Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216312
mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2216312 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2022, Mme A B, représenté par Me Simond, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " passeport-talent membre de famille " présentée le 1er août 2022 ;
2°) d'annuler la décision du 19 septembre 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent (famille) " ou, à titre subsidiaire, d'instruire sa demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle présentée sur le fondement de l'article L. 421-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à titre principal et sur le fondement des articles L. 433-6 et L. 423-23 du même code, à titre subsidiaire, et sur le fondement des articles L. 433-6 et L. 421-1 du même code à titre infiniment subsidiaire ;
4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " passeport talent " est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle justifie résider en France sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle depuis mai 2015 ;
- la décision de classement sans suite de sa demande de renouvellement de titre de séjour avec changement de statut est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence de transmission de sa demande de titre de séjour au service compétent ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.
Un mémoire produit par le préfet des Hauts-de-Seine a été enregistré le 1er octobre 2024 postérieurement à la clôture d'instruction intervenue dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu :
- l'ordonnance n°2216316 du juge des référés en date du 19 décembre 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Saïh, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante iranienne, née le 14 décembre 1991 est entrée en France en 2015 muni d'un visa de type " D " valable du 15 janvier 2015 au 11 mai 2015. Elle a été mise en possession d'un premier titre de séjour mention " vie privée et familiale " valable du 6 mai 2015 au 5 mai 2018 puis d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 25 septembre 2018 au 24 septembre 2022. Le 1er août 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur la plateforme Administration numérique des étrangers en France (ANEF). En l'absence de réponse, elle a renouvelé sa demande en sollicitant un changement de statut vers un titre de séjour " vie privée et familiale " le 18 septembre 2022 sur la plateforme " démarches simplifiées " de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui a fait l'objet d'un classement sans suite le lendemain au motif que la situation de la requérante relève d'une demande " famille de passeport talent " et de l'ANEF. Par courrier du 20 septembre 2022, reçu le lendemain, Mme B a réitéré sa demande de renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à titre principal, a sollicité un changement de statut par la délivrance, à titre principal, d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " passeport-talent membre de famille " présentée le 1er août 2022 et d'annuler la décision du 19 septembre 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le cadre du litige :
2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. /Par dérogation au premier alinéa, ce délai est de quatre-vingt-dix jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour mentionné aux articles R. 421-23, R. 421-43, R. 421-47, R. 421-54, R. 421-54, R. 421-60, R. 422-5, R. 422-12, R. 426-14 et R. 426-17. / Par dérogation au premier alinéa ce délai est de soixante jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article R. 421-26. ". ". Aux termes de l'article R. 431-15-1 dudit code : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que, le 1er août 2022, Mme B a déposé auprès de l'ANEF, ainsi qu'elle y était tenue en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'arrêté du 27 avril 2021 visé ci-dessus prévoyant que les demandes de renouvellement des titres de séjour obtenus en application de l'article L. 421-22 de ce code devait se faire au moyen de ce téléservice. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas soutenu par le préfet des Hauts-de-Seine, que cette demande aurait été incomplète. Dès lors, alors que la requérante ne s'est vue remettre aucun des documents prévus par l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé pendant quatre mois sur cette demande par l'autorité administrative a fait naître, le 1er décembre 2022, une décision implicite de rejet, en application des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent. Mme B doit ainsi être regardée comme demandant à titre principal l'annulation de cette décision.
En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :
4. Aux termes de l'article L. 421-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " S'il est âgé d'au moins dix-huit ans, le conjoint de l'étranger mentionné aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-21 se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent (famille) " d'une durée égale à la période de validité restant à courir de la carte de séjour de son conjoint. / Cette carte est délivrée, dans les mêmes conditions, aux enfants du couple entrés mineurs en France, dans l'année qui suit leur dix-huitième anniversaire ou lorsqu'ils entrent dans les prévisions de l'article L. 421-35, pour une durée égale à la période de validité restant à courir de la carte de séjour de leur parent. / Elle est renouvelée de plein droit pour une durée de quatre ans lorsque son titulaire réside en France depuis au moins cinq ans. ".
5. En l'espèce, Mme B, qui a notamment bénéficié, en dernier lieu, d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent (famille) ", valable du 25 septembre 2018 au 24 septembre 2022, en application de l'article L. 421-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a sollicité du préfet des Hauts-de-Seine le renouvellement de son titre de séjour, soutient qu'elle remplit les conditions pour en obtenir le renouvellement dès lors qu'elle réside en France depuis au moins cinq ans. Le préfet ne soutenant pas que l'intéressée ne justifie pas de cinq années de résidence régulière en France, Mme B est fondée à soutenir que la décision implicite par laquelle le préfet lui a refusée le renouvellement de son titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 421-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entachée d'illégalité au regard des dispositions précitées.
6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " passeport talent (famille) ". ". Il n'y a pas davantage lieu de se prononcer sur les conclusions aux fins d'annulation présentées à titre subsidiaire par Mme B.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique que le préfet des Hauts-de-Seine délivre une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent (famille) " à Mme B. Par suite, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu de lui enjoindre de la lui délivrer dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 000 euros à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La décision implicite du préfet des Hauts-de-Seine refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme B portant la mention " passeport talent (famille) " est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent (famille) " à Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
M. Jacquinot, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
La rapporteure,
Z. Saïh
Le président,
T. Bertoncini
La greffière,
K. Nabunda
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.