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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2216952

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216952

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2216952
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantESSONO NGUEMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 décembre 2022 et le 9 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Essono, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;

- elle est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'il a produit son visa d'entrée en France et justifie y résider depuis cette date ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception dès lors que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont elles-mêmes illégales.

Le préfet du Val-d'Oise a produit des pièces, enregistrées le 9 janvier 2024.

Par une décision en date du 26 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Richard, première conseillère,

- et les observations de Me Essono, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant haïtien, né le 29 janvier 1963, est entré en France le 25 novembre 2010 avec un visa de court séjour. Il a sollicité, en dernier lieu, le 22 novembre 2022, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 novembre 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer ce titre, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen sérieux et approfondi de la situation de M. A. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

4. M. A fait valoir qu'il réside en France depuis plus de dix ans à la date de la décision contestée. Toutefois, l'intéressé n'établit pas, par les pièces qu'il produit, le caractère habituel et ininterrompu de sa présence sur le territoire français, en particulier, au titre des années 2019 à 2021 pour lesquelles le requérant se borne à produire un reçu de mandat de paiement du 20 mai 2019, un courrier Navigo du 12 décembre 2020 concernant des forfaits acquittés en 2014 et des avis d'impôt sur les revenus 2019 à 2021 faisant état de revenus nuls. Dans ces conditions, faute pour le requérant de justifier de plus de dix ans de présence en France, le préfet du Val-d'Oise n'était pas tenu de saisir préalablement la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en ne recueillant pas l'avis de cette commission, le préfet du Val-d'Oise aurait entaché sa décision d'un vice de procédure doit être écarté.

5. En troisième lieu, si, d'une part, le préfet du Val-d'Oise mentionne, à tort, dans son arrêté que M. A n'établit pas être entré en France avec un visa de court séjour, cette erreur de fait, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que cette seule circonstance n'ouvre aucun droit au séjour. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point précédent, M. A n'établit pas la continuité de son séjour en France depuis son entrée sur le territoire national le 25 novembre 2010. Par suite, le moyen tiré des erreurs de fait dont serait entachée la décision litigieuse doit être écarté.

6. En quatrième lieu, si M. A se prévaut de sa durée de séjour sur le territoire français et de la présence de cousins et d'un neveu, il ressort des pièces du dossier, outre qu'il n'établit pas la continuité de son séjour depuis plus de dix ans, qu'il a précédemment fait l'objet de trois mesures d'éloignement non exécutées et qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 47 ans et où résident sa compagne et ses deux enfants majeurs. Dans ces conditions, M. A ne justifie pas de circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. En conséquence, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'erreur manifeste d'appréciation, ne sont pas fondées.

7. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 et 6, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ni d'une erreur manifeste d'appréciation. En outre, il ne peut utilement invoquer à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne prévoient pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit.

8. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas illégales. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans devrait être annulée par voie de conséquence de cette illégalité.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

M. Viain, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La rapporteure,

signé

A. RICHARD

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2216952

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