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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2215894

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2215894

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2215894
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre
Avocat requérantAMEZIANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 23 novembre 2022,

31 décembre 2022 et 29 mars 2023, M. B F, représenté par Me Ameziane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'une année ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'un titre de séjour :

- elle est entachée par l'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine pour avis de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le caractère irrégulier de ses actes d'état-civil produit ne repose sur aucun fondement ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle a été prise sur le fondement d'une décision portant refus d'un titre de séjour illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle a été prise sur le fondement d'une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- elle a été prise sur le fondement d'une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Robert, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant malien né le 5 avril 2003, M. B F déclare être entré en France en juin 2018. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à compter du 24 juillet 2019.

Le 7 octobre 2021, il a sollicité le bénéfice d'une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. F demande notamment l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté PCI n° 2022-093 du 13 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du 17 octobre 2022, M. H E, attaché d'administration de l'État, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, disposait d'une délégation de signature à cette fin, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme G C, directrice des migrations et de l'intégration et de

Mme D A, chef du bureau. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions litigieuses, qui manque en fait, doit être écarté.

3.En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. En l'espèce, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration, et cite l'article 47 du code civil. Il vise également les circonstances de faits propres à la situation personnelle de M. F, notamment le fait qu'il déclare être entré en France en juin 2018, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans, qu'il a demandé le 18 mars 2021 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code précité. L'arrêté précise également que les documents d'état civil présentés par l'intéressé ont été envoyés à la direction centrale de la Police aux Frontières (DCPAF) pour vérification et sont revenus avec un avis défavorable aux motifs que l'acte de naissance présente une surcharge sur la date de naissance, l'année " 2000 " étant devenue " 2003 ", et que cette modification intervient sur le point le plus stratégique de l'état-civil, que, même dans l'hypothèse où cette surcharge ne serait pas frauduleuse, elle est irrégulière puisque l'article 118 de la loi n°2011-087 du 30 décembre 2011 portant code des personnes et de la famille prévoit que "les mentions erronées ne doivent être ni grattées, ni surchargées ", et que d'autres irrégularités sont soulevées par la DCPAF sur ce document telles l'absence de numérotation du support en typographie, l'absence de la mention de l'imprimeur et la faute sur les mentions pré imprimées " offier " au lieu de " officier ". L'arrêté mentionne également que la DCPAF relève que le jugement supplétif présente une surcharge manuscrite sur le numéro de transcription du jugement, que l'extrait d'acte de naissance ne respecte pas l'article 126 de la loi précitée qui prévoit que " l'acte d'état civil indique la date de l'évènement qu'il relate ainsi que la date de son établissement. Ces dates doivent être inscrites en toutes lettres." dès lors que la date de naissance et la date d'établissement de l'acte sont en chiffres, et qu'il existe également une faute d'orthographe sur les mentions pré imprimées n°14 " officicer " au lieu de "officier". L'arrêté mentionne que les documents d'état civil produits par le requérant sont irréguliers et ne peuvent donc être regardés comme faisant foi en application de l'article 47 du code civil ; qu'il y a lieu de renverser la présomption de validité des documents produits; que les documents d'état civil présentés par M. F ne sont pas probants et que l'intéressé ne peut donc justifier de son état civil en application de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que, par conséquent, le bénéfice de la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 435-3 du code précité ne peut lui être accordé. En outre, l'arrêté mentionne que, si le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation sur l'opportunité d'une mesure de régularisation à titre gracieux, M. F est célibataire et sans charge de famille, que la durée de son séjour en France n'est pas suffisante, qu'il ne maîtrise pas suffisamment la langue française, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables, que l'intégralité de ses attaches familiales se trouvent dans son pays d'origine et qu'il ne ressort pas des éléments présentés que l'intéressé puisse bénéficier d'une mesure de régularisation à titre discrétionnaire. Enfin, l'arrêté précise qu'aucune circonstance de l'espèce ne justifie, qu'à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours soit accordé à l'intéressé et que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce et en l'absence de circonstances humanitaires, la durée de l'interdiction de retour d'un an à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale. Dès lors, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de M. F.

6. En quatrième lieu, l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil (). ". Aux termes de l'article L. 811-2 du code précité : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Selon l'article 1er du décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente, le silence gardé pendant huit mois vaut décision de rejet. Dans le délai prévu à l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, l'autorité administrative informe par tout moyen l'intéressé de l'engagement de ces vérifications. ". Il résulte de la combinaison des dispositions précitées qu'en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, et pour écarter la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte lorsqu'il est rédigé dans les formes usitées dans ce pays, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles ou y fait procéder auprès de l'autorité étrangère compétente. Il incombe donc à l'administration de renverser la présomption précitée en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En revanche, l'administration française n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre Etat, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.

7. En l'espèce, pour opposer un refus à la demande de délivrance d'un titre de séjour à M. F sur le fondement de l'article L. 435-3 du code précité, le préfet des Hauts-de-Seine s'est notamment fondé sur le fait que les documents d'état civil produits au soutien de sa demande étaient irréguliers et ne pouvaient donc être regardés comme faisant foi en application de l'article 47 du code civil. A l'inverse, M. F soutient que ces documents sont authentiques et lui ont permis d'obtenir la délivrance d'une carte d'identité consulaire par les autorités maliennes le 9 mars 2020. Toutefois, une carte d'identité consulaire ne constitue pas un acte d'état civil. En outre, il ressort des trois rapports d'analyse documentaire établis le 30 mars 2021 que la DCPAF a émis un avis défavorable sur chacun des documents d'état-civil produits par le requérant au soutien de sa demande de titre de séjour. Ainsi, concernant l'acte de naissance, le rapport retient une " absence de numérotation du support en typographie / absence de la mention de l'imprimeur / faute sur les mentions pré-imprimées: "offier" au lieu de "officier" / la mention du jugement supplétif devrait être portée au verso en qualité de mention marginale / surcharge au niveau de la date de naissance : "2000" devenue "2003"/ le numéro de registre n'est pas cohérent avec le numéro d'acte / les conditions d'obtention et délivrance de cet acte sont douteuses ". Concernant l'extrait d'acte de naissance, le rapport retient " la personnalisation n'est pas en machine à écrire / faute sur les mentions pré-imprimées : "officicer" au lieu de "officier" / le numéro de registre n'est pas cohérent avec le numéro d'acte / la date de naissance doit être rédigée en toutes lettres / les conditions d'obtention et délivrance de cet acte sont douteuses ". Concernant le jugement supplétif, le rapport retient une " surcharge manuscrite sur la transcription (n° de l'acte de naissance) ". Dans ces conditions, au regard des analyses objectives et circonstanciées établies par un service spécialisé en analyse documentaire, M. F n'est pas fondé à soutenir que, en retenant que les documents d'état civil produits étaient irréguliers, le préfet des Hauts-de-Seine aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " L'étranger qui remplit les conditions de renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention "travailleur temporaire" prévue à l'article L. 421-3 se voit délivrer un titre pour une durée égale soit à celle restante à courir du contrat de travail ou de détachement initial dont il est titulaire, soit à celle de son nouveau contrat de travail ou de prolongation de son détachement ". Lorsqu'il examine l'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

9. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 7, notamment la " surcharge au niveau de la date de naissance : "2000" devenue "2003" sur l'acte de naissance, les documents d'état-civil produits par M. F au soutien de sa demande de titre de séjour n'étaient pas de nature à justifier qu'il était alors dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que le préfet des Hauts-de-Seine aurait, de lui-même, examiné sa situation sur son fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article précité doit donc être écarté.

11. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. M. F soutient qu'il réside en France depuis juin 2018, qu'il justifie d'importantes attaches sur le territoire français, notamment avec la famille d'accueil à laquelle l'ASE l'a confié, et qu'il justifie d'une insertion professionnelle réussie. Toutefois, la présence en France du requérant n'est démontrée qu'à compter de juillet 2019, soit depuis trois ans et quatre mois à la date de la décision attaquée, et il ne produit aucun document justifiant des liens qu'il entretiendrait avec une famille d'accueil. Sur ce point, il ressort du rapport éducatif daté du 15 mars 2021 que le requérant résidait alors dans un appartement avec deux autres jeunes mineurs non accompagnés. En outre, s'il produit un contrat d'apprentissage signé le 25 février 2020 et des bulletins de salaire de mai 2021 à décembre 2021, il ressort des pièces du dossier qu'il a échoué à obtenir un certificat d'aptitude professionnelle lors des sessions de juin 2021 et juin 2022. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. F est célibataire, sans charge de famille, et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents et ses trois frères et sœur. Dans ces conditions, en refusant d'admettre M. F au séjour, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels sa décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En huitième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

14. M. F n'apporte ni précisions, ni pièces, de nature à établir qu'il serait susceptible d'être personnellement soumis à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

15. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7,

L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative n'est tenue de consulter la commission du titre de séjour que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles visés par ce texte auxquels elle envisage de refuser le titre de séjour sollicité.

16. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F avait droit à la délivrance d'un titre de séjour en application des dispositions précités. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise à la suite d'une procédure irrégulière doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

17. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

18. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 7, le moyen tiré d'une erreur manifeste quant à l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

19. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

20. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 7 et 14, le moyen tiré d'une erreur manifeste quant à l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

21. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

22. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

23. En l'espèce, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé à l'encontre de M. F une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année aux motifs qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire et que cette décision ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, le requérant résidait en France depuis plus de 3 ans à la date de la décision attaquée, y a effectué une partie de ses études et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'aurait pas exécuté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence du requérant en France constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, M. F est fondé à soutenir que, en prenant à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. F est uniquement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 24 octobre 2022 en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

25. Le présent jugement, qui n'annule l'arrêté du 24 octobre 2022 qu'en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. F doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante pour l'essentiel. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 24 octobre 2022 est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de M. F une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 19 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Robert, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

D. Robert

Le président,

signé

T. Bertoncini

Le greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2215894

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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