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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2215584

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2215584

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2215584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantCHIRICA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 15 novembre 2022, enregistré le 17 novembre suivant au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par M. E A, représenté par Me Chirica.

Par cette requête, enregistrée le 14 novembre 2022 au greffe du tribunal administratif de Paris, M. A, représenté par Me Chirica, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2022, par lequel le préfet de police a révoqué son droit au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a édicté à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- l'arrêté en litige est signée par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête et fait valoir que ses moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dupin, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant roumain né le 24 mars 1974, est entré sur le territoire français en 2006 selon ses déclarations. Suite à son interpellation le 13 novembre 2022 par les services de police, le préfet de police de police a, par un arrêté du 13 novembre 2022, révoqué son droit au séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai et une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, par un arrêté n°2022-00999 du 19 août 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de police, le préfet de police a donné à Mme B C, cheffe du 8ème bureau, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle du requérant, vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et fait mention des articles L. 233-1, L. 251-1, L. 251-3 et L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il décrit la situation personnelle et familiale de M. A et indique les raisons pour lesquelles il doit être obligé de quitter le territoire français sans délai et interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et révèle que le préfet de police a examiné la situation du requérant de manière approfondie. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ". Aux termes de l'article L. 251-1 de ce code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

5. En admettant que M. A, en faisant valoir qu'il ne représente pas une menace actuelle et réelle suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, ait entendu soulever un moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative, laquelle ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui réside depuis plus de trois mois sur le territoire français, a été interpelé le 13 novembre 2022 pour des faits de tenue sur la voie ou dans un lieu public de jeux de hasards non autorisés ayant l'argent pour enjeu, circonstance pour laquelle il est convoqué le 4 décembre 2023 devant le tribunal correctionnel de Paris. En outre, ainsi qu'il le reconnaît, il a déjà été condamné pour des faits similaires. Par ailleurs, et en tout état de cause, étant dépourvu d'emploi, il ne démontre pas disposer de ressources suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Dès lors, si les agissements répétés de M. A pour lesquels il a déjà été condamné, pour répréhensibles qu'ils soient, ne sont pas de nature à établir que sa présence sur le territoire français constituerait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, le préfet de police a pu légalement, par son second motif, obligé le requérant à quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 251-1 précité.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si pour contester l'arrêté en litige M. A fait valoir qu'il est marié et père de trois enfants scolarisés en France, il ne produit aucune pièce de nature à étayer ces allégations comme à caractériser l'ancienneté, la stabilité et l'intensité de sa vie privée et familiale. Partant, le préfet de police n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. () ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. Si pour contester l'arrêté en litige M. A invoque la protection de l'article 3 de la convention précitée, il n'assortit ce moyen d'aucun élément permettant d'établir qu'il serait exposé à des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. /L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

12. Il ressort des mentions de l'arrêté en litige que, pour refuser un délai de départ volontaire à l'intéressé, le préfet de police s'est fondé, ainsi qu'il a été dit précédemment, sur le fait que M. A avait été interpelé le 13 novembre 2022 pour des faits de tenue sur la voie ou dans un lieu public de jeux de hasards non autorisés ayant l'argent pour enjeu. Dans ces circonstances, alors qu'il a réitéré dans cette pratique et qu'il a explicitement exprimé son intention de ne pas se conformer à l'exécution de la mesure d'éloignement, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'urgence de son éloignement n'est pas suffisamment établie par le préfet de police ou qu'il aurait commis un erreur d'appréciation.

13. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement, et pour les mêmes motifs, que le préfet de police n'a nullement porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale en prononçant à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de deux ans. Le moyen qui en est tiré doit donc être écarté.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2022, par lequel le préfet de police a révoqué son droit au séjour, a édicté une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a édicté à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de deux ans. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête ne peuvent donc qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux frais du litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Robert, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

F. Dupin

Le président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2215584

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