Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2215981
lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2215981 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 novembre 2022, Mme B A, représentée par Me Sangaré demande au tribunal:
1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 juillet 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui renouveler son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
Elle soutient que :
S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :
- il est entachée d'une insuffisance de motivation ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;
- l'avis du collège de médecins est entaché d'irrégularité dès lors qu'elle n'a pas été examinée physiquement ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant lié par l'avis rendu par le collège de médecins ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors le défaut de traitement pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son traitement n'est pas disponible dans son pays d'origine.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 13 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 janvier 2023.
Par décision en date du 25 septembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Colin.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante nigérienne née le 9 décembre 1961, est entrée en France le 14 juin 2012, sous couvert d'un visa de court séjour. Elle s'est vue délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade valable à compter du 1er février 2013 d'une durée de validité d'un an renouvelé sans discontinuité et en dernier lieu jusqu'au 28 février 2022. Elle en a sollicité le renouvellement le 15 février 2022. Par la présente requête, elle demande l'annulation de l'arrêté en date du 25 juillet 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. ".
3. Il ressort de l'examen de l'arrêté litigieux que d'une part, il mentionne les textes sur lesquels il repose et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et, d'autre part, qu'il comporte des motifs de fait non stéréotypés, rappelant les conditions d'entrée sur le territoire français ainsi que la situation administrative, personnelle et familiale de la requérante. Le préfet a également précisé les motifs pour lesquels l'intéressée ne pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article L. 613-1 de ce code, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3 ° de l'article L. 611-1, se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé, comme en l'espèce, et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs. Enfin, en mentionnant la nationalité de l'intéressé, le préfet a suffisamment motivé la décision fixant le pays de renvoi. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise, a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant son arrêté. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité
5. Mme B ne peut utilement se prévaloir de ce qu'elle n'aurait pas été examinée physiquement par le collège des médecins de l'OFII, dès lors qu'il résulte des dispositions présentées que la convocation de l'étranger pour l'examiner constitue une faculté pour le collège de médecins de l'OFII. Le moyen tiré du vice de procédure en raison de l'irrégularités de l'avis émis par le collège de médecins doit, dès lors, être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".
7. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. Pour refuser d'admettre au séjour Mme B, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 5 mai 2022, dont il s'est approprié la teneur, qui a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier que la requérante souffre d'un carcinome du sein droit hormono positif qui a été soigné par une radiothérapie qui s'est achevée en février 2012 et s'est poursuivie par un suivi médical régulier. Il ressort également des pièces du dossier et notamment des conclusions du compte rendu de consultation établi le 11 septembre 2022 par le Dr C que la pathologie de la requérante ne présente pas de signe clinique d'évolutivité, ne nécessite pas de rendez-vous de suivi mais seulement une surveillance médicale par une mammographie annuelle dans son pays d'origine. Par suite, en se bornant à faire valoir qu'elle suit un traitement dont l'arrêt pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui n'est pas disponible dans son pays la requérante n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet au regard, notamment, de l'avis du collège de médecins de l'OFII. Par ailleurs, la requérante ne peut se prévaloir de ce que le préfet n'a pas apporté la preuve qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine dès lors que la légalité de la décision contestée, repose non sur la disponibilité de soins dans le pays d'origine de l'intéressée mais sur l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité à raison d'un défaut de prise en charge de son état santé. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé.
9. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet se serait cru lié à tort par l'avis du collège de médecins de l'OFII. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". L'article R.432-9 du même code précise que : " Lorsque le préfet, qui envisage de refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, saisit la commission mentionnée à l'article L. 432-14 pour avis, il met à disposition de l'étranger, dès la saisine de la commission, l'attestation de prolongation de l'instruction de sa demande mentionnée au deuxième alinéa de l'article R. 431-15-1 si le titre de séjour sollicité figure dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2 ou, s'il n'y figure pas, un récépissé de demande de titre de séjour. () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues notamment à l'article L. 425-9, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.
11. Mme B n'étant pas, contrairement à ce qu'elle soutient et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un titre de séjour, le préfet des Hauts-de-Seine n'était pas tenu, en application de l'article L. 432-13 précité, de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande de renouvellement de titre de séjour.
12. Enfin, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de l'intéressée. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, Mme B n'est pas fondée à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions en annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français
14. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "
15. Si Mme B se prévaut de sa durée de présence en France où vivent son frère de nationalité française, sa fille majeure et ses petits- enfants, elle n'apporte aucun élément de nature à établir l'intensité des liens qu'elle entretient avec les membres de sa famille. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la requérante n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident quatre de ses enfants et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 51 ans. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et alors que la seule durée de présence en France ne saurait suffire, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
16. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en désignant le Niger comme pays de destination, le préfet des Hauts-de-Seine aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite le moyen tiré de de la violation de ces stipulations doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 25 juillet 2022.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2024 , à laquelle siégeaient :
M. Beaufaÿs, vice-président,
Mme Colin, première conseillère,
M. Jacquelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024 .
La rapporteure,
signé
C. Colin
Le président,
signé
F. BeaufaÿsLa greffière,
signé
H. Mofid
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.