mercredi 21 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2215781 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MARIENNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 novembre 2022, M. B, représenté par Me Marienne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer sans délai et sous astreinte une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de procéder à l'effacement du signalement le concernant dans le fichier européen de non-admission.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen attentif et personnalisé de sa situation ;
- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue aucune menace à l'ordre public, qu'il a obtenu un rendez-vous pour régulariser sa situation, le 5 septembre 2022 à la sous-préfecture d'Argenteuil mais qu'il ne détenait pas l'ensemble des documents exigés pour le dépôt de sa demande et qu'il a l'intention de déposer une demande de régularisation ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation dès lors que ses attaches en France sont fortes : son grand-père a vécu et travaillé en France, il est marié avec une ressortissante française et sa présence en France, auprès d'elle est indispensable. Il est par ailleurs présent sur le territoire français depuis trois ans et dispose d'une adresse fixe depuis un an et demi. En outre, il ne constitue pas une menace à l'ordre public et souhaite être régularisé au plus vite afin de pouvoir travailler en France légalement et d'y payer des impôts ;
- l'interdiction de retour en France d'une durée d'un an est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- il a fait l'objet d'une interpellation abusive, à l'occasion d'un contrôle routier, alors qu'il n'a commis aucune infraction, qu'il n'était pas au volant du véhicule. En outre, on ne lui a pas proposé d'avocat, il n'a été relâché qu'à partir de 17h50 (soit plus de 7 heures) sans avoir mangé de la journée et est resté enfermé dans une cellule après s'être vu confisquer son téléphone que la gendarmerie s'est permise de fouiller ;
- il méconnaît le principe du respect des droits de la défense dès lors qu'il n'a pas eu la possibilité de faire valoir ses observations préalablement à son édiction, en méconnaissance des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et 41.2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale reconnu par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier du requérant.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, magistrate désignée ;
- les observations de Me Birrien, substituant Me Marienne, et représentant M. B, qui reprend et précise les conclusions et moyens du requérant. Elle fait, en outre, valoir que :
* la motivation de l'arrêté est extrêmement stéréotypée dès lors que cet arrêté n'est pas justifié par la situation factuelle de M. B ;
* M. B ne constitue pas une menace à l'ordre public et est bien intégré dans la société française. Pour preuve, lors de son interpellation, il était passager dans le camion de l'entreprise pour laquelle il travaille en qualité de couvreur ;
* son épouse exerce le métier de chargée d'urbanisme et leur vie commune a débuté le 3 juillet 2021. Il envisage par ailleurs de fonder une famille ;
* il a tenté de régulariser sa situation en déposant un dossier de demande de titre de séjour. Toutefois, depuis l'épidémie de Covid-19, la préfecture refuse les demandes de rendez-vous en préfecture et exige que le dépôt de ces dossiers se fasse par voie postale. Il n'a pas encore eu l'occasion de déposer cette demande de titre de séjour par voie postale, mais son avocate s'en occupe actuellement ;
* aucun délai de départ volontaire ne lui a été octroyé alors qu'il n'a pas été placé en rétention et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
* l'interdiction de retour en France d'une durée d'un an est insuffisamment motivée et entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, que le centre de ses intérêts privés se situe en France et qu'il y est parfaitement intégré professionnellement.
- et les observations de M. B, qui fait valoir :
* qu'il s'en rapporte aux observations de son avocate.
- la préfète de l'Oise n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né en 1991, expose être entré en France en novembre 2019 et demande l'annulation de l'arrêté du 15 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet, consentie par un arrêté du 5 août 2022 de la préfète de l'Oise, publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque en fait et doit dès lors être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (). ". Aux termes de l'article L. 612-12 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office "." La motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de ces décisions.
4. L'arrêté litigieux, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, cet arrêté qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent son fondement est, dès lors suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté, manque en fait et doit être écarté.
4. En troisième lieu, si, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.
5. Toutefois, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, invocable à l'encontre de l'arrêté en litige. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) l'a jugé dans ses décisions C-166/13 Mukarubega et C-249/13 Boudjlida, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que cette autorité s'abstienne de prendre à son égard une telle décision. Il n'implique pas, en revanche, que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité de son séjour ou la perspective de son éloignement. En outre, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment des procès-verbaux d'audition dressés le 15 novembre 2022, que M. B a été entendu par les services de police préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige. A cette occasion, l'intéressé a communiqué divers renseignements concernant sa situation personnelle et familiale en France et a été invité à préciser sa situation administrative sur le territoire national. Le requérant, qui n'allègue pas avoir tenté en vain de porter à la connaissance de l'administration des informations pertinentes sur sa situation, a ainsi été mis à même de formuler ses observations sur les conditions de son séjour en France préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit d'être entendu issu du droit de l'Union européenne, doit être écarté.
7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des différents procès-verbaux d'audition produits par la préfète de l'Oise dans le cadre de l'instance, que M. B s'est vu notifier ses droits à l'occasion de son interpellation du 15 novembre 2022, et qu'il a notamment déclaré en langue française : " 1° Je ne souhaite pas être assisté d'un interprète quant à présent " " 2° Pour le moment, je renonce à mon droit d'être assisté par un avocat. Je ne souhaite ni entretien, ni assistance à mes auditions. " " 3° Je ne souhaite pas être examiné par un médecin quant à présent. " " 4° Sauf demande de ma part ou circonstances particulières, les différents avis serons réalisés par mes soins ". Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'il a fait l'objet d'une interpellation abusive et qu'on ne lui a pas proposé l'assistance d'un avocat.
8. En quatrième lieu, il résulte des dispositions du titre Ier du livre V du code il résulte des dispositions du titre Ier du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'accorder un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination. Dès lors, le requérant ne peut utilement invoquer les dispositions précitées des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration à l'encontre de l'arrêté litigieux.
9. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen attentif et personnalisé de la situation de M. B avant d'édicter l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit être écarté.
10. En sixième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. M. B soutient qu'il est entré en France en novembre 2019 et qu'il s'est marié le 26 mars 2022 avec une ressortissante française avec qui, il cohabitait depuis le 3 juillet 2021. Toutefois, à la date de l'arrêté en litige, cette union de sept mois et demi était très récente, et la réalité de la vie commune dont se prévaut M. B avant son mariage, n'est pas établie. L'intéressé qui se prévaut de son projet de fonder une famille avec son épouse et allègue vouloir être présent au moment de la naissance de son enfant, ne conteste pas qu'à la date de l'arrêté attaqué, il n'était pas dépourvu d'attache dans son pays d'origine où résidaient une partie de sa fratrie et sa mère, et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Enfin, la promesse d'embauche qu'il produit à l'instance, est postérieure à l'arrêté attaqué et n'est en tout état de cause pas suffisante, pour regarder M. B comme justifiant d'une intégration particulière au sein de la société française. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Oise n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentations suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () "
13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il s'y est ensuite maintenu dans la clandestinité, sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour ni effectuer des démarches en vue d'y demander l'asile. En outre, l'intéressé n'a pas été en mesure de présenter des garanties de représentation suffisantes et notamment de justifier de la possession de l'original de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Par ailleurs, il ressort de son procès-verbal d'audition du 15 novembre 2022 qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, et nonobstant les circonstances alléguées par M. B qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il a l'intention de déposer une demande de régularisation, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, la préfète de l'Oise a méconnu le 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'interdiction de retour en France d'une durée d'un an :
Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
15. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
16. Il ressort des termes de la décision attaquée qui vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 14, que la préfète de l'Oise a pris en compte, au vu de la situation de M. B, l'ensemble des critères prévus par ces dispositions pour prononcer une interdiction de retour en France d'une durée d'un an, en relevant notamment, que le requérant est entrée irrégulièrement sur le territoire français, en dépit d'un refus de délivrance d'un visa émis le 11 février 2019 par les autorités consulaires françaises basées en Algérie et motivé par " un risque migratoire ". Toutefois, ainsi qu'il a été énoncé précédemment, M. B est marié avec une ressortissante française. Cette circonstance alléguée constitue une circonstance humanitaire que la préfète de l'Oise aurait dû prendre en considération lors de l'examen de la situation de ce dernier. Dans les circonstances de l'espèce, M. B est fondé à soutenir que l'interdiction de retour en France d'un an prononcée à son encontre est entachée d'une erreur d'appréciation.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision de la préfète de l'Oise du 15 novembre 2022 lui interdisant le retour en France pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifié une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Aux termes de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".
19. Compte tenu de ses motifs, le présent jugement n'implique pas que la préfète de l'Oise réexamine la situation de M. B, ni qu'elle lui délivre sous astreinte, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Toutefois, par voie de conséquence de l'annulation de l'interdiction de retour en France d'une durée d'un an, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Oise de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission de M. B dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel, dans le cadre de cette instance, la somme demandée par M. B sur le fondement de ces dispositions. Par suite, ses conclusions sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Oise en date du 15 novembre 2022 est annulé en tant qu'il porte porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission de M. B dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.
La magistrate désignée,
signé
C. D La greffière,
signé
M. A
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 22157812
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026