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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2216522

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216522

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2216522
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantKEMJE BATE TAZEFACK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 2 décembre 2022, 31 mars, 6 avril et 2 mai 2023, M. C B A, représenté par Me Kemje Bate Tazefack, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas été précédé de la réalisation d'examens médicaux complémentaires, en méconnaissance de l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège de médecins de l'OFII ne comporte pas la mention de l'absence ou de la réalisation de tels examens médicaux complémentaires ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège de médecins de l'OFII n'indique pas les soins nécessaires à son état de santé ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- n'est pas motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour ;

- méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 avril 2023.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Garona, première conseillère ;

- et les observations de Me Kemje Bate Tazefack, pour M. B A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D B A, ressortissant camerounais, né le 15 juin 1985, est entré en France le 28 novembre 2017 sous couvert d'un visa C. Il a sollicité un titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 devenu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de son état de santé, qu'il a obtenu, valable du 20 mars 2020 au 19 mars 2021, renouvelé pour la période du 17 mai 2021 au 16 mai 2022. Le 28 avril 2022, le requérant a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le même fondement. Par l'arrêté attaqué du 9 novembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / () / Le collège peut demander au médecin qui suit habituellement le demandeur, au médecin praticien hospitalier ou au médecin qui a rédigé le rapport de lui communiquer, dans un délai de quinze jours, tout complément d'information. Le demandeur en est simultanément informé. Le collège de médecins peut entendre et, le cas échéant, examiner le demandeur et faire procéder aux examens estimés nécessaires. () ".

3. Si le requérant soutient que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est irrégulier dès lors que ce collègue n'a pas fait procéder à des examens complémentaires, il ne ressort pas de ces dispositions que ce dernier était tenu d'y procéder mais qu'il disposait d'une simple faculté à cet égard. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si le requérant soutient que l'avis du collège de médecins de l'OFII est entaché d'un vice de forme dès lors qu'il ne comporte pas la mention de l'absence ou de la réalisation de tels examens médicaux complémentaires, le moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, aucune disposition ne prévoit que l'avis litigieux doit comporter une telle mention. Il en va de même pour les mêmes motifs, du moyen tiré de ce que l'avis du collège de médecins ne comporte pas la mention des soins nécessaires à l'état de santé du requérant. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procéder à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. Pour refuser de renouveler le titre de séjour sollicité, le préfet a estimé, à l'instar du collège de médecins de l'OFII, dans son avis du 30 septembre 2022, que l'état de santé de M. B A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ainsi que voyager sans risque. Pour contester ces conclusions, l'intéressé soutient qu'il est atteint d'une hépatite B chronique et nécessite la prise de Tenofovir. Il fait en outre valoir que compte tenu du coût du traitement au Cameroun, il ne pourra y accéder effectivement. Au soutien de ses allégations, l'intéressé verse plusieurs certificats médicaux selon lesquels, le requérant ne peut bénéficier de ce traitement dans son pays d'origine. Toutefois, d'une part, ces certificats médicaux rédigés de manière stéréotypée, ne sont pas suffisamment circonstanciés. D'autre part, si le requérant produit un document du ministère de la santé publique de la République du Cameroun, il est daté de 2016, soit de plus de 6 ans à la date de la décision attaquée. Enfin, si le requérant soutient qu'il n'existe pas de couverture maladie au Cameroun et qu'ainsi le coût du traitement, qui est largement supérieur au revenu moyen dans ce pays, restera à sa charge, il n'établit pas, par ces considérations générales sur le système de santé camerounais, qu'eu égard à sa situation personnelle, il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par ces seules allégations, le requérant n'apporte pas la preuve qui lui incombe de ce qu'il ne peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

9. En dernier lieu, si le requérant soutient qu'il vit sur le territoire national depuis 2017 et qu'il est inséré professionnellement dès lors qu'il travaille, sous contrat à durée indéterminée, en qualité de technicien des travaux au sein de la société Otis, il ressort des pièces du dossier que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et notamment de la durée et des conditions de séjour du requérant, célibataire et sans enfant, qui n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu à tout le moins jusqu'à l'âge de 32 ans, la décision attaquée du préfet des Hauts-de-Seine n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle du requérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ".

11. Par l'arrêté attaqué, le préfet des Hauts-de-Seine, qui a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B A, a suffisamment motivé cette décision dès lors qu'après avoir visé l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'avis du collège de médecins de l'OFII du 30 septembre 2022, la décision mentionne que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. En vertu des dispositions précitées, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

12. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen de sa situation personnelle.

13. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité du refus de renouvellement du titre de séjour doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

15. Ainsi qu'il a été dit au point 8, s'il ressort des pièces du dossier que M. B A nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il ressort des mêmes pièces, qu'il peut voyager sans risque et qu'un traitement approprié existe au Cameroun. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2022 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Buisson, président ;

- Mme Garona, première conseillère ;

- Mme L'Hermine, conseillère ;

assistés par Mme Duroux, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

La rapporteure,

signé

E. Garona

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

C. Duroux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°221652

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