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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2215441

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2215441

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2215441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantYOMO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 octobre et

1er décembre 2022, M. B C, représenté par Me Yomo, avocat désigné d'office, demande au tribunal

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé de son transfert aux autorités autrichiennes responsables de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B C soutient que :

- son droit à l'information prévu par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'a pas été respecté par les autorités autrichiennes qui n'ont pas davantage réalisé d'entretien individuel conformément aux dispositions de l'article 5 du même règlement ;

- sa demande de protection internationale n'a pas été examinée en Autriche dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile ;

- l'arrêté contesté n'est pas suffisamment motivée ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière, en raison du délai mis par le tribunal pour statuer sur son recours ;

- il méconnait les stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée, dès lors qu'il craint un retour forcé vers son pays d'origine en cas de transfert à destination de l'Autriche.

La requête a été présentée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. A conformément à l'article L. 572-5 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er décembre 2022 :

- le rapport de M. Dupin, magistrat désigné ;

- les observations de Me Yomo, avocat désigné d'office, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens et ajoute que le transfert de M. C manifeste une rupture d'égalité au regard du traitement par l'administration de la situation des réfugiés ukrainiens;

- et les observations de M. C, assisté de M. D, interprète en langue ourdou.

En application des articles R. 777-3-6 et R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant pakistanais né le 25 mai 2004, a introduit une demande d'asile en France le 10 août 2022. A la suite de cette demande, il est apparu qu'il avait sollicité l'asile auprès des autorités autrichiennes. Par un arrêté en date du 5 octobre 2022, le préfet du

Val-d'Oise a décidé de transférer M. C aux autorités autrichiennes. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par l'arrêté en litige du 5 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise a décidé le transfert de M. C aux autorités autrichiennes. En faisant valoir que ces autorités n'ont pas respecté l'obligation d'information prévue à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et ne lui ont pas accordé l'entretien individuel prévu à l'article 5 du même règlement, M. C soulève des moyens relatifs à la méconnaissance du droit de l'Union européenne par les autorités autrichiennes. Ces moyens ne peuvent toutefois qu'être écartés comme étant inopérants à l'encontre de l'arrêté de transfert pris par le préfet du Val-d'Oise.

4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour édicter la mesure de transfert contestée. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision de transfert est notifiée sans assignation à résidence ou placement en rétention de l'étranger, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. / Aucun autre recours ne peut être introduit contre la décision de transfert. / Il est statué dans un délai de quinze jours à compter de la saisine du président du tribunal administratif, selon les conditions prévues à l'article L. 614-5. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que le délai imparti au magistrat désigné pour statuer dans les cas définis à l'article L. 572-5 précédemment cité n'est pas prescrit à peine de dessaisissement. En tout état de cause, le moyen tiré de ce que le magistrat désigné a statué sur la requête au-delà du délai prévu par ces dispositions est inopérant au soutien des conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ". Une distinction entre des personnes placées dans une situation analogue est discriminatoire, au sens de ces stipulations, si elle n'est pas assortie de justifications objectives et raisonnables, c'est-à-dire si elle ne poursuit pas un objectif d'utilité publique, ou si elle n'est pas fondée sur des critères rationnels en rapport avec l'objet de la loi

8. Si M. C soutient que la décision de transfert en litige manifeste une rupture d'égalité au regard du traitement par l'administration de la situation des réfugiés ukrainiens, ce moyen n'est assorti d'aucune précision ou élément permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il n'est en particulier nullement démontré que la situation de l'intéressé est analogue à celle des réfugiés ukrainiens. La rupture d'égalité alléguée ne saurait donc être regardée comme établie et le moyen qui en est tiré ne peut qu'être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

10. En dépit de ses allégations, le requérant n'établit ni que sa demande d'asile ne sera pas examinée dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, ni qu'il existerait des défaillances systématiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Autriche, ni enfin que les autorités autrichiennes le renverront au Pakistan, comme il le soutient, sans réel examen des risques auxquels il serait exposé. Par suite, et alors que le requérant ne fait valoir aucune circonstance particulière susceptible de déroger au critère de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement n°604/2013. Ce moyen doit ainsi être écarté.

11. En dernier lieu, si M. C soutient que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, il n'assortit ces moyens d'aucune argumentation distincte de celles précédemment exposées et écartées par le présent jugement.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Yomo et au préfet du

Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

F. A La greffière,

signé

K. Dieng

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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