vendredi 8 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2216736 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | WIEDEMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 décembre 2022, M. A C B, représenté par Me Wiedemann, avocate, demande au Tribunal :
1°) d'annuler, à titre principal, la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur sa demande d'abrogation de l'arrêté du 16 octobre 2021 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et, à titre subsidiaire, la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur sa demande tendant à ce qu'il soit assigné à résidence ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de prononcer son assignation à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
les décisions attaquées :
- sont insuffisamment motivées ;
- sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- méconnaissent les dispositions de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaissent les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
la décision implicite refusant l'abrogation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- méconnaît les stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- méconnaît les stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
la décision implicite refusant l'abrogation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision implicite refusant l'abrogation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
la décision implicite portant refus d'assignation à résidence :
- méconnaît les dispositions des articles L. 613-7 et L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La préfète du Val-de-Marne a été mise en demeure le 23 juin 2023.
Par ordonnance du 22 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 février 2024.
Par un courrier du 7 février 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. B à fin d'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur sa demande tendant à l'abrogation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans prononcée le 16 octobre 2021 à son encontre, faute de justifier d'une résidence hors de France à la date de l'introduction de sa requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Louazel, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, a fait l'objet le 16 octobre 2021 d'une obligation de quitter le territoire français devenue définitive, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, prononcée par la préfète du Val-de-Marne. Par un courrier du 15 juin 2022, reçu le 22 juin suivant, M. B a demandé à cette autorité d'abroger ces décisions et de l'assigner à résidence. Le requérant demande au Tribunal l'annulation des décisions implicites de rejet nées le 24 août 2022 du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur ses demandes.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus d'abrogation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
2. Aux termes de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. / Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. Cette condition ne s'applique pas : / 1° Pendant le temps où l'étranger purge en France une peine d'emprisonnement ferme ; / 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence prise en application des articles L. 731-1 ou L. 731-3. ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'un ressortissant étranger, d'une part, n'est recevable à demander l'abrogation d'une interdiction de retour sur le territoire français que s'il justifie résider hors de France et, d'autre part, n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision refusant d'abroger une interdiction de retour sur le territoire français s'il ne justifie pas résider hors de France à la date où il saisit la juridiction administrative, à moins qu'il ne soit détenu ou assigné à résidence.
4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'introduction de sa requête, M. B résidait en France et qu'il n'était ni détenu, ni assigné à résidence. Par suite, l'intéressé n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé d'abroger la décision du 16 octobre 2021 portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
En ce qui concerne le refus d'abrogation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes du deuxième aliéna de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. ".
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Pour contester le refus d'abroger la décision du 16 octobre 2021 de la préfète du Val-de-Marne l'obligeant à quitter le territoire français, M. B se prévaut de l'évolution de sa situation familiale. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé réside en France de façon continue depuis 2020 auprès de son épouse et de ses beaux-parents de nationalité française et que le couple a donné naissance à une fille le 15 mars 2022. Le requérant soutient, sans être contesté en défense, contribuer à l'entretien, l'éducation et l'épanouissement de son enfant en France. Dans ces conditions, compte tenu de la consolidation du centre de ses intérêts personnels et familiaux sur le territoire français, M. B justifie d'un changement dans les circonstances de fait postérieur à l'édiction des décisions. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision de la préfète du Val-de-Marne porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de la préfète du Val-de-Marne rejetant sa demande tendant à l'abrogation de la décision du 16 octobre 2021 portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne le rejet de la demande d'assignation à résidence :
9. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives défavorables qui les concernent () À cet effet doivent être motivées les décisions qui : / 1° () constituent une mesure de police () ". La décision par laquelle un préfet rejette une demande d'assignation à résidence est au nombre des décisions qui doivent être motivées en application de ces dispositions. Aux termes de l'article L. 232-4 du code précité : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B a demandé à la préfète du Val-de-Marne, par une lettre en date du 22 novembre 2022, reçue le 23 novembre suivant, de lui communiquer les motifs de la décision implicite de rejet de sa demande d'assignation à résidence. M. B soutient sans être contesté que cette demande est restée sans réponse. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation des décisions implicites de la préfète du Val-de-Marne rejetant ses demandes présentées le 22 juin 2022 tendant, d'une part, à l'abrogation de la décision du 16 octobre 2021 portant obligation de quitter le territoire français et, d'autre part, à ce qu'il soit assigné à résidence.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. B ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions implicites de rejet des demandes de M. B tendant d'une part, à l'abrogation de la décision du 16 octobre 2021 portant obligation de quitter le territoire français et, d'autre part, à ce qu'il soit assigné à résidence, nées du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur ces demandes, présentées le 22 juin 2022, sont annulées.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et à la préfète du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2024.
La rapporteuse,
signé
M. LOUAZEL
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026