mercredi 21 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2215740 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SUDRE |
Vu la procédure suivante :
H une requête enregistrée le 21 novembre 2022, M. A, représenté H Me Sudre avocate désignée d'office, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2022 H lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un dossier de première demande d'asile ;
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé H une autorité incompétente ;
- il est motivé de manière stéréotypée ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- il porte atteinte à son droit à la vie privée et familiale, reconnu H l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
H un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier du requérant.
Il fait valoir que les moyens soulevés H M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme G, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, magistrate désignée ;
- les observations de Me Sudre, avocate désignée d'office représentant M. A, qui reprend et précise les conclusions et moyens du requérant. Elle fait, en outre, valoir que :
* l'arrêté a été implicitement abrogé H la délivrance à M. A, d'une attestation de demandeur d'asile, en date du 28 novembre 2022 ;
* M. A a fui son pays, la Turquie, car il est kurde et qu'il y a été interpellé pour y avoir séjourné comme " insoumis pendant une durée de 3 mois et 14 jours sans excuse valable " en violation de l'article 63/1-d du code pénal militaire dès lors qu'il a refusé d'effectuer son service militaire ;
* lors de son audition H les services de police, il n'a bénéficié que de l'assistance téléphonique d'un interprète, et n'a pas réellement compris les questions qu'on lui posait. Pour preuve, à la question " En cas de décision d'éloignement prise à votre encontre H la Préfecture de police de Paris, à destination de votre pays d'origine () avez-vous des observations à formuler ' ", l'intéressé répond : " Sur ce point-là il n'y a pas de souci. Je veux juste ajouter que j'ai fui mon pays car je suis kurde. En Turquie, les chiites, les kurdes sont opprimés. " ;
* le contrôle d'identité dont il a fait l'objet est intervenu le jour même de son arrivée en France, et l'a empêché de déposer une demande d'asile. Il a d'ailleurs, à sa sortie de garde à vue, directement déposé sa demande d'asile à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).
- et les observations de M. A, assisté de M. C, interprète en langue turque, qui fait valoir :
* qu'il ne veut pas retourner en Turquie car il craint pour sa vie et s'en remet aux observations émises H son avocate.
- le préfet de police de Paris n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant turc né en 2002, demande l'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2022 H lequel le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays destination.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () H la juridiction compétente ou son président ".
3. Me Sudre, avocate désignée d'office pour assister le requérant, sollicite expressément le bénéfice de l'aide juridictionnelle pour son client. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé H Mme D E, cheffe du 6ème bureau de la préfecture de police, titulaire d'une délégation de signature du 24 août 2022 n°2022-01009 du préfet de police publiée le même jour, pour signer toutes obligations de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire et toutes décisions fixant le pays de destination, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. H suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (). ". Aux termes de l'article L. 612-12 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". La motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de ces décisions.
6. En l'espèce, l'arrêté litigieux, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Il indique, en particulier, que M. A n'a pas été en mesure de justifier d'un titre de séjour pour se maintenir sur le territoire français, qu'il est dépourvu de document de voyage (passeport) et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Il précise en outre, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il ne ressort enfin H des termes de cet arrêté, qu'il est motivé de manière stéréotypée. H suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation manque en fait et doit dès lors être écarté.
7. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue H la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition de M. A H les services de police, le 12 novembre 2022, que ce dernier a déclaré ne pas avoir effectué de demande d'asile dans un pays européen ni de démarches administratives en vue de l'obtention d'un titre de séjour. En outre, l'intéressé a exposé lors de cette audition, être célibataire, sans enfant à charge sur le territoire français. H ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A qui n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, s'est déclaré sans activité professionnelle et sans domicile fixe, et, ainsi que le fait valoir le préfet dans son mémoire en défense, ne maîtrise pas la langue française. Il ne peut dès lors se prévaloir ni d'une intégration particulière, ni de liens intenses, anciens et stables sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté en litige a été pris et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Aux termes de l'article L. 541-3 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 753-1 à L. 753-4 et L. 754-1 à L. 754-8, lorsque l'étranger sollicitant l'enregistrement d'une demande d'asile a fait l'objet, préalablement à la présentation de sa demande, d'une décision d'éloignement prise en application du livre VI, cette dernière ne peut être mise à exécution tant que l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ".
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé une demande d'asile auprès de l'OFPRA le 28 novembre 2022, soit postérieurement à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. Si, dans les conditions édictées à l'article L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette demande peut faire obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire, elle reste sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement. Le moyen tiré de ce que la délivrance d'une attestation de demandeur d'asile a engendré l'abrogation implicite de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.
11. En cinquième lieu, si le requérant soutient ne pas avoir été en mesure de comprendre les questions qui lui ont été posées lors de son audition H les services de police, il ne l'établit pas H les pièces qu'il produit. Au demeurant, le procès-verbal dressé le 12 novembre 2022, qui est produit H le préfet dans le cadre de l'instance, révèle que M. A a refusé l'assistance d'un avocat durant son audition, et qu'il a bien bénéficié d'un interprète en langue turque. H suite, ce moyen doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
13. M. A soutient qu'il craint d'être exposé en cas de retour dans son pays d'origine à des persécutions ou à une atteinte grave à sa vie et fait valoir qu'il est kurde et qu'il a fait l'objet d'une interpellation pour avoir refusé d'effectuer son service militaire. Il produit à l'instance un " acte d'accusation " traduit H une traductrice assermentée près le tribunal de grande instance de Pontoise, duquel il ressort qu'il est suspecté d'avoir séjourné en Turquie comme insoumis pendant une durée de 3 mois et 14 jours sans excuse valable, en violation de l'article 63/1-d du code pénal militaire, en raison de ce refus d'effectuer son service militaire. Toutefois, cette seule pièce ne permet pas d'établir de manière suffisamment probante qu'il serait personnellement exposé à des risques de mauvais traitements en Turquie. En tout état de cause, l'Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides n'a pas encore statué sur sa demande d'asile et, ainsi qu'il a été précisé au point 10, l'exécution de la mesure d'éloignement contestée ne saurait intervenir avant qu'il soit statué sur cette demande d'asile. H suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées, qui n'est opérant qu'à l'égard de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
14. En dernier lieu, et eu égard à ce qui a été énoncé précédemment, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences du sa situation personnelle.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que H voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.
Rendu public H mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.
La magistrate désignée,
signé
C. G La greffière,
signé
M. F
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 22157402
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026