Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216216

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2216216
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant par ordonnance, a rejeté la requête de M. A, un ressortissant afghan demandeur d'asile, qui contestait la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 15 novembre 2022 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a estimé que les moyens soulevés par le requérant, tirés d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'information, étaient manifestement infondés. Il a également jugé que le motif de la décision, fondé sur le non-respect par M. A des exigences des autorités chargées de l'asile, était établi au regard des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requête a été rejetée en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 30 novembre 2022 et 29 mars 2024, M. B A, représenté par Me Pacheco, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 15 novembre 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge a prononcé la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil jusqu'au 1er février 2023, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, lequel renoncera à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas été régulièrement informé des conditions dans lesquelles il pouvait être mis fin aux conditions matérielles d'accueil ;

- la décision litigieuse méconnaît les dispositions de l'article 20.1 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 et l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a commis aucun manquement aux exigences des autorités chargées de l'asile ; en tout état de cause, à supposer qu'il ait manqué un rendez-vous, cette absence isolée n'entre pas dans l'hypothèse visée au 9° de l'article L. 751-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 551-16, L. 522-1 et L. 522-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête, comme mal fondée.

Par une décision en date 26 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan né le 1er janvier 1994, a présenté une demande d'asile en France qui a été enregistrée le 9 octobre 2020 en procédure dite Dublin. Il a bénéficié des conditions matérielles d'accueil proposées le même jour par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par une décision du 15 novembre 2022, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge a prononcé la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif que l'intéressé n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ces autorités. M. A, demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".

3. En premier lieu, la décision en litige, qui vise notamment les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. A n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ces autorités et indique la nature du manquement retenu à son encontre. Elle énonce également que l'examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale ne permet pas de donner une suite favorable à sa demande. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté comme manifestement infondé.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, il ressort de l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil, signée par M. A le 9 octobre 2020, que l'intéressé a été informé dans une langue qu'il comprend des conditions dans lesquelles il pouvait être mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 17 mai 2021, le requérant a également été régulièrement informé des conséquences d'un refus de se soumettre à test PCR en vue de son transfert dans l'Etat responsable de sa demande d'asile. Le moyen tiré par l'intéressé de ce qu'il n'aurait pas été avisé des conséquence d'un non- respect de ses obligations est donc manifestement infondé.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

6. Il ressort clairement des pièces produites par l'OFII en défense et, en particulier de la déclaration de fuite établie le 4 juin 2021, que M. A ne s'est pas présenté en préfecture le 19 mai 2021, comme cela lui avait été demandé et a refusé de se soumettre au test PCR en vue de son transfert vers la Roumanie, prévu pour le 20 mai 2021, ce qui équivaut à un refus d'embarquer. M. A, qui se borne à contester la nécessité d'un test PCR, sans apporter le moindre précision à cet égard, n'invoque aucun élément sérieux de nature à remettre en cause la réalité des manquements qui lui sont reprochés et ne présente ainsi, à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 20.1 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 et l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aucun fait manifestement susceptible de venir à son soutien.

7. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 751-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a trait aux mesures applicables par l'autorité préfectorale en vue de l'exécution d'une décision de transfert, est inopérant dans le présent litige.

8. En dernier lieu, si M. A fait valoir que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation de sa vulnérabilité, il n'assortit ce moyen d'aucun fait manifestement susceptible de venir à son soutien ni même d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par M. A ainsi, par voie de conséquence, que celles relatives aux frais du litige, ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au directeur général de l'OFII.

Fait à Cergy-Pontoise, le 25 octobre 2024.

Le président de la 2ème chambre,

signé

C. Huon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.