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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2216152

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216152

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2216152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHANGOU DONGMEZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 novembre 2022 et 8 décembre 2022, M. A, représenté par Me Changou Dongmeza, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé de son transfert aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile.

Il soutient que :

- il n'a jamais déposé de demande d'asile en Espagne ;

- il a fui son pays d'origine vers la France où résident ses frères et sœurs de nationalité française, ainsi que son père, en outre, il est père de deux enfants dont la mère résidait en France et y est décédée en 2009.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2022, le préfet du Val-D'Oise conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier du requérant.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Changou Dongmeza, avocat commis d'office représentant M. A, qui reprend et précise les conclusions et moyens du requérant. Elle formule également des conclusions nouvelles tendant à enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. A une attestation de demandeur d'asile ainsi qu'un formulaire de demande d'asile. Elle fait, en outre valoir que :

* l'arrêté attaqué méconnaît les articles 3 et 22 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : en effet, à l'occasion de l'entretien individuel de M. A, les questions relatives à sa situation familiale ont été très mal posées et il ne les a pas bien comprises ;

* l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il n'a plus aucune famille en Mauritanie ;

* il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.

- et les observations de M. A, assisté de M. D, interprète en langue soninké qui déclare s'en remettre aux observations de son avocate.

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant mauritanien né en 1985, a introduit une demande d'asile en France le 20 octobre 2022. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation du fichier " Visabio " a révélé que l'intéressé était titulaire d'un visa en cours de validité délivré par les autorités espagnoles et valable jusqu'au 23 octobre 2022. La demande de prise en charge adressée par le préfet du Val-d'Oise aux autorités espagnoles le 21 octobre 2022, a donné lieu à un accord explicite le 26 octobre 2022. Par l'arrêté du 22 novembre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a décidé de transférer M. A aux autorités espagnoles.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé : " Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'Etat membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, sauf si ce visa a été délivré au nom d'un autre Etat membre en vertu d'un accord de représentation prévu à l'article 8 du règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas. Dans ce cas, l'Etat membre représenté est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. "

3. Il ressort des pièces produites par le préfet dans le cadre de l'instance qu'à la suite de la remise de M. A d'une attestation de demandeur d'asile dans le cadre de la procédure Dublin, les services de la préfecture ont consulté le fichier " Visabio " dont il est ressorti que l'intéressé était en possession d'un visa en cours de validité délivré par les autorités espagnoles au moment du dépôt de sa demande d'asile. Ces autorités ont dès lors été saisies en application du paragraphe 2 de l'article 12 précité et ont fait connaître explicitement leur accord le 26 octobre 2022. Dans ces conditions, les autorités espagnoles sont bien responsables de l'examen de la demande de protection internationale de M. A, nonobstant la circonstance alléguée et, au demeurant non établie par ce dernier, qu'il n'aurait pas déposé de demande d'asile auprès de ces autorités.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 22 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé : " L'Etat membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. / 2. Dans le cadre de la procédure de détermination de l'Etat membre responsable, des éléments de preuve et des indices sont utilisés. () " En outre, aux termes du paragraphe 2 de l'article 3 de ce même règlement : " Lorsque aucun Etat membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier Etat membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen. Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. () " Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. M. A soutient que ce transfert vers l'Espagne ne lui garantira pas l'examen de sa demande d'asile, et que les questions qui lui ont été posées lors de l'entretien individuel à la préfecture du Val-d'Oise ont été mal posées et qu'il ne les a dès lors pas bien comprises. Toutefois, ces allégations présentent un caractère général et sont par ailleurs dépourvues de tout élément circonstancié se rapportant à sa situation particulière. Plus précisément, M. A n'apporte aucun élément susceptible de laisser penser que sa demande ne pourrait être traitée par les autorités espagnoles dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que l'Espagne est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort en effet, d'aucune pièce du dossier que les autorités espagnoles, qui ont accepté la reprise en charge de l'intéressé, n'évalueront pas de manière approfondie les risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Il s'ensuit qu'en décidant de prononcer le transfert du requérant vers l'Espagne, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles 3 et 22 du règlement (UE) n° 604/2013 précité ni les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A soutient vouloir rester en France dès lors que son père, sa fratrie et ses deux enfants y résident. Toutefois, par les pièces qu'il produit, il n'établit pas les liens de parenté dont il se prévaut. En outre, il ressort des pièces produites par le préfet en défense, et notamment du résumé de l'entretien individuel qui s'est tenu le 20 octobre 2022 à la préfecture du Val-d'Oise, que l'intéressé a déclaré n'avoir aucun enfant mineur en France, ni aucun membre de sa famille en France. Il a également affirmé être marié et père de deux enfants qui résident " au pays ". Enfin, il ne ressort ni du résumé de cet entretien individuel, ni des autres pièces produites par les parties dans le cadre de l'instance, que les questions posées à M. A ont été ambiguës et qu'il n'a de ce fait, pas été en mesure de les comprendre. Dans ces conditions, la décision contestée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. A, préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 22 novembre 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. E La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22161522

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