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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2215340

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2215340

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2215340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET DAMY RAYNAL HERVE-LANCIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

F une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 31 octobre 2022 et transmise au tribunal administratif de Cergy-Pontoise F une ordonnance du 9 novembre 2022, M. E A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2022 F lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ainsi que l'arrêté du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile et de lui remettre tout document d'identité ou de voyage en sa possession.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles lui ont été notifiées dans des conditions irrégulières en méconnaissance de l'article L. 561-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa vie est en danger au Bangladesh ;

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elles ont été prises en méconnaissance de son droit à être entendu ;

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination :

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent sa liberté d'aller et venir et son droit à mener une vie familiale normale.

F un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Riedinger, magistrate désignée,

- les observations de Me Hervé, avocate désignée d'office, représentant M. A, qui reprend les conclusions et les moyens de la requête et soulève en outre le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

- le préfet de police de Paris n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité bangladaise, né le 10 septembre 1978, a fait l'objet le 27 octobre 2022 d'un arrêté F lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit. F un arrêté du même jour, le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, F un arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police n° 75-2022-707 du 3 octobre 2022, le préfet de police a donné à M. B C, adjoint au chef de la division des reconduites à la frontière, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers. F suite, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si M. A fait état de risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ses allégations. F suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, l'irrégularité de la notification des arrêtés attaqués à M. A, à la supposer même avérée, est sans incidence sur la légalité de ces arrêtés.

Sur les moyens communs dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

5. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A. F suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort du procès-verbal d'audition de M. A F les services de police, dressé le 27 octobre 2022, que la situation de l'intéressé au regard du droit au séjour en France ainsi que la perspective de son éloignement ont été clairement évoqués, perspective que l'intéressé a d'ailleurs rejetée. En outre, il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier et n'est pas même soutenu que M. A aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit pris l'arrêté contesté. F suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

Sur les moyens communs dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination :

8. M. A n'établit pas que le préfet, qui s'est borné à appliquer les dispositions des articles L. 611-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait, F les décisions attaquées, porté une atteinte illégale et disproportionnée à sa liberté d'aller et venir. Il n'apporte pas davantage d'éléments de nature à établir que les décisions attaquées porteraient une atteinte disproportionnée au respect de son droit à une vie privée et familiale ou qu'elles seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à leurs conséquences sur sa situation personnelle. Enfin, à le supposer soulevé, le moyen tiré de ce que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur d'appréciation n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il s'ensuit que ces moyens doivent être écartés.

Sur le moyen tiré de l'insuffisance de motivation dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois :

9. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. La décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois, qui vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public, son comportement ayant été signalé F les services de police le 26 octobre 2022 pour vente à la sauvette en réunion à Paris, qu'il allègue être entré sur le territoire en 2011, qu'il ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, étant constaté qu'il se déclare célibataire et sans enfant à charge, et qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 16 décembre 2020 prise F le préfet de police de Paris et à laquelle il s'est soustrait. Ainsi, cette décision, dont les motifs attestent de la prise en compte F l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10, est suffisamment motivée.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées F M. A tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de police de Paris du 27 octobre 2022 doivent être rejetées ainsi que, F voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de police de Paris.

Rendu public F mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023

La magistrate désignée,

signé

V. D La greffière,

signé

K. Dieng

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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