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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2215329

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2215329

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2215329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantACHACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés les 14 novembre 2022, 13 février 2023, 20 février 2023, 12 avril 2023 et 19 avril 2022, M. B A, représenté par Me Achache, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de prononcer l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 31 mars 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, pendant le temps nécessaire à la délivrance de cette carte, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre subsidiaire, au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'autorisation de travail sollicitée par la préfecture a été transmise à six reprises ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; un avis favorable a été donnée par la préfecture à l'autorisation de travail déposée le 31 mars 2023 par la société BDELEC son employeur ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la mesure d'éloignement ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 15 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- l'ordonnance n°2215330 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, admettant M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et suspendant l'exécution de la décision du 31 mars 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coblence, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Achache, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 30 octobre 2000, est entré en France en 2017 à l'âge de 16 ans. Il demande l'annulation de la décision en date du 31 mars 2022 par laquelle le préfet des Hauts de Seine a rejeté sa demande de renouvellement, présentée sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du titre de séjour dont il était titulaire en qualité de travailleur temporaire, obtenu sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, aujourd'hui codifié à l'article L. 435-3 du même code et a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ainsi qu'une décision portant interdiction de retour sur le territoire de français pour une durée d'un an.

Sur la demande d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. L'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L.1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat du travail ou du détachement, dans la limite d'un an. Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement. " Aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. / L'autorisation de travail est accordée de droit à l'étranger autorisé à séjourner en France pour la conclusion d'un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation à durée déterminée. Cette autorisation est accordée de droit aux mineurs isolés étrangers pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, sous réserve de la présentation d'un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 de ce code : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du même code : " I.-Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse () / II.-La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur () / La demande peut également être présentée par une personne habilitée à cet effet par un mandat écrit de l'employeur ou de l'entreprise. Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail. " Aux termes de l'article R. 5221-3 du code précité : " I. - L'étranger qui bénéficie de l'autorisation de travail prévue par l'article R. 5221-1 peut, dans le respect des termes de celle-ci, exercer une activité professionnelle salariée en France lorsqu'il est titulaire de l'un des documents et titres de séjour suivants : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire ", délivrée en application de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou le visa de long séjour valant titre de séjour portant la même mention, mentionné au 8° de l'article R. 431-16 du même code () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été pris en charge, en tant que mineur isolé, par le service de l'aide sociale à l'enfance du département des Hauts-de-Seine par une décision du juge des enfants du 1er août 2017 jusqu'au 30 octobre 2018, date de sa majorité. M. A a ensuite bénéficié d'une nouvelle prise en charge dans le cadre d'un contrat " jeune majeur " du 30 octobre 2018 au 30 octobre 2021. M. A a été admis à l'examen du baccalauréat professionnel " métiers de l'électricité et ses environnements connectés " avec la mention assez bien, par une délibération du jury en date du 21 juillet 2020. Il a conclu avec la société " SAS ESV Services " un contrat d'apprentissage le 19 juillet 2019 au 31 septembre 2020. En date du 24 janvier 2021, le président de la société ESV atteste du sérieux et de l'assiduité de M. A et précise avoir embauché l'intéressé pour un contrat à durée déterminée de 3 mois. Il indique dans cette attestation avoir envisagé de le recruter en contrat à durée indéterminée, ce qui n'a finalement pas été possible en raison de la crise sanitaire et de son retentissement sur les activités de la société. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'après avoir effectué des missions d'intérim entre décembre 2020 et septembre 2021, M. A a conclu avec la société BDELEC un contrat de travail à durée déterminée du 12 octobre 2021 au 12 février 2022, renouvelé pour six mois jusqu'au 11 août 2022, puis de nouveau pour six mois jusqu'au 12 février 2023, puis un contrat de travail à durée indéterminée par voie d'avenant en date du 12 février 2023. Il ressort des pièces du dossier que, si le préfet des Hauts-de-Seine a estimé que M. A avait manqué de diligence en n'envoyant pas l'autorisation de travail délivrée à la société ESV, qui devait initialement l'embaucher, la société BDELEC a présenté, à son profit, une demande d'autorisation de travail le 29 novembre 2021, qui a fait l'objet d'une décision favorable délivrée par la DREETS le 30 novembre 2021, pour une période de 4 mois à compter du 12 octobre 2021, une deuxième demande le 14 mars 2022, qui a également fait l'objet d'une décision favorable le 16 mars 2022 pour une période de six mois débutant le 12 février 2022, puis une troisième demande d'autorisation de travail le 16 décembre 2022, qui a également fait l'objet d'une décision favorable le 29 décembre 2022 pour une période de six mois débutant le 12 août 2022.

5. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a adressé le 16 mars 2022 aux services de la préfecture des Hauts-de-Seine, soit avant la date d'édiction de l'arrêté attaqué, l'autorisation de travail accordée le même jour. Dès lors, en se prévalant, dans l'arrêté attaqué et en défense de ce que le requérant n'avait pas été en mesure de produire d'autorisation de travail au profit de la société ESV Services, alors qu'il est constant que ses services ont délivré à la société BDELEC les autorisations de travail précitées au profit du requérant à compter du 30 novembre 2021, et que l'intéressé a transmis, au moins, en dernier lieu, le 16 mars 2022 par courriel, l'autorisation de travail accordée le même jour par la DREETS, le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur de droit. Il ressort également de l'ensemble des pièces produites attestant notamment de la réalité de l'activité professionnelle de M. A au sein de la société BDELEC, exercée avec autorisation de travail, qu'il remplissait les conditions pour se voir renouveler le titre de séjour dont il disposait sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine a également méconnu ces dispositions.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 31 mars 2022 en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, et alors qu'il résulte de l'instruction qu'à la date du présent jugement, le requérant est désormais titulaire d'un contrat à durée indéterminée au sein de la société BDELEC qui l'emploie depuis octobre 2021, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans le délai de quinze jours, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il y ait lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A ayant été admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Achache d'une somme de 1 000 euros, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1 : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 31 mars 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent au regard de son lieu de résidence actuel, de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans le délai de quinze jours, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Achache dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 :

Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Achache et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère,

Assistées de Mme Charleston, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

E. Coblence

L'assesseure la plus ancienne,

signé

V. FléjouLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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