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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2216469

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216469

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2216469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOIHIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 3 décembre 2022, le 26 janvier 2023, et le 2 février 2023, M. B A, représenté par Me Israël, avocate désignée d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre, à titre principal au préfet de la Savoie, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer sa situation en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 € par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dénuée de base légale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public et qu'il bénéficie de garantie de représentations ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Savoie a communiqué l'ensemble des pièces utiles du dossier en sa possession le 19 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Bories,

vice-présidente, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 février 2023 :

- le rapport de Mme Bories, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Israël, représentant M. A, présent et assisté par M. D, interprète en bengali, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, produit de nouvelles pièces et soutient en outre que M. A est malade ;

- le préfet de la Savoie n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais né le 18 avril 1978, demande l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2022, pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E C, sous-préfet d'Albertville, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du 22 août 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige mentionne les dispositions sur lesquelles il se fonde, particulièrement les articles L. 612-4 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique les considérations de fait qui ont conduit à son édiction, notamment que M. A a vu sa demande d'asile faire l'objet d'un rejet définitif le 26 juillet 2021 et qu'il a déjà fait l'objet d'une décision d'éloignement le 26 juillet 2022, à laquelle il s'est soustrait. Il précise également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, cet arrêté comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation, ainsi que celui tiré du défaut de base légale, doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

5. M. A, présent sur le territoire depuis 2019, soutient être intégré professionnellement et socialement dans la société française, où se trouvent sa femme et ses trois enfants. Toutefois, il ne verse au dossier aucun élément de nature à établir la réalité ou l'intensité de ses liens avec la France et ne démontre pas non plus être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante ans. De plus, le requérant ne produit aucun élément tendant à établir que la décision attaquée porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Dans ces conditions, le requérant, dont l'épouse est en situation irrégulière et qui n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. M. A soutient qu'il risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, en raison d'une maladie cardiaque et des menaces qu'il subit du fait de son activisme politique. Toutefois, sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile et M. A n'apporte aucune précision ni aucune pièce justificative permettant d'établir les risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine et ne verse qu'un unique certificat médical a l'appui de ses allégations concernant la maladie cardiaque dont il souffrirait. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Israël et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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