le requérant soutient, à l'appui des circonstances déjà examinées précédemment que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à ses conséquences sur sa situation personnelle, il y a lieu d'écarter ce moyen pour les mêmes motifs que ceux déjà énoncés au point 11.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Par ces motifs, le Tribunal décide :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions d'annulation des décisions du 15 septembre 2022 par lesquelles le préfet de Hauts-de- Seine a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit d'y retourner pour une durée d'un an.

Article 3: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bahic et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme Monteagle et M. C, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

signé

M. MonteagleLa présidente,

signé

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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