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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2215255

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2215255

mercredi 11 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2215255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCABINET MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et deux mémoires, enregistrés sous le n° 2215255, les 13 novembre 2022, 17 avril 2023 et 1er juin 2023, M. B A, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler, à titre principal, l'arrêté du 14 octobre 2022 du préfet du Val-d'Oise en tant qu'il a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ou, à titre subsidiaire, d'annuler cet arrêté en tant que le préfet du Val-d'Oise a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne " dans un délai d'un mois à compter du jugement, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en raison de la méconnaissance de l'article L. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense du 25 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au constat du non-lieu à statuer.

Il soutient que l'arrêté du 14 octobre 2022 a été abrogé par un arrêté du 19 avril 2023.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2307377, le 1er juin 2023, M. B A, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler, à titre principal, l'arrêté du 19 avril 2023 du préfet du Val-d'Oise en tant qu'il a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ou, à titre subsidiaire, d'annuler cet arrêté en tant que le préfet du Val-d'Oise a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne " dans un délai d'un mois à compter du jugement, ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le même délai et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en raison de la méconnaissance de l'article L. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme L'Hermine, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 26 août 1985, est entré en France le 22 juillet 2020, sous couvert d'un visa portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne ". Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne " sur le fondement de l'article L. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. A, par la requête enregistrée sous le n° 2215255, demande l'annulation de cet arrêté en tant que le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 19 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise a abrogé cet arrêté et l'a remplacé par un arrêté ayant le même objet. M. A demande également l'annulation, par la requête enregistrée sous le n° 2307377, de cet arrêté en tant que le préfet du Val-d'Oise a refusé sa demande de titre et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur l'étendue du litige et l'exception de non-lieu soulevée par le préfet du Val-d'Oise en défense :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. En l'espèce, le préfet du Val-d'Oise fait valoir que, par une décision du 19 avril 2023, il a abrogé l'arrêté du 14 octobre 2022 par lequel il a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le refus de titre de séjour en litige avait reçu un commencement d'exécution au cours de la période lors de laquelle il était en vigueur. Par suite, et contrairement à ce que soutient le préfet du Val-d'Oise, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour ont conservé leur objet.

5. D'autre part, il est constant que la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a obligé le requérant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours n'a pas servi de base légale à une décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention de l'intéressé et n'a ainsi reçu aucun commencement d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de cette décision se sont trouvées privées d'objet en cours d'instance. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour du 14 octobre 2022 et des décisions du 19 avril 2023 portant refus de titre et obligation de quitter le territoire :

6. Aux termes de l'article L. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui occupe un emploi hautement qualifié, pour une durée égale ou supérieure à un an, et justifie d'un diplôme sanctionnant au moins trois années d'études supérieures ou d'une expérience professionnelle d'au moins cinq ans d'un niveau comparable se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent-carte bleue européenne " d'une durée égale à celle figurant sur le contrat de travail dans la limite de quatre ans, sous réserve de justifier du respect d'un seuil de rémunération fixé par décret en Conseil d'Etat. / Cette carte permet l'exercice de l'activité professionnelle salariée correspondant aux critères ayant justifié la délivrance. () ". Aux termes de l'article R. 421-11 du même code : " Lorsque l'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent-carte bleue européenne " () prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 () réside hors de France, la décision de délivrance du titre de séjour sollicitée est prise par l'autorité diplomatique et consulaire. / La carte de séjour est remise à l'étranger par le préfet du département où l'étranger a établi sa résidence en France () sur présentation de son passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " passeport talent ". / Dans l'attente de la délivrance du titre, le préfet délivre une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois ".

7. Il résulte de ces dispositions que, d'une part, c'est l'autorité diplomatique et consulaire qui est l'autorité compétente pour se prononcer sur une demande, présentée par un étranger qui réside hors de France, tendant à la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent ". D'autre part, lorsque l'étranger a obtenu de la part de l'autorité diplomatique et consulaire une décision favorable à sa demande de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " et s'est vu délivrer par cette autorité un visa de long séjour portant la même mention, le préfet du département où l'étranger a établi sa résidence en France est alors en situation de compétence liée pour lui remettre le titre de séjour portant cette même mention et, dans cette attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois, le temps nécessaire à la production du titre de séjour par l'agence nationale des titres sécurisés.

8. Par ailleurs, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-328 du 25 mars 2020 portant prolongation de la durée de validité des documents de séjour : " La durée de validité des documents de séjour suivants, qu'ils aient été délivrés sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'un accord bilatéral, arrivés à expiration entre le 16 mars et le 15 mai 2020, est prolongée de 180 jours : / 1° Visas de long séjour ; () ".

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu délivrer, le 24 janvier 2020, un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " passeport talent -carte bleue européenne " par les autorités diplomatiques et consulaires françaises au Maroc expirant le 23 avril 2020, dont la durée de validité a été prorogée, en application des dispositions précitées, de 180 jours. L'intéressé, qui est entré en France le 22 juillet 2020 ainsi que cela ressort des mentions de son passeport, a entamé des démarches auprès de la sous-préfecture d'Argenteuil, en vue de la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent -carte bleue européenne " dès le 22 septembre suivant. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à M. A une carte de séjour portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne " dont la délivrance avait été décidée par les autorités diplomatiques et consulaires, le préfet du Val-d'Oise, qui était en situation de compétence liée, a commis une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 421-11 et R. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 14 octobre 2022 portant refus de titre de séjour ainsi que de la décision du 19 avril 2023 ayant le même objet et par voie de conséquence de la décision du 19 avril 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "

12. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Val-d'Oise, ou le préfet territorialement compétent, délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à M. A, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A contre la décision du 14 octobre 2022 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Article 2 : La décision de refus de titre de séjour du préfet du Val-d'Oise du 14 octobre 2022 est annulée.

Article 3 : Les décisions du 19 avril 2023 portant refus de titre de séjour du préfet du Val-d'Oise et obligation de quitter le territoire sont annulées.

Article 4 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A un titre de séjour temporaire portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 5 : L'État versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président ;

Mme Garona, première conseillère ;

Mme L'Hermine, conseillère ;

assistés de Mme Pradeau, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

Mme L'Hermine

Le président,

signé

M. Buisson

La greffière,

signé

A. Pradeau

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2215255, 2307377

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