Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2215590
mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2215590 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Simond, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions des 12 et 19 septembre 2022 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a respectivement clôturé puis classé sans suite ses demandes de renouvellement de titre de séjour avec changement de statut ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'instruire, sans délai, sa demande de renouvellement de carte de séjour avec changement de statut sur le fondement des articles L. 433-6 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à titre principal et sur le fondement des articles L. 433-6 et L. 426-20 du même code, à titre subsidiaire ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions de classement sans suite et de clôture de ses demandes successives de renouvellement de titre de séjour sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 114-2 et L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence de transmission de sa demande de titre de séjour au service compétent et faute de demande de pièces complémentaires ;
- la décision portant classement sans suite est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et méconnaît les dispositions de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le préfet des Hauts-de-Seine a produit un mémoire en défense le 1er octobre 2024, après la clôture de l'instruction.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n°2215585 du juge des référés en date du 19 décembre 2022.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Saïh, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant iranien né le 17 mai 1969 est entré en France en 2015 muni d'un visa de type " D " valable du 20 janvier 2015 au 20 avril 2015. Il a été mis en possession d'un titre de séjour portant la mention " passeport talent - salarié en mission " valable du 6 mai 2015 au 5 mai 2018 et renouvelé jusqu'au 24 septembre 2022. A l'expiration de son titre de séjour, la fin de sa mission professionnelle en France ne le rendait plus éligible au régime du " passeport talent ". Le 3 août 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut vers un titre de séjour " visiteur ". Sa demande a été clôturée sur la plateforme Administration numérique des étrangers en France (ANEF) le 12 septembre 2022, au motif qu'il relevait du titre de séjour " passeport talent ". Le 19 septembre 2022, il a sollicité un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur la plateforme " démarches simplifiées " de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui a fait l'objet d'un classement sans suite au motif que la situation du requérant relevait d'une demande " passeport talent " et de l'ANEF. Par courrier du 20 septembre 2022, reçu le lendemain, M. B a renouvelé sa demande de renouvellement de son titre de séjour en sollicitant un changement de statut par la délivrance, à titre principal, d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, d'un titre de séjour portant la mention " visiteur ". Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler les décisions des 12 et 19 septembre 2022 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a refusé d'instruire ses demandes de renouvellement de titre de séjour avec changement de statut.
Sur les conclusions à fin d'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête :
En ce qui concerne le cadre du litige :
2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. /Par dérogation au premier alinéa, ce délai est de quatre-vingt-dix jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour mentionné aux articles R. 421-23, R. 421-43, R. 421-47, R. 421-54, R. 421-54, R. 421-60, R. 422-5, R. 422-12, R. 426-14 et R. 426-17. / Par dérogation au premier alinéa ce délai est de soixante jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article R. 421-26. ".
3. Il résulte de l'instruction que M. B a adressé par courrier du 20 septembre 2022, reçu le lendemain, une demande de renouvellement de son titre de séjour en sollicitant un changement de statut par la délivrance, à titre principal, d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, d'un titre de séjour portant la mention " visiteur ". Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas soutenu par le préfet des Hauts-de-Seine, que la demande qu'il a déposée le 21 septembre 2022 aurait été incomplète. Dès lors, le silence gardé pendant quatre mois sur cette demande par l'autorité administrative a fait naître, le 21 janvier 2023, en cours d'instance, une décision implicite de rejet, en application des dispositions de l'article R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent. M. B doit ainsi être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.
En ce qui concerne la légalité de la décision implicite en litige :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Selon les termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Enfin, l'article L. 232-4 du même code précise que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ".
5. M. B n'a pas demandé la communication des motifs de la décision implicite qu'il conteste. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait insuffisamment motivée est inopérant. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision en litige, le défaut d'examen allégué ne pouvant résulter du seul caractère implicite de cette décision.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé. ".
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a adressé au préfet des Hauts-de-Seine par courrier du 20 septembre 2022, reçu le lendemain, sa demande de renouvellement de titre de séjour. Dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine était territorialement compétent pour instruire sa demande, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. / Le délai mentionné à l'article L. 114-3 au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée acceptée ne court qu'à compter de la réception des pièces et informations requises. / Le délai mentionné au même article au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée rejetée est suspendu pendant le délai imparti pour produire les pièces et informations requises. Toutefois, la production de ces pièces et informations avant l'expiration du délai fixé met fin à cette suspension. / La liste des pièces et informations manquantes, le délai fixé pour leur production et la mention des dispositions prévues, selon les cas, au deuxième ou au troisième alinéa du présent article figurent dans l'accusé de réception prévu à l'article L. 112-3. Lorsque celui-ci a déjà été délivré, ces éléments sont communiqués par lettre au demandeur. ".
10. En l'espèce, les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration imposent à l'administration, à peine d'illégalité de sa décision, d'indiquer au demandeur, lorsque la demande de ce dernier est incomplète, les pièces ou informations manquantes dont la production est requise par un texte pour permettre l'instruction de sa demande. En revanche, elles n'ont pas pour objet d'imposer à l'administration d'inviter le demandeur à produire les justifications de nature à établir le bien-fondé de cette demande. Par suite, si M. B soutient qu'il n'a pas été invité à compléter les pièces de son dossier conformément à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, un tel moyen est inopérant dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine aurait rejeté sa demande au motif tiré de l'incomplétude de son dossier.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale. ".
12. En l'espèce, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus contesté de titre de séjour est fondé sur l'absence de comparution personnelle du demandeur en préfecture.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
M. Jacquinot, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
La rapporteure,
Z. Saïh
Le président,
T. BertonciniLa greffière,
K. Nabunda
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.