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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2216857

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216857

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2216857
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMAILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 13 décembre 2022, le 6 février, le 24 mars et le 12 mai 2023, Mme D C, représentée par Me Maillet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un titre de séjour temporaire ou à tout le moins, de réexaminer sa situation, et ce sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard, à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :

- la décision a été signée par une autorité incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- le préfet de police n'établit pas avoir respecté la procédure prévue par les articles R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à l'absence d'offre de soin dans son pays d'origine.

S'agissant de la décision d'éloignement :

- elle a été signée par une autorité incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2023, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête. Il faut valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 17 juillet 2023.

Vu :

- la décision du 19 septembre 2022 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme C ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bourragué a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, ressortissante béninoise née le 25 juin 1996 à Cotonou, déclare être entrée en France le 31 juillet 2019. Elle a obtenu un premier titre de séjour pour soins, valable jusqu'au 14 juillet 2021. Le 5 juillet 2021, elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 novembre 2021, le préfet de police de Paris a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Mme C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A B, attachée d'administration de l'Etat, qui avait reçu du préfet de police une délégation, par un arrêté du 27 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2021-505 du même jour, à l'effet de signer tout arrêté et décision dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. La décision contestée, qui vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, comporte l'indication suffisante des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle mentionne également l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 20 septembre 2021. Enfin, elle ajoute qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée, en faisant état de sa situation personnelle. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ".

6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. D'une part, le moyen tiré des vices de procédure dont serait entachée la décision litigieuse n'est pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. D'autre part, pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme C, le préfet de police, s'appropriant en cela l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII le 20 septembre 2021, a estimé que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel elle pouvait voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier que Mme C souffre d'épilepsie sévère congénitale avec hémiplégie droite et bénéficie à ce titre d'un traitement médical antiépileptique ainsi que d'un suivi neurologique. Toutefois, les certificats médicaux établis les 11 août 2021, 4 janvier et 13 septembre 2022 par des médecins en charge de son suivi neurologique se bornent à indiquer que l'état de santé de Mme C " nécessite () un suivi neurologique " et précise qu'elle est en phase de " stabilisation médicale ", avec une autonomie relative. Si elle allègue qu'elle serait dans l'impossibilité de bénéficier d'une prise en charge appropriée dans son pays d'origine, il n'est pas démontré que l'intéressée, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à ses pathologies. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant sa demande de titre de séjour sur leur fondement. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation.

9. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / (). ".

10. Mme C ne remplissant pas effectivement les conditions pour se voir délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'il a été dit au point 8, sans alléguer qu'elle remplirait les conditions pour se voir délivrer une carte sur un autre fondement, n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police aurait dû saisir la commission du titre de séjour pour avis avant de refuser de rejeter sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire :

11. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

12. Mme C fait valoir qu'elle réside en France depuis 2019 et y est suivie médicalement. Elle fait également valoir que sa mère et son frère résident tous deux sur le territoire français en situation régulière, qu'elle ne possède aucune attache dans son pays d'origine et que la présence de ses proches est nécessaire pour l'aider compte tenu de son manque d'autonomie. Toutefois, célibataire, sans travail et sans enfants, elle ne réside en France, selon ses dires, que depuis le mois de juillet 2019, et a vécu au Bénin jusqu'à l'âge de 23 ans. Si sa mère l'aide régulièrement dans ses tâches quotidiennes, elle n'établit pas, par les pièces présentes au dossier, sa perte d'autonomie. Par ailleurs, elle ne conteste pas les mentions de l'arrêté attaqué selon lesquelles une de ses sœurs réside dans son pays d'origine. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour, Mme C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

13. En second lieu, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Mme C ne produit aucun élément de nature à établir qu'elle risquerait, dans les circonstances de l'espèce, d'être exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite le moyen doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2021 du préfet de police. Il convient également de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Maillet et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.

Le rapporteur,

signé

S. Bourragué La présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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