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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2216892

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216892

mercredi 8 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2216892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET MIKEB SAAD KUTEF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Rouen, le 11 décembre 2022 et le 23 janvier 2023, et transmise au tribunal administratif de Cergy-Pontoise par une ordonnance n° 2204956 du 12 décembre 2022, M. F B, représenté par Me Biaou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à titre principal au préfet de la Seine-Maritime de recevoir la demande de titre de séjour provisoire portant mention " salarié " à Monsieur B dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à titre subsidiaire le réexamen par le préfet de la Seine-Maritime de la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et cette insuffisance révèle un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle est entaché d'une erreur de fait en ce que le requérant dispose d'une carte de séjour valable 5 ans, dispose d'une résidence effective et permanente et a une conjointe enceinte ce qui montre que le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs manifestes d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le Président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 janvier 2023 :

- le rapport de M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F B, ressortissant ivoirien né le 7 janvier 1985, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français muni d'un titre de séjour italien d'une validité de 5 ans, valable jusqu'en 2024 et est titulaire d'une carte d'identité italienne valable jusqu'au 7 janvier 2030. M. B déclare s'être installé en France depuis janvier 2021. Le 9 décembre 2022, le requérant a été arrêté par la police nationale pour conduite d'un véhicule sans permis. Par un arrêté du 9 décembre 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme A D, cheffe du bureau de l'éloignement à la préfecture de la Seine-Maritime, qui bénéficiait, par arrêté n°22-070 du 24 novembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 25 novembre 2022, d'une délégation du préfet de la Seine-Maritime, à l'effet de signer, notamment, les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

4. L'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application. Il est également indiqué que M. B dispose d'une carte nationale italienne qui ne lui accorde pas la nationalité italienne, qu'il n'a effectué aucune démarche pour se faire régulariser depuis 2 ans. En outre, le préfet, qui mentionne la situation familiale et personnelle du requérant, précise qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et répond aux exigences de motivation posées par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisante motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

6. En quatrième lieu, M. B fait valoir que l'arrêté est entaché d'erreurs de fait, en ce qu'il se fonde sur les circonstances qu'il n'aurait pas d'adresse effective en France, qu'il n'aurait pas tissé de liens professionnels et familiaux, et qu'il se maintiendrait de façon irrégulière sur le territoire français. Toutefois et en tout état de cause, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est fondée, d'une part, sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet à l'autorité administrative d'obliger un étranger à quitter le territoire français lorsque, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, et , d'autre part, sur le motif, non sérieusement contesté, que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire depuis deux ans sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et que les autorités italiennes, interrogées par le préfet sur la situation du requérant, ont répondu qu'il ne disposait pas d'un droit au séjour dans ce pays. Dès lors, le préfet de la Seine-Maritime aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis ces erreurs de fait qui, par suite, sont sans incidence sur la légalité du motif de fait fondant la décision attaquée.

7. En cinquième lieu, M. B, qui déclare s'être installé sur le territoire français depuis janvier 2021, se prévaut de ses liens familiaux et personnels en France et fait valoir qu'il vit avec sa compagne enceinte, qu'il dispose d'une adresse effective en France, qu'il souhaite poursuivre sa carrière dans son domaine professionnel du transport routier, qui est un secteur en tension, et que sa vie est menacée dans son pays d'origine. Toutefois, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine ni qu'il y serait personnellement et actuellement menacé. Par ailleurs, la circonstance qu'il ait été chauffeur de janvier 2021 à mai 2022 et s'il allègue, sans autre élément permettant d'en établir la réalité, vivre en France avec une compagne qui serait enceinte, ces allégations ne permettent pas de caractériser l'existence d'attaches personnelles suffisamment intenses, stables et anciennes sur le territoire français. En outre, il n'est pas établi ni même soutenu que la cellule familiale qu'il dit avoir constituée en France ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs l'autorité préfectorale pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. Le moyen tiré par un ressortissant étranger des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine est inopérant à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions aux fins d'annulation dirigée contre la décision fixant le pays de renvoi ne peut qu'être écartée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 9 décembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 8 février 2023

Le magistrat désigné,

signé

F. C Le greffier,

signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2216892

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