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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2215579

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2215579

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2215579
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSUDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er novembre 2022 et transmise par le tribunal administratif de Paris le 17 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Sudre, avocate désignée d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 31 octobre 2022 par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de cette notification, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen approfondi de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet a estimé que sa présence en France représentait une menace pour l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, notamment en ce que le préfet a estimé que sa présence en France représentait une menace pour l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Raimbault, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Sudre, pour M. C, qui reprend et précise les moyens de la requête et soutient en outre que les motifs allégués par le préfet au soutien des décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français manquent en fait et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ivoirien né le 6 juin 1992, demande l'annulation des décisions du 31 octobre 2022 par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Il y a lieu, dès lors qu'il n'a pas encore été statué sur la demande d'aide juridictionnelle formée par M. C, de l'admettre d'office au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. En premier lieu, il ressort de l'arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022, régulièrement publié, que M. B, adjoint au chef de la division des examens administratifs et de l'expulsion et signataire des décisions attaquées, s'est vu déléguer la signature du préfet de police aux fins de signer toute décision dans la limite de ses attributions, de sorte que le moyen tiré de son incompétence doit être écarté.

4. En second lieu, les décisions litigieuses mentionnent les circonstances de droit et de fait qui les fondent, conformément aux dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de leur insuffisante motivation ne peut par suite qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

6. M. C soutient que les décisions litigieuses méconnaissent son droit de mener une vie privée et familiale normale. Toutefois, il est constant que M. C est célibataire et sans enfant et, s'il a fait valoir au cours de son audition qu'il réside en France depuis 2017, qu'il y travaille et que des membres de sa famille y vivent également, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. Dans ces conditions, il n'établit pas que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouverait en France et n'est par suite pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait méconnu les stipulations précitées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il ne ressort ni des motifs de la décision attaquée, ni d'une autre pièce du dossier que le préfet de police n'aurait pas fait précéder la décision litigieuse d'un examen approfondi de la situation de M. C.

8. En second lieu, dès lors que l'obligation de quitter le territoire français se fonde sur la circonstance que l'intéressé est dépourvu de document de voyage et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa présence en France représentait une menace pour l'ordre public est inopérant.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

9. Le préfet de police a refusé d'octroyer à M. C un délai de départ volontaire au quadruple motif que son comportement a été signalé par les services de police, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Il fait valoir que les motifs tirés de ce que sa présence en France représenterait une menace pour l'ordre public et qu'il aurait fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation et ne sont pas établis. Toutefois, à supposer même que ces moyens soient fondés, les autres motifs de la décision, qui suffisent à eux seuls à la fonder, ne sont pas utilement contestés. Il en résulte que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

10. M. C n'assortit pas le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales des précisions permettant d'en apprécier la portée et il ne peut, dans ces conditions, qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

12. D'une part, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, M. C n'établit ni que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouverait en France, ni qu'il résiderait habituellement en France depuis 2017. D'autre part, il ressort de l'enquête de police que M. C a été reconnu parmi six photographies d'identité comme un de ses agresseurs par la victime d'une tentative de vol en réunion et que deux témoins ont également indiqué qu'il avait participé à cette tentative. Ainsi, malgré ses dénégations et l'absence de conclusion pénale à ce stade, le préfet de police pouvait légalement estimer que sa présence en France représentait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de fait dont serait entachée la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans doivent être écartés.

Sur les conclusions accessoires :

13. Par voie de conséquence du rejet des conclusions de M. C à fin d'annulation, ses conclusions à fin d'injonction et tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de police de Paris et à Me Sudre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

G. D

La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

-2-

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