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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2216589

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216589

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2216589
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantETAME SONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2022, M. D C, représenté par Me Etame Sone, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et fait valoir que ses moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dupin, conseiller ;

- et les observations de Me Etame Sone, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant ivoirien né le 28 août 1989, est entré sur le territoire français le 15 juillet 2017 et a été titulaire d'un titre de séjour en qualité de " parent d'enfant français " valable du 17 février 2021 au 16 février 2022. Le 24 décembre 2021, il a sollicité auprès du préfet du Val-d'Oise le renouvellement de ce titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 novembre 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui renouveler son droit au séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

3. Pour contester l'arrêté en litige, M. C fait valoir qu'il est le père E C, née le 7 mai 2020 à Pontoise, de son union avec Mme A, de nationalité française. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, séparé de la mère de l'enfant, contribue financièrement à l'entretien de sa fille notamment au regard des preuves de versements effectués entre septembre 2021 et avril 2022, du jugement du tribunal judiciaire de Pontoise ayant fixé, le 22 septembre 2022, le montant de la pension alimentaire versée à Mme A à hauteur de 140 euros par mois, ainsi que des preuves d'achats de biens nécessaires à sa fille. En outre, les photographies produites attestent de la persistance et de la continuité du lien parental entre l'intéressé et sa fille. Si le préfet du Val-d'Oise fait valoir que M. C constitue, par ailleurs, une menace à l'ordre public, en raison d'une part d'accusations d'agressions sexuelles portées par son ancienne compagne à son encontre, d'usage de faux documents administratifs et de conduite sous l'emprise de stupéfiants, il ressort des pièces du dossier d'une part, que les faits d'agressions sexuelles n'ont pas été pénalement établis suite à l'audition de M. C par les services de police le 17 janvier 2022 et que Mme A a retiré sa plainte par un courrier au procureur de la République en date du 14 juin 2021 où elle admet que sa plainte été motivée avant tout par la " déception ", d'autre part que le chef d'usage de faux documents administratifs, en l'espèce une carte de stationnement handicapé, est le fait de la compagne actuelle de M. C, Mme A, qui l'a reconnu devant les services de police le 20 mai 2022, enfin que son interpellation du 6 avril 2022 pour conduite sous l'emprise de stupéfiants a donné lieu à une composition pénale consistant en une amende de 500 euros et une rétention administrative de six mois de son permis de conduire, dûment exécutées. Dans ces conditions, il apparaît que la menace à l'ordre public alléguée par le préfet du Val-d'Oise est insuffisamment caractérisée tandis que la contribution de M. C à l'entretien et l'éducation de sa fille, après une séparation difficile, est, quant à elle, démontrée. Dès lors, le préfet du Val-d'Oise a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à M. C le renouvellement de son titre de séjour en qualité de " parent d'enfant français ".

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2022, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui renouveler son titre de séjour, a édicté à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il y a lieu, sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à M. C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais liés au litige:

6. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros à M. C.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 novembre 2022 du préfet du Val-d'Oise est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Robert, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

F. Dupin

Le président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2216589

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